Mercredi , 3 septembre 2014
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#corse – Archives Unità Naziunale : 19 JUIN 1979, Déclaration de Mathieu Filidori, militant du FLNC.

#corse – Archives Unità Naziunale : 19 JUIN 1979, Déclaration de Mathieu Filidori, militant du FLNC.

Il y a 35 ans déjà… Un mois de juin 1979

Après les premières arrestations de militants du FLNC fin des années 70, le premier procès eu lieu en 1979 et donna lieu à la première tribune politique pour le Front. C’est à ce moment là précisément que le FLNC est apparu comme une organisation politique ancrée dans le peuple Corse.

Le 19 juin 1979 : Procès d’un Peuple, ce mardi 19 juin 1979, Mathieu Filidori, militant du FLNC, lut une longue déclaration.

FILIDORIMFLNCATHIEUDurant deux heures, Matteu Filidori va s’exprimer au nom de tous ses 21 camarades sur la question corse.

Facciu sta dichjarazione in nome di tutti i mio fratelli di lotta, in nome di tutti i militanti di U Fronte di Liberazione Naziunale di a Corsica, in nome di a Nazione Corsa occupata dapoi dui seculi da l’armata francese.

« Ne reconnais jamais les Français pour maîtres ! »

Celui qui parlait ainsi était un nationaliste corse qui devait plus tard trahir son pays. Il s’agit de Napuleone Bonaparte… qui s’exprimait de la sorte dans un de ses manuscrits resté inédit.

Si nous en appelons à son témoignage, c’est pour bien situer la date de l’agression française en Corse, et c’est pour montrer que la réalité de l’état national corse est très proche de nous dans le temps.

L’Histoire, falsifiée par l’occupant français, a été réécrite de façon à occulter la conquête française ; jusqu’à en faire une véritable délivrance. Les Corses, passant de la tyrannie génoise au bonheur dans la citoyenneté française… Ce qui avait été leur désir profond depuis des temps immémoriaux, disent les historiens à la solde du pouvoir colonialiste.

La réalité historique est tout autre

—   la Corse est une Nation

—   la Corse est un pays occupé depuis plus de deux siècles par les troupes françaises

—   le peuple corse, après une histoire multiséculaire faite de résistance à tous les envahisseurs, depuis les mystérieuses statues de Filitosa, en passant par la conquête romaine puis par les longs siècles de lutte contre la République de Gênes, a forgé son unité et s’est constitué en Nation dès le XIVe siècle

— son but a toujours été, dès cette époque l’Indépendance Nationale. Cette aspiration profonde a été atteinte au XVIIIe siècle par l’éta­blissement d’un Etat Indépendant. Notre République a servi de modèle aux révolutionnaires européens et même américains, dont les peuples étaient encore en esclavage sous les gouvernements de droit divin.

Aucun lien de vassal à suzerain n a existé chez nous envers les seigneurs français ou les Rois de France

Nous n’avons pas participé à l’élaboration de la Nation française Nous sommes un pays occupé.

De 1768 à 1820 nous avons résisté les armes à la main à l’Envahisseur français.

Que l’on considère bien ces deux dates

—   1768 20 ans avant la grande Révolution française qui devait créer la France moderne, nous avions un Etat souverain

—   1794 5 ans après cette même Révolution, nous brisions les chaînes coloniales en chassant les forces d’occupation et en proclamant à nouveau l’Indépendance.

Sous l’Empire nous avons résisté. Alors que Bonaparte laissait des traces impérissables dans l’organisation de l’État français, notamment votre Code civil, le Peuple corse, comme le Peuple espagnol, se battait contre l’ennemi impérialiste.

La résistance a continué jusqu’à 1820.

Il faut bien replacer la fin de l’écrasement militaire de la Nation corse, par rapport à d’autres conquêtes, car l’historiographie au service des Français voudrait faire de notre Résistance une simple échauffourée un jour de mai 1769. Et encore, il s’agissait d’un quiproquo, ajoutent-ils…

Les armées de Paoli se battaient contre les Français, croyant que ceux-ci luttaient pour les soumettre aux Génois ; mais, une fois le malentendu dissipé, ce fut le « bonheur » dans la Paix française…

Non, messieurs les Français, il vous a fallu 50 ans de guerre pour briser notre Résistance. 1820, ce n’est pas très loin dans le temps, la con­quête de l’Algérie remonte à 1830.

Nous proclamons à la face du Monde, et devant vous les Magistrats

de l’État français, que nous ne sommes français

                ni par la géographie;

                ni par la langue

                ni par la culture

                ni par les moeurs

                 ni par la communauté spirituelle;

                ni par les intérêts communs, tant économiques que stratégiques.

Et surtout pas par l’Histoire…

Nous sommes une Nation dans le plein sens du terme, et non pas dans le sens d’une vague survivance moyenâgeuse, comme peuvent le revendiquer certaines de vos provinces particulières.

Nous ne sommes pas une minorité nationale anachronique dans un État unifié, mais un pays occupé dont l’organisation étatique souveraine a été détruite par vos armées.

« Nous allons retracer rapidement les deux siècles de résistance du Peuple corse à l’occupation française, puisque, pour la première fois depuis le XVI1I~ siècle, des nationalistes corses peuvent disposer d’une Tribune dont le retentissement sera international.

L ‘État National Corse (1 755-1769).

Au XVIIIe siècle, dans cette période de Monarchie absolue, le Gouvernement corse était d’essence

populaire.

La souveraineté s’exerçait par l’Assemblée Nationale (« Cunsulta ») qui se réunissait tous les ans et disposait du Pouvoir législatif. Les représentants du Peuple étaient élus au suffrage universel par l’ensemble des citoyens.

Les femmes avaient le droit de vote.

L’Exécutif était responsable devant l’Assemblée, il avait le Général de la Nation à sa tête.

Une Constitution garantissait les Libertés Publiques. (Constitution de 1755)

La Justice était populaire et indépendante de l’Exécutif. Le Droit corse était basé sur la dignité de l’Homme et sur la longue tradi­tion communautaire qui établissait un très large domaine collectif des moyens de production et d’exploitation.

Notre État disposait de tous les attributs modernes de la Souveraineté il légiférait, il levait l’impôt, il battait monnaie ; il disposait d’une armée régulière et populaire, d’un commerce organisé et d’une marine de guerre.

