#Corse – « Quoi de neuf sur la route des Catalans vers l’indépendance ? » #ViaCatalana

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Au cours des derniers mois, les nouvelles venant d’Espagne concernaient en général la crise qui continue et ses effets – une dette croissante, un taux de chômage débridé et, pratiquement, aucun indice de reprise économique. En même temps, les graves scandales de corruption, qui ont éclaboussé surtout la famille royale et les hautes sphères du parti gouvernemental, ont occupé la une des médias jour après jour. Pour couronner le tout, la traditionnelle revendication sur Gibraltar – que tout gouvernement espagnol agite lorsqu’il a besoin de distraire le peuple de ses problèmes et de l’incapacité du gouvernement à les résoudre – a été une fois de plus exhumée et claironnée aux quatre vents.

Par contre, la situation politique en Catalogne a été à peu près absente des commentaires de la presse. Il y a maintenant à peine un an, le 11 septembre 2012, les plus importants médias internationaux se faisaient l’écho de la manifestation qui avait réuni un million et demi de personnes dans les rues de Barcelone et, dans leurs articles, un certain nombre d’entre eux faisaient référence à un processus d’indépendance qui semblait inéluctable. Depuis, on a su peu de choses sur cette question, au point que l’on pourrait croire que l’élan du peuple s’est essoufflé et que le rêve de liberté nationale s’est évanoui après un premier éclat d’enthousiasme.

Il y a toutefois de nombreuses raisons pour conclure que le projet politique catalan n’est pas mort. D’abord, la constatation que la population a manifesté sa détermination chaque fois qu’elle en a eu l’occasion. Toutes les enquêtes d’opinion – y compris celles qui peuvent être considérées comme tendancieuses, telles les enquêtes réalisées par les organismes officiels espagnols ou celles faites à la demande de médias habituellement très peu favorables – montrent que l’adhésion des Catalans au droit de décider leur futur se situe à environ 80 pour cent. Cette tendance est confirmée sur le terrain par la prolifération d’activités populaires. Ainsi, par exemple, tous les jours de la semaine, à un endroit ou un autre du territoire catalan, il y a la présentation d’un livre, une réunion de quartier ou de village ou d’autres manifestations sociales et culturelles qui sont l’occasion de discuter des raisons pour et contre l’indépendance.

Alors que les gens font connaître leur désir de changement à la moindre occasion, les représentants politiques s’appliquent à chercher une voie officielle pour que le peuple puisse s’exprimer. À l’issue des élections de novembre 2012, le mandat du nouveau gouvernement était d’organiser un référendum sur la question de l’organisation politique que les Catalans souhaitent pour leur pays. Le support parlementaire de cette législature est largement suffisant pour mener à bien ce mandat. Au-delà de leurs désaccords sur des questions politiques ou économiques, des partis à l’idéologie très différente (les démocrates chrétiens, les Verts, la gauche et d’autres encore) sont d’accord sur cette revendication. En ce moment, les partisans de la ligne espagnole rejetant une consultation populaire ne représentent qu’un parlementaire sur cinq, alors que pratiquement deux tiers sont clairement favorables à poser la question au peuple.

Ces chiffres donnent une pleine légitimité au président Artur Mas pour poursuivre la feuille de route adoptée pour ce mandat par la coalition au gouvernement et les forces qui la soutiennent. En janvier dernier, le Parlement a approuvé, par une majorité de près de deux tiers, une déclaration formelle de souveraineté réaffirmant les droits collectifs des Catalans en tant que nation. Inutile de dire que le gouvernement espagnol s’est empressé de contester cette déclaration en portant l’affaire devant le Tribunal constitutionnel à Madrid. Connaissant le mode de fonctionnement de ce tribunal, la décision qui sera prise par ses magistrats ne surprendra personne.

À partir d’une vision plus pratique, il a été mis en marche une procédure visant la création d’un organisme fiscal indépendant qui se chargera de la gestion de tous les impôts collectés en Catalogne. En effet, la survie du modèle économique et social catalan ne pourra se faire qu’en ayant le contrôle des revenus du PIB catalan, actuellement retenus par le gouvernement espagnol pour satisfaire ses propres intérêts et non les besoins de la population qui les produit. Ainsi, dès janvier dernier, un groupe d’experts a été chargé d’étudier les questions légales et pratiques qu’il convient de suivre pour créer un tel organisme, ainsi que de faire des recommandations à propos de différentes possibilités. Leur rapport sera rendu avant la fin de l’année.