Notre Pays s’était doté d’un enseignement public gratuit et d’une Université de haut niveau.

Le Gouvernement informait tous les citoyens par l’intermédiaire du « Journal Officiel ».

L’oeuvre du gouvernement national fut immense. En quelques années, il développa l’agriculture, le commerce et il jeta les bases d’une industrie.

L’oeuvre remarquable de la Révolution corse fut anéantie par la conquête française.

La Conquête Française. Le 15 mai 1768, l’État français achetait les prétendus droits de la République de Gênes sur la Corse. Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes n’était pas encore formulé à l’époque (bien qu’il ne soit pas plus respecté de nos jours). Et pourtant de nom­breux pays protestèrent contre ce que les nationaux corses appelèrent un « vil marché » qui consistait à traiter un Peuple libre et souverain comme un vulgaire troupeau de moutons. Voltaire, Rousseau, écrivirent de violents pamphlets pour clamer leur indignation contre l’invasion de la jeune république méditerranéenne. Mais leurs échos furent étouffés par le fracas des armes.

12 000 Corses, pratiquement désarmés, s’opposèrent à 30 000 Français qui disposaient de la plus puissante armée de l’Occident.

Il fallut plus d’un an à l’armée française pour vaincre l’Armée nationale corse. De nombreuses batailles eurent lieu Pontenovu, qui reste la plus connue, vit non pas l’effondrement de l’état corse mais simplement le débordement de l’Armée populaire épuisée et dépourvue de tout appui extérieur. Le fleuve Golu, rouge du sang de nos martyrs, charria pendant des mois les cadavres des soldats corses. Le pouvoir français établissait sa tyrannie sur des milliers de morts.

Depuis cette date 9 mai 1769, les historiens français voudraient faire croire que notre histoire est finie. La réalité est bien différente. le Peuple corse organisa la résistance et une puissante guerilla s’établit dans les montagnes.

Les chefs de l’expédition coloniale ordonnèrent de tout brûler, de tout détruire et de pendre les résistants sans jugement.

Dès cette époque, le rebut de la nation française exploite effrontément le peuple corse. Cette expression est due, non pas à nous, mais à des observateurs contemporains.

Au même moment, les martyrs de la Liberté résistaient au maquis.

Les supplices et les massacres se poursuivaient à un rythme infernal.

Circinellu, Pace Maria Falconetti, Acquaviva, Zampaglinu Bonelli,

Nicomedu Pasqualini étaient les chefs de la résistance.

La Résistance. Cette résistance débouche en 1774 sur l’insurrection générale. La répression fut terrible des villages furent brûlés, des patriotes pendus, des femmes violées, les enfants eux-mêmes ne furent pas épargnés

Les Oradour sur Glane furent légion

La Civilisation française progressait à pas de géant. Elle étendait sur la Corse son voile de mort et d’horreur.

« Oui, Messieurs les magistrats de l’État français, et vous Messieurs les officiers supérieurs de ce Tribunal militaire, les noms de vos généraux étaient exécrés par les Corses

—   Marbeuf, Devaux, les massacreurs de Ponte-Novu.

— Sionville, le boucher du Niolu qui reconnaissait au premier coup d’oeil la branche qui soutiendrait plusieurs pendus…

— Rivière, le criminel de guerre du Fiumorbu.

— Et tous les autres tortionnaires, Narbonne, Vaubois, Laffont…

Savez-vous qu’un général français élabora le doux projet de déporter tous les hommes dans vos anciennes colonies d’Amérique?

De véritables camps de la mort lente furent ouverts à Toulon et à Embrun, où des milliers de patriotes corses moururent de torture, d’épidémie ou de faim

La lutte se poursuit jusqu’à la Révolution française. Paoli à Lon­dres était, déjà, le chef d’un Gouvernement en exil… Il animait la résistance et cherchait des appuis pour reconquérir la liberté.

La Révolution française sert également d’alibi à certains historiens pour travestir l’histoire. Comme ils ne veulent pas justifier la présence française en Corse par la conquête, ils se prévalent d’un prétendu consensus corse d’adhésion à la France concrétisé par le décret du 30 novembre 1789. Décret voté par l’Assemblée constituante française pour incorporer la Corse à l’Empire français. (et non pas à la Nation)

Il    s’agit d’une interprétation fallacieuse d’un phénomène qui fut général en Europe la révolution française fut bien accueillie en Corse comme elle l’a été en Italie et en Allemagne. Les cocardes tricolores qui ornèrent la poitrine de certains révolutionnaires corses étaient un signe de ralliement à un principe révolutionnaire, celui du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Principe qui, croyait-on, allait être adopté par les nouveaux dirigeants français. En aucun cas il ne s’agit chez nous de participer aux luttes de la bourgeoisie française en mal de pouvoir politique. Tout ce qui était et tout ce qui est français nous est totalement étranger. Seuls quelques traîtres, vils intrigants à la solde de l’occupant, firent voter le décret en question, le Peuple corse ne fut même pas informé. D’ailleurs, L’artisanat et l’industrie naissante, fortement pénalisés par les taxes, sont écrasés.

Écrasement de notre culture nationale

Parallèlement aux mesures destinées à ruiner l’économie, la grande préoccupation fut de détruire la

langue et la culture corses.

L’Université fermée en 1769 n’a jamais été réouverte, malgré les demandes incessantes du peuple corse.

Dès les premières années de la conquête, la langue française fut imposée comme langue administrative. Mais les Corses la repoussèrent.

Le toscan, qui était la langue écrite, fut maintenu par les intellectuels. La lutte culturelle permit de résister efficacement à la francisation. De nombreux poètes et historiens, de nombreux écrivains affirmèrent ainsi leur identité nationale.

Oppression sociale

Sur le plan administratif toutes les mesures de libéralisation et de progrès social appliquées en France par les Gouver­nements qui suivirent la Restauration ne furent jamais valables pour la Corse. Ainsi, le Jury criminel fut interdit, de même que le port d’arme durant pratiquement tout le XIXC siècle.

Le banditisme remplaça la résistance organisée il traduisit l’état de misère et d’abandon dans lequel croupissait le Peuple corse. Il était porteur de revendication collective d’un Pays occupé.

Les Corses ne croyaient pas en la Justice française, elle n’était pas la leur et elle ne l’est toujours pas. Ils ne s’y reconnaissaient pas car cette Justice est basée sur la protection de la Propriété privée et sur la défense de toutes les formes d’exploitation.