Un autre groupe d’experts a été convoqué en février, sous la dénomination de Conseil Assesseur pour la Transition Nationale. Ses membres, tous académiciens de renom et spécialistes dans divers domaines, ont été chargés de la rédaction détaillée d’une procédure aboutissant à la pleine souveraineté, y compris les caractéristiques d’une structure d’État future, ainsi que l’énumération des étapes à suivre pendant la période de transition. Le premier d’une série de rapports a déjà été rendu public. Celui-ci argumente la nécessité d’interroger les Catalans sur les liens qu’ils souhaitent avoir avec l’Espagne, décrit les différentes options permettant l’organisation d’un référendum dans le cadre de la loi et suggèrent d’autres mesures pratiques dans divers domaines.

En dehors des instances officielles, la très inconfortable relation avec l’Espagne est aussi objet de débat permanent au sein de la société catalane. Depuis fort longtemps et partant de différentes perspectives, les incertitudes d’un futur pays indépendant et la pénible certitude de rester dans l’actuel cul-de-sac politique sont mises sur les deux plateaux de la balance par des particuliers, des groupes issus de la société civile, des institutions académiques, des associations professionnelles, des syndicats et des patronales.

Petit à petit mais sans pauses, les arguments en faveur du positionnement catalan augmentent. Cette réalité, ainsi que le fait de savoir qu’il dispose d’un soutien politique et populaire solide, a porté le président Artur Mas à remplir son engagement de transmettre formellement au président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, la demande d’un plébiscite. Le 26 juillet dernier, il lui a adressé une lettre officielle en sollicitant la collaboration du gouvernement espagnol pour trouver, dans le cadre légal en vigueur, la formule conduisant à l’organisation un référendum en Catalogne, afin de demander à la population si elle veut que la Catalogne reste en Espagne ou qu’elle devienne un pays indépendant.

Alors que la partie catalane continue à réunir de bonnes raisons, de l’autre côté, en Espagne, il n’y a apparemment personne disposé à envisager une quelconque ouverture susceptible de débloquer la situation. Le gouvernement de Mariano Rajoy reste sur sa frustrante position d’invoquer la Constitution espagnole – et sa lecture partiale – pour rejeter toutes les propositions faites par la Catalogne, pour légitimes et respectueuses qu’elles soient, sans abandonner toutefois sa stratégie hostile et contraire à la Catalogne, dont notamment : étouffement des finances du gouvernement catalan moyennant le contrôle des fonds publics ; lancement d’une offensive centralisatrice au prétexte de simplifier l’administration ; adoption de lois et de normes qui envahissent les compétences transférées aux régions ; intensification des campagnes contre les symboles et les expressions culturelles catalans ; acceptation, et même encouragement, d’un très dangereux climat de haine contre les Catalans sur l’ensemble du territoire espagnol, sur les réseaux sociaux et les médias les plus importants.

Cette stratégie de déni du problème politique central, alors que la pression sur la Catalogne est accentuée sur tous les autres fronts, peut s’avérer néfaste. En effet, elle peut conduire à un point de non retour et, par la même occasion, forcer la partie catalane à s’engager dans une action unilatérale. Les Catalans ont toujours affirmé clairement leur volonté d’être écoutés. Leurs représentants sont décidés à défendre le droit du peuple à voter en rendant possible le scrutin d’une manière ou d’une autre. À l’échelle internationale, des voix prestigieuses et reconnues se sont déjà fait entendre en demandant pour quelle raison et au nom de quoi un État occidental, présumé respectueux et avancé, peut interdire un acte aussi essentiellement démocratique que donner la parole au peuple. Il faut espérer que le gouvernement espagnol accepte la réalité et l’urgence de la question catalane, mais aussi qu’il fasse un effort honnête pour trouver une solution consensuelle. L’indispensable premier pas, en signe de bonne volonté, serait la négociation d’un compromis entre les deux parties prévoyant l’organisation d’un référendum en Catalogne.

En attendant, le processus indépendantiste ne cesse de progresser. Cette lutte est poursuivie avec ténacité et sans bruit, avec des arguments raisonnables, un dialogue ouvert et des propositions réalistes. Même si toutes ces choses ont presque l’air de se dérouler de façon inaperçue, à l’occasion d’une date spéciale – le 11 septembre, jour de la Diada, notre Fête nationale, est tout proche – une manifestation de masse arrive pour rappeler que le rêve est bien vivant. C’est une bonne raison de ne pas perdre de vue ce qui se passe en Catalogne. Le peuple catalan est fermement décidé à forger un avenir meilleur à son pays.

(Traduction du texte original anglais réalisée par M. Vallribera)

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