Notre Peuple garde dans ses institutions communautaires le sens du collectif, l’esprit d’égalité et le sens concret de la Liberté liés à une terre qui appartient aux communautés villageoises.

Le « banditisme » a été aussi une forme de rejet et de résistance à l’accaparement et à la colonisation de nos terres qui débutèrent dès 1770. Il est le résultat de la misère et de la déstructuration de la communauté nationale, il s’oppose de façon rudimentaire, inconsciente et anarchique à l’Oppression française.

Tout le XIXe et le XXC siècle furent marqués par l’envoi de commissions d’enquêtes destinées à promouvoir une mise en valeur de la Corse au seul profit du colon français

en 1838, le rapport « Blanqui » préconisait une mise en valeur intensive et l’envoi de colons en Corse

en 1908, le rapport « Delanney », connu sous le nom de « rapport Clémenceau », définissait notre Pays comme le plus arriéré d’Europe il n’y avait ni eau, ni électricité, ni routes, le paludisme y sévissait, l’espérance de vie ne dépassait pas trente ans et la mortalité infantile atteignait de tristes records, mortalité infantile qui est d’ail­leurs demeurée supérieure à votre moyenne nationale…

notre agriculture était maintenue dans un état d’archaïsme de par la volonté de l’occupant;

l’électricité ne fut installée qu’avec l’arrivée des colons

notre pays est resté sous-développé, dans tous les domaines, jusqu’en 1958.

Résistance politique et culturelle.

Sur le plan politique les patriotes corses se regroupèrent en sociétés secrètes. Vers 1830 existait un puissant mouvement clandestin, « I Pinnuti ».

Le manque de soutien extérieur et la conjoncture internationale empêchèrent le développement de la lutte armée. En 1835, Pasquale Paoli fut élu député de la Corse, alors qu’il était mort en 1807 ! Il s’agissait d’un acte de résistance et encore fut-il le fait d’une assemblée de notables, qui se sont le plus souvent ralliés à l’occupant par intérêt de classe. Dans le peuple, le souvenir du Gouvernement national se main­tint intact, la mémoire de Paoli y était vénérée.

En 1836, l’attentat du Corse Fieschi contre le Roi Louis-Philippe peut être considéré comme une manifestation des Pinnuti alliés des Carbonari qui étaient à l’époque le seul appui révolutionnaire de notre environnement géographique.

Au procès de Fieschi, le procureur français d’alors s ‘écria « Seul un étranger est capable d’un tel méfait ! »… La majorité des Corses ne participera jamais au fonctionnement du système politique français. Les Corses créeront un contre-pouvoir corse qui, bien que dominé par la bourgeoisie, maintiendra la cohésion et l’esprit national. Ce contre-pouvoir s’est, par la suite, perverti et corrompu au niveau de ses diri­geants. Les grandes familles qui se disputaient les maigres faveurs de l’occupant lièrent après 1870 leur sort à celui de la République française. Le peuple jamais «Après la débâcle française de Sedan. H. Rochefort demanda à l’Assemblée française l’exclusion de la Corse de l’État français. En 1871 Clémenceau, au nom du « Club positiviste », faisait à son tour la même demande.

En Corse, l’avocat Santelli réclama au nom du Peuple corse que l’Assemblée française rende à la Corse son Indépendance nationale.

Une vague anti-corse déferla sur la France. Il y eut de véritables ratonnades contre les émigrés corses. Ce racisme anti-corse s’est maintenu.

Sur le plan culturel, vers 1870 l’oppresseur crut triompher, car, après 100 ans d’interdiction le toscan était pratiquement remplacé dans l’expression écrite par le français, et la justice se rendait obligatoirement dans la langue de Marbeuf.

Seulement, il ne s’agissait que de la victoire sur un aspect codifié et superficiel de l’expression culturelle corse. La Culture corse, fruit de notre longue et tragique existence de Peuple méditerranéen, est bien plus profonde. Notre civilisation a été forgée par des siècles de fer et de sang, par des siècles de luttes. Elle est l’expression d’un Peuple de Rebelles, d’un Peuple de bergers et de montagnards.

Notre langue, qui s’est développée à partir d’un fond latin et en harmonie avec lui, est une langue romane à part entière. Elle possède une riche littérature populaire d’expression orale, elle est la langue du Peuple.

Les Français, en s’attaquant à notre langue qualifiée de « patois », de « mauvais italien », de « résidu étranger »  inapte à véhiculer une pensée moderne, ont voulu détruire notre Etre Collectif.

La déportation en France ne fera qu’accentuer le traumatisme psychologique créé par l’imposition d’une langue étrangère. La Corse est le seul Pays de la Méditerranée à avoir subi une colonisation culturelle et humaine aussi totale.

Notre Peuple l’exprima parfaitement dans la maxime « Morta a lingua, mortu u populu » (la langue détruite, le peuple est mort). C’est pourquoi la résistance linguistique maintiendra pendant une longue période le sentiment national.

En 1896 apparut le premier journal en langue corse. «A Tramuntana» de Santu Casanova. Cette première tentative d’expression uni­quement corse regroupa les patriotes qui, en unifiant et en enrichissant notre littérature, ouvrirent les voies du renouveau. Plus la francisation se développa par l’interdiction assortie de mesures punitives du corse à l’école, par son élimination des églises, par les refus réitérés de la réouverture de l’Université, et plus la volonté des patriotes se renforça.

En 1904 – 1905, un journal nommé « A Corsica » impulsa un puis­sant regroupement des Corses de l’île et de la Diaspora.

Il réclamait la reconnaissance de la Nation corse et sa devise était « Corsica farâ da sè ».

En 1914, Ghjacumu Santu Versini et Saveriu Paoli créèrent «A Cispra », revue nationaliste qui publia un manifeste qui fera date dans notre histoire « A Corsica ùn è micca un dipartimentu francese, ma una nazione vinta chi da rinasce » (la Corse n’est pas un département français, mais une Nation vaincue qui va renaître).

Le mouvement naissant sera brisé par la guerre de 14. Il n’avait pas assez de maturité pour s’opposer aux départs des conscrits corses pour le front. Il laissa cependant une empreinte profonde dans le nationalisme corse.

La «grande boucherie» avait commencé. La fleur de la jeunesse corse sera sacrifiée pour défendre les intérêts de la bourgeoisie française. Les régiments corses seront décimés 40 000 morts ! tel est le lourd tri­but payé par le peuple corse pour défendre les intérêts de l’impérialisme français. Nous avions perdu 14 % de notre peuple ; c’est un véritable génocide camouflé. En France, il n’y eut que 5% de perte… Ces pourcentages démontrent qu’il s’agit d’un véritable massacre. Les Généraux français avaient l’ordre de leur Gouvernement de mettre les Corses, les Marocains et les Sénégalais en première ligne.

De la « chair à canon », voilà ce que nous étions pour la France !

Cette politique de réservoir humain, où l’impérialisme français puisait ses hommes de troupe et ses cadres coloniaux, se maintint jusqu’à la victoire du Peuple algérien.

Toutes les guerres françaises furent pour nous de véritables saignées, qui, combinées avec celles de l’exil, aboutiront à faire de notre Pays un désert humain. 300 000 Corses seront déportés en France en un siècle.

Sur les plans politique et culturel ils seront désormais liés, la lutte continua après la guerre.

  En 1920 apparut « A Muvra ». Ce journal reprenait et développait le programme de « A Cispra ». Un puissant parti politique s’organisa «Un Partitu Corsu d’Azzione» qui exigeait la reconnaissance des droits nationaux du peuple corse.    L’entre-deux guerres fut la période d’épanouissement de notre langue, notre Peuple réapprit son histoire et comprit que la Corse était une colonie, au même titre que l’Algérie ou l’Indochine.

   L’État français s’inquiéta de cette puissante revendication nationale qui s’enracinait profondément dans le peuple. Il refusa d’examiner la question corse. Il y eut de nombreuses manifestations, de nombreux meetings politiques, et même deux tentatives, en 1934 et 1935, de rétablir l’ancienne Assemblée nationale corse, avec des centaines de représentants de la Nation corse de l’île et de la Diaspora.    En 1931, le pouvoir colonialiste, craignant qu’un jour le banditisme maquisard ne servît de point d’appui à une résistance armée, comme cela avait été le cas en 1827 avec Tiadoru Poli, puis en 1887 avec Leandri, envoya un véritable corps expéditionnaire pour l’écraser. Des villages entiers furent encerclés par les troupes coloniales, des centaines de Corses furent emprisonnés.

La résistance au fascisme et au nazisme (1939-1943).A la veille de la deuxième guerre mondiale, la situation en Corse était pré insurrectionnelle, le nationalisme corse qui avait grandi s’apprêtait à porter un coup décisif à l’occupant français. Il allait, malheureusement, rencontrer un nouvel obstacle.

Avec Mussolini, l’ancienne revendication de la Corse terre italienne, qui remonte au Risorgimento, fut reprise avec force. Une puis­sante propagande utilisait l’état d’abandon de l’île, ainsi que les parentés linguistiques, pour attirer les Corses. La France eut beau jeu de pratiquer l’amalgame entre le mouvement nationaliste et quelques groupuscules pro-italiens et fascisants. Quelques jeunes intellectuels se rallièrent à l’Irrédentisme, croyant y trouver un remède à l’effondrement culturel et humain.

Nous tenons à dire que la majorité des nationalistes ne s’y rallia pas, ils condamnèrent l’irrédentisme avec force. Quant à nous, nous condamnons sans appel les quelques égarés qui servirent de prétexte au maintien du joug français

Notre peuple ne pouvait se retrouver dans le régime dictatorial du « Duce » dont les conceptions blessaient profondément nos sentiments démocratiques communautaires. Mais, surtout, l’annexion à l’Italie aurait été la trahison de toute notre Histoire. En réalité, la création et l’unification de l’État italien nous était tout aussi étrangère que l’élabo­ration de l’État français.

Le colonialisme français profita de la situation, il accentua le vieux ressentiment anti-gênois pour le transformer en racisme anti-italien ; il s’agissait d’une excellente diversion qui détournait les Corses de leur condamnation de l’exploitation française.

Ce fut l’origine du pseudo-serment de Bastia de 1938, qui ne peut être considéré comme un plébiscite pro-français. Il s’agit d’une habile manipulation du peuple corse par l’Administration coloniale aidée en Cette mise en scène par les notables, valets de l’occupant.

Les Corses rassemblés à Bastia n’acclamèrent pas la France mais condamnèrent le fascisme, ce qui est tout à fait différent…

Daladier pratiqua les mêmes pitreries en Afrique du Nord, et pour­tant vous devez connaître le statut actuel de l’Algérie.

De 1941 à 1942 se forma le Front national, essentiellement dirigé par les communistes corses. Des nationalistes corses s’y rallièrent, comme le grand poète et historien Simone-Ghjuvanni Vinciguerra qui devint l’un des chefs de la Résistance. Le PC corse avait à sa création un caractère anti-colonialiste manifeste. Et, sans admettre le principe de l’autodétermination pour le Peuple corse, il reprenait les grands thèmes de la revendication nationaliste. Notamment sur la culture corse, sur la mise en valeur, sur le renouveau de l’intérieur, sur la nécessité d’éliminer les notables corrompus qui servaient le colonialisme.

Les collaborateurs du colonialisme devinrent les « collabos» du fascisme, ce sont les mêmes, qui aujourd’hui voudraient nous donner des leçons de démocratie ! Qu’ils aient, au moins, la pudeur de se taire

Le maire bonapartiste d’Aiacciu, Dominique Paoli, félicitait Mus­solini pour sa victoire en Éthiopie… et il l’assurait de son total dévoue­ment…

Le chef de clan François Pietri, héritier spirituel du puissant clan Gavini dont le pouvoir s’est maintenu jusqu’à nos jours, était un proche collaborateur du Maréchal Pétain. François Pietri avait une profonde admiration pour Hitler, il colportait dans l’île que le Fuhrer lui-même admirait le soldat corse et que, par conséquent, le peuple corse serait admis à servir la « race des seigneurs »…

« L’appel à l’insurrection du 9 septembre 1943 s’adressa au peuple corse et non aux Français de Corse. A la bataille de Levie, livrée contre les troupes allemandes, les combattants corses attaquèrent l’Africa Korps avec le seul brassard à tête de Maure pour emblème.

« Radio-Alger elle-même reconnaissait l’identité nationale corse en diffusant des émissions en langue corse ; ce qui n’est plus le cas aujourd’hui avec les TF1 et autres France-Inter… Mais il est vrai que les Français n’ont plus besoin des Corses pour chasser les Allemands.

«Scamaroni, Giusti, Vincetti, Mondoloni sont morts en héros pour que vive notre Peuple. Jean Nicoli, un des chefs de notre résis­tance, écrivant à ses enfants avant d’être massacré par les fascistes ita­liens, leur demanda de rester fidèles au drapeau à tête de Maure et àl’idéal communiste. La Corse fut libérée par ses fils, l’armée populaire qui prit le pouvoir à Aiacciu, faute d’une juste appréhension de la réalité corse de la part du PC, remit notre pays sous la tutelle française.

L’erreur des nationalistes a été, en dehors de la fraction irrédentiste minoritaire, le caractère trop intellectuel de leur action. Les communis­tes surent, eux, impulser la révolte armée, mais ils ne perçurent pas son caractère profond qui était national corse. Abusés par leur internationa­lisme et la venue prochaine de ce qu’ils croyaient &re le grand jour de la révolution dans l’Europe libérée, ils remirent la Corse dans les mains des Français. En le faisant, ils brisèrent inconsciemment pour la plupart l’espoir de tout un Peuple.

Effondrement économique et démographique (1946-1957). Dès

1946 le chômage, la misère, l’exode, la francisation rythmèrent à nou­veau la vie de nos villages.

Le Peuple corse de 300 000 habitants en 1914 s’effondra pour ne plus représenter que 120 000 des 230 000 habitants actuels de la Corse

Cette époque fut le temps du mépris déformant du folklore de pacotille où tout n’était que toc, depuis « la vendetta made-in-France» jusqu’à la pseudo-roucoulade franco-napolitaine.

Notre terre était destinée à assouvir le besoin d’exotisme des con­sommateurs européens.

Pour le « français moyen », il existe un stéréotype du Corse être agressif et paresseux, proxénète et indiscipliné, cousin germain du mafioso sicilien. Cette image du Corse n’est pas née par hasard, elle est au contraire le résultat d’un long travail, notamment celui des écrivains français, depuis la conquête. Le Corse sauvage, paresseux et cruel a été l’un des thèmes favoris de la littérature française du XIXC siècle. Les Chateaubriand, Balzac, Mérimée et autres Flaubert s’en donnèrent à coeur joie.

Le XXe siècle a continué sur cette lancée, en accentuant encore cette image du Corse par le biais des médias. Ce racisme anti-corse atteindra son apogée dans les années 70 avec le substitut Pagés qui, dans l’enceinte du tribunal de Nice, osa parler dans son réquisitoire d’un chromosome corse de la criminalité

Ce chromosome qui permit sans doute à Poniatowski d’accuser une prétendue « union corse » d’avoir la main-mise sur le marché international de la drogue, et que par conséquent il suffisait d’éliminer quelques Corses pour supprimer ce fléau mondial.

Autre exemple de racisme, la tentative d’exclusion des équipes de football corses du championnat de France amateur, lors d’une table ronde à Montélimar, et ce à l’initiative d’une bonne partie des dirigeants des clubs français. Il y eut aussi les émeutes anti-corses de Lens en 1972 lors de la demi-finale de la Coupe de France. Il y eut le comité anti-corse d’Épinay-sur-Seine qui demandait la suppression de la cour d’Assises en Corse en raison de l’incapacité congénitale des Corses à rendre la jus­tice. Il nous faut ajouter également que l’on relève des propos racistes tous les jours dans une partie de la presse française et sur les ondes radio de ce pays.

Les récents sondages d’opinion en France révèlent dans une proportion importante que les Corses sont considérés comme étrangers par les Français, ce qui d’ailleurs nous réjouit, et est une preuve supplémentaire que le Corse est un colonisé comme les autres dans l’esprit de la majorité des Français.

Mais quel plus bel exemple de racisme que celui qui s’est manifesté devant cette même juridiction en 1976. Un officier supérieur français, le Colonel Bouvet, ancien chef de la gendarmerie en Corse, y tint des propos infamants à l’encontre de notre Peuple. Ce « brillant officier », chef du corps expéditionnaire de 1975, regrettait, à la barre de votre cour d’exception, de ne pas avoir pu raser au canon la cave d’Aleria et ainsi exterminer tous les insurgés corses qui s’y trouvaient…

Cette époque fut aussi celle du refoulement, de la mutilation volontaire de la part de certains exilés corses qui, écrasés par leur condition de colonisés, croyaient se libérer en se reniant eux-mêmes, en affectant d’être plus français que les Français.

Pendant ce temps, la plaine orientale, un moment assainie par le DDT des troupes américaines, redevint le domaine de l’anophèle. Le train, pour quelques ponts détruits par les Allemands, fut supprimé de la plaine orientale. Comme après 14, l’administration coloniale disait Partez, ici il n’y a rien à faire, la Corse est pauvre, elle l’a toujours été, heureusement qu’il y a la France pour vous nourrir.

Sur ce fond de marasme économique et de chômage, lentement la lutte pour la langue et la culture permit le regroupement des énergies pour reconstruire un Parti nationaliste.

Une des premières tentatives fut en 1955 la revue « U Muntese »les écrivains revendiquaient alors l’application de la loi Deixonne votée en 1951 qui assurait un enseignement minimum des langues minoritaires de France. Le corse en avait été exclu, certes par ostracisme pur et simple, mais surtout par une reconnaissance implicite dans l’esprit du légis­lateur français que la culture corse était celle d’une Nation qu’il fallait à tout prix anéantir.

L’enseignement véritable du corse fut pris en main par des patriotes à partir de 1970. Ce fut le magnifique combat de « Scola Corsa », ce fut la bataille pour la réouverture de l’Università di Corti, et aussi l’inlassa­ble travail des militants pour recorsiser les noms de nos villages. Ce renouveau culturel qui amena le mûrissement du nationalisme corse s’affirma en 1973 à l’Universita d’Estate qui fut le lieu de rencontre de toutes les forces combattantes de notre Peuple. La Jeunesse corse y tint un rôle considérable, elle renoua avec les sources profondes de son his­toire. C’est à Corti que furent précisées et approfondies les notions de Corsité et de Corsitude.

A partir de 1957, la politique française change, les crédits arrivent, les défrichements commencent, des routes sont ouvertes, l’électrifica­tion s’accélère, des barrages sont construits, mais tout cela n’est pas pour les Corses. Non 1 tout cela est destiné aux « pauvres » colons fran­çais chassés d’Afrique par les patriotes algériens.

La colonisation de peuplement a débuté, elle sera massive.

 La colonisation de peuplement et le début du sursaut national (1957-1975)

Suite de la lecture devant la cours de sureté de l’état.

 Parallèlement au renouveau culturel, le traumatisme provoqué par le déferlement des colons amena la création des premiers groupes revendicatifs. Leurs programmes étaient purement économiques. C’était en 1959-60, le mouvement du 29 novembre, le DIECO, le CAPCO. Dans ces rassemblements, les élus et la moyenne bourgeoisie détenaient la direction. L’État français les ignora et, au lieu d’accorder une place quelconque aux Corses dans la rénovation agricole qui avait débuté par l’intermédiaire de la SOMIVAC (société de mise en valeur étatique créée en 1957), l’État y accentua au contraire la venue des Français.

Il en alla de même dans le domaine du tourisme avec la SETCO (homologue de la SOMIVAC pour le tourisme) qui favorisa l’implantation de grandes sociétés capitalistes franco-internationales.

Les Corses, impuissants, assistèrent à l’accaparement des meilleures terres de la plaine orientale et à la dépossession totale de leur côte au profit des trusts internationaux. Les élus, qui avaient d’abord participé aux différents mouvements revendicatifs, furent rappelés à l’ordre. Leurs élections truquées, leurs listes électorales gonflées, leur prébende et leur clientélisme ne leur permettaient pas de résister davantage…

Une petite partie de la bourgeoisie libérale abandonna les élus et se regroupa autour de Max Simeoni qui devait fonder le CEDIC, organe revendicatif demandant, outre un développement économique pour les Corses, un statut spécial.

Une partie de la diaspora intellectuelle, composée surtout d’étudiants, se regroupa à Paris autour de I’UNEC et de l’Union Corse. Ils constituèrent un courant nettement plus politisé et qui se voulait socialiste.

La fusion des deux courants amena la naissance du FRC en 1966.

En 1967, l’ARC naissait d’une scission du FRC.

Dès 1965 les paysans s’organisèrent en syndicat pour dénoncer les spoliations et les discriminations dont étaient victimes les Corses exclus de la mise en valeur de leur pays.

1969, « Rendez-nous nos terres », crient les jeunes Corses du Fium’orbu en occupant la mairie de Ghisonaccia. Les charges de CRS tentent de ramener l’ordre, c’est la répression. A Portu, la même année, des centaines de Corses barrent les routes, nouvelles charges de CRS. Les manifestations se font de plus en plus nombreuses et sont de plus en plus marquées par la détermination de notre Peuple.

1970, certaines tentatives de percée sur le plan électoral échouent, car les régionalistes ne saisissent pas encore nettement la nature du colo­nialisme.

1972, Casabianda, le fameux pénitencier agricole, est occupé. La réponse du pouvoir ne tarde pas matraquages, charges de CRS, grena­des lacrymogènes. Mais le Peuple retrouve son passé de lutte.

Pendant ce temps, les étudiants popularisent la lutte pour l’Università di Corti, la FEC puis la Cunsulta di i studienti corsi multiplient les manifestations et les occupations. « Ils se calmeront, ils sont jeunes »,, dit-on dans les milieux colonialistes… Hélas pour l’administration colo­niale, en février 1973, la sous-préfecture de Bastia est occupée, saccagée, le sous-préfet pris en otage et, ô sacrilège, le drapeau corse remplace le drapeau tricolore au mât officiel ! Le but apparent de la manifestation était d’exiger l’arrêt du déversement des boues rouges en Méditerranée. Mais sa signification profonde était tout autre elle avait une dimension nationale corse.

Le FRC apporte alors une contribution théorique importante dans l’analyse du mécanisme colonial. « Arritti », « Populu Corsu », sont les journaux de lutte qui mettent en pièce la propagande des trusts français de l’information.

En 1973, « A Chjama di u Castellare » annonce que rien ne va plus dans l’esprit des Corses. C’est maintenant l’autonomie interne que le PPC (successeur du FRC) réclame et que l’ARC adopte quelques mois plus tard.

« Attention », dit-on dans les milieux officiels « l’autonomie, c’est l’antichambre de l’indépendance…

Toujours cette même année, le délégué corse à la conférence internationale de Beyrouth sur la pollution affirme «Je parle au nom d’un Peuple muselé, la Corse est une Nation vaincue ». C’est la stupeur au Quai d’Orsay, c’est que « ce n’est plus de l’écologie, ni du poujadisme…

En septembre 1973, le Scarlino, bateau qui déverse les boues rouges au large des côtes corses, est plastiqué par un commando dans un port italien.

En octobre, ce sont cette fois les installations de la base de Sulinzara qui sautent pour la première fois, la place forte de l’Impérialisme français en Méditerranée est menacée. Cet attentat est revendiqué par le FPCL (Fronte Paisanu Corsu di Liberazione) qui publiera un programme nationaliste avancé.

« Mais c’est du séparatisme », « il faut réprimer », ordonne-t-on à l’Élysée. Le Conseil des ministres français ira jusqu’à se ridiculiser en annonçant la dissolution du FPCL…

Mars 1974, le Premier ministre de la République française vient visiter un « département bien comme les autres ». Seulement, il est accueilli chaleureusement par la destruction d’une Caravelle et par le plasticage de la Sous-Préfecture de Bastia. « Bienvenue », lui dit Ghjustizia Paolina dans sa revendication, le peuple témoigne par son absence des visites officielles que la voie de la lutte armée est la sienne. Désormais, il y a deux organisations clandestines qui préparent la lutte de libération.

« C’est grave, mais il s’agit de menées séparatistes ultra­groupusculaires », « Le problème est économique, donc des sous et tout rentrera dans l’ordre» espèrent les experts français…

Déjà 1970 avait vu la France « généreuse» octroyer une région corse de programme détachée de la Provence Côte d’Azur. En 1971, un plan d’aménagement qualifié de « plan de déménagement des Corses », fut publié. Il prévoyait pour 1985 350 000 habitants en Corse, dont seulement 100 000 Corses. Ce plan n’était pas une vue de l’esprit, il y est écrit, noir sur blanc, la mort programmée de notre Peuple. C’est la colonisation de la Mitidja avec l’ordinateur.

Mais, ce n’est pas une surprise ; le plan de 1957 était déjà dans la parfaite logique de la colonisation, il y avait de belles phrases du genre « L’individualisme corse et l’absence d’initiatives économiques ne permettent pas un développement interne… » « Les Corses manquent d’aptitudes agricoles et industrielles ». Toujours dans ce même plan, on parle d’introduire des « initiatives extérieures » et même, plus clairement, de «l’introduction d’exploitants et de salariés étrangers ».

Voilà bien du vrai colonialisme, net et sans fioriture. En matière de colonisation, nous aurions pu rappeler l’envoi d’Alsaciens, de Lorrains en 1774, puis après 1830; nous pourrions tout simplement rappeler la création des pénitenciers agricoles de Castelluciu, Coti Chjavari et Casabianda vers 1855. Les populations de ces régions furent chassées par l’armé d’occupation et remplacées par des centaines de galériens. Le pénitencier de Casabianda est toujours une réalité bien vivante avec ses 2 000 ha, avec ses centaines d’esclaves agricoles qui triment sur nos terres pour le profit de l’État français.

Nous pourrions aussi citer nombre d’économistes français qui, tout au long du XIXe siècle, ne cessèrent d’inciter leur Gouvernement à envoyer des colons français en Corse. L’arrivée massive des colons ne s’est faite que de nos jours car, comme disait un certain Griffon en 1841, «l’Algérie en raison de son immense étendue sera préférable pour nous à la Corse ».

Nous pouvons également citer les nombreuses déclaration officielles de nos Gouverneurs, oh pardon, de nos Préfets ; un certain Granval disait de son palais exotique d’Aiacciu en 1878 « Je salue cette belle colonie de Corse ». En 1964, un de vos géographes, Rondeau, dira: «La mise en valeur de la Corse est un luxe dans lequel les Corses n’ont rien à faire ».

1957, 1971, c’est de l’Histoire d’aujourd’hui et vous avouerez, Messieurs les Juges français, que pour un Département et même deux… bien français, vous y avez d’étranges projets et des réalisations, hélas pour vous qui prétendez juger des Français de Corse, tout à fait coloniales. Vos écrits sont du bon, du vrai colonialisme, avec son honnête dose de racisme et de mépris.

Vous les anciens maîtres de l’Afrique et de l’Asie, vous avez cru que s’il ne restait plus de «bougnoules » à faire suer en Algérie, il vous res­tait au moins la Corse et la possibilité d’y transplanter les travailleurs maghrébins, sur cette terre que vous avez vidée de ses habitants.

Vous nous traitez, nous nationalistes corses, de racistes, vous qui n’hésitez pas à vous prévaloir dans vos textes officiels d’une prétendue supériorité biologique. Vous dont la puissance et la richesse se sont construites dans le sang, les larmes et l’exploitation des Nations vaincues, sachez donc que les ouvriers maghrébins que vous exploitez sans vergogne dans notre Pays ne sont pas nos ennemis, ce sont nos frères de colonisation. Ils n’ont rien à redouter du Peuple corse.

Sachez aussi que le Peuple corse ne menace aucun autre Peuple. Le Peuple corse, comme les autres Peuples méditerranéens, est hospitalier et il a toujours accueilli et assimilé les étrangers qui désiraient s’intégrer à lui.

Chez nous, plus qu’ailleurs, nous respectons la vie et notre loi nationale, c’est l’honneur. C’est-à-dire le respect de l’homme. Ce n’est pas dans nos rangs que vous trouverez des massacreurs et des tortionnaires.

Les Français établis en Corse, qui n’exploitent pas les Corses et qui désirent acquérir la nationalité corse en participant à notre lutte de libé­ration sont nos frères. Nous affirmons également que le Peuple de France n’est pas un peuple ennemi. Nous ne luttons pas contre lui car nous le considérons comme un Peuple ami, mais nous luttons contre l’État colonialiste français.

« Nous ne luttons pas contre l’occupant français pour nous replier sur nous-mêmes dans une autarcie archaïque et raciste. Bien au con­traire, au lieu d’être rayés de la carte mondiale par l’État français, nous voulons avec l’indépendance nous ouvrir sur le monde.

En 1974, la loi « Deixonne » est appliquée à la langue corse, 23 ans après sa promulgation en France ! Le principe de l’Université est enfin accordé et son lieu d’implantation, grâce à la pression populaire, sera Corti. Certains s’écrient : « C’est de la folie ! », mais, en coulisses, on s’empresse de les rassurer : « Cette université n’ouvrira jamais ses portes » ; c’est d’ailleurs la seule promesse qui sera tenue… En fait, il s’agit de désamorcer la lutte nationale corse qui est maintenant prise en compte par l’ensemble du peuple corse, l’État colonialiste français envoie une sorte de proconsul en janvier 1975. Il s’agissait de Libert Bou. Celui-ci débarque en Corse auréolé de toute la puissance du conquérant. Ce haut fonctionnaire circula beaucoup ; les journaux signalaient jour après jour les étapes de son périple ; sur les places de nos villages à l’agonie il promettait, il promettait… Les élus le courtisaient c’était à qui pouvait lui arracher le plus ; lui, condescendant et superbe, donnait audience, flattait les uns et les autres. Il se mettait à la portée de l’indigène ; il allait faire même mieux :11 reçut dans la capitale française une délégation de l’ARC qui se voyait soudain, du moins certains de ses leaders l’ont cru, reconnue comme interlocuteur valable. Quelques mois plus tard, le schéma d’aménagement de 1971 fut rapidement replâtré. lis le baptisèrent « Charte de Développement », c’était plus ronflant pour les notables de l’île. Malheureusement il y a toujours les éternels mécon­tents. Les clandestins dénoncèrent l’imposteur Libert Bou et dans son manifeste de la Pentecôte Ghjustizia Paolina radicalisa la revendication nationaliste : « La dimension politique de la Nation corse ne se réalisera qu’au sein d’un État souverain ». Les manifestations reprennent, un slogan devient populaire, il apparaît sur tous les murs de Corse  » I Francesi Fora »   ! Il nous paraît inutile de traduire.

Au cours d’un débat avec des nationalistes, Libert Bou acculé s ‘écria « Même 200 000 Corses autonomistes ne sauraient modifier la Constitution ». C’était la fin des rêves de quelques réformistes qui voulaient modifier la Constitution française à partir de son article 72.

L’ARC avait compris que la voie légale était une illusion. Après l’Assemblée historique des militants en juillet 1975, la stratégie était claire « On ne transige pas avec le colonialisme, on l’abat ! »

« Le 17 août, Edmondu Simeoni avait décidé de mettre en pratique cette analyse. Il savait que le congrès de Corti Il serait le dernier de l’ARC. Il fut, à ce moment de notre histoire, l’unificateur de toutes les tendances, il sut traduire de façon courageuse le point de non-retour qu’avait atteint notre lutte.

Devant plus de 10 000 Corses enthousiastes, il termina son discours tandis que les militants scandaient « I Francesi Fora » en disant « Libert Bou nous a fermé la porte de la voie légale, nous lui répondrons : un Révolutionnaire, ou il gagne, ou il meurt ! ».

Le 21 août 1975, la cave d’un gros colon d’Aleria était occupée par des militants en armes. Ils s’attaquaient ainsi à tout l’édifice colonial et non à un quelconque scandale de la vinasse, comme le prétendirent certains qui voulaient travestir la réalité historique. Le monde entier connaît la suite 2 000 soldats français investirent la région d’Aleria, les autos-mitrailleuses quadrillèrent les routes, les hélicoptères Puma déversèrent les soldats de l’ordre français.

« Enfin ! », s’exclamaient les colons et les nostalgiques vétérans de l’armée d’Afrique, ainsi que les 3000 légionnaires assassins qui occupent nos villes, « enfin on va pouvoir les mater ».

Le 22, l’assaut est donné, 2 gardes mobiles sont tués, un patriote est grièvement blessé. Il s’agit de Petru Susini dont nous saluons le sacrifice héroïque. Seul le sang-froid d’Edmondu Simeoni évita de justesse un bain de sang plus considérable. Bravo, prince Poniatowski, vous étiez à la hauteur des vainqueurs de Ponte Novu.

Nous tenons aujourd’hui à rendre un vibrant hommage à Ed. Simeoni pour ce haut fait de résistance de notre Histoire moderne.

Nous nous souvenons également du sacrifice du militant nationaliste Ghjuvan Bernardu Acquaviva, ce patriote atteint d’une grave maladie abandonna son traitement médical pour rejoindre ses frères au maquis, où il mourut à l’âge de 23 ans, Fratellu, nous ne t’avons pas oublié, ton exemple est là pour nous guider en ces moment décisifs de notre lutte.

Le 27 août, le Gouvernement français a dissout l’ARC (Azzione per a Rinascita di a Corsica). A Bastia, c’est l’émeute. Le vieux réflexe hérité des siècles de résistance n’était pas perdu. Le Peuple a pris les armes, ce sont de nouvelles pertes pour les forces d’occupation. Le matin Bastia est quadrillé par les autos-mitrailleuses. Le Gouvernement est surpris par l’intense mobilisation de cette Nation qu’il croyait àgenoux.

Bien sûr, les officiels français continueront à alléguer à longueur de discours que la Corse, c’est la France.

« Oui, c’est la France, mais cette France-là elle ressemble étrangement à celle qui s’étendait jadis jusqu’à Tamanrassett…

« Grèves générales, meetings, manifestations. Les syndicats corses prennent désormais en compte tout ou partie de la revendication nationale.

Le PC corse, après avoir condamné les actes de résistance dans les premiers jours de l’après Aleria, approfondit son analyse et, sous la pression de sa base militante, se rapprocha de nous.

Le PS, qui avait commencé son évolution en 1974, adopta des positions proches de l’autonomisme. Seulement il était, selon les vieilles habitudes de la gauche française, en retard d’une décade.

La lutte armée, dans les mois suivants, marqua le pas. Les structures n’étaient pas prêtes. Les anciens cadres de l’ARC, complètement dépassés par les événements, ne savaient que quémander la libération d’E. Simeoni. Leur attentisme mécontenta la majorité des militants, dont une bonne partie avait déjà pris le maquis.

Le réformisme était mort, et ce ne sont pas les faibles organisations légalistes APC puis UPC qui le ressusciteront. Les militants de cette dernière organisation sont nos frères et ils nous rejoignent de plus en plus nombreux, conscients qu’ils sont de l’impasse légaliste.

Le Gouvernement de la République une et indivisible se faisait toujours des illusions. « Tout peut encore s’arranger », pensait-on à Paris. L’Etat colonialiste parachuta alors un Préfet corse, c’était le premier depuis plus d’un siècle. Ce traître, plein d’arrogance, singeant ses maîtres français, croyait en imposer aux Corses par la calomnie et l’insulte. Il osa traiter les fils de la Nation Corse de voyous et de sardes. Injure significative et de son manque d’argumentation, et surtout de son profond racisme.

Notre Peuple le surnomma, avec mépris, « Rio l’Harki ».

Le 5 mai 1976, à la veille du procès d’Aleria, naissait le Fronte di Liberazione Naziunale di a Corsica. Le 5 mai 1976, le peuple corse émerge résolument sur la scène de l’histoire.

La majorité des patriotes corses se sont réunis au sein du FLNC pour donner à la lutte nationale corse sa véritable dimension.

Le temps des ambigüités et des doubles discours est révolu.

MATTEU FILIDORI, FLNC

Cette déclaration, applaudie par le public, fut violemment contestée par la cour, le ministère public et maître Jean-Baptiste Biaggi, avocat corse connu pour ses idées d’extrême droite, qui défendait les intérêts d’un des plastiqués par le Front, le gros propriétaire colon Infantes

Quelques dates

Le 13 JUIN 1979 : Le F.L.N.C tient une conférence de presse à PARIS.

Le 14 JUIN 1979 : Premier jour du procès des 21 militants du F.L.N.C. (Fin le 12 juillet 1979)

Dans la nuit du 15 JUIN 1979 au 16 JUIN 1979 : le F.L.N.C commet quinze attentats

Le 12 juillet 1979 : Dernier jour du procès des 21 militants du FLNC, les militants du FLNC en procès se sont levés et ont entamé un chant.

Le 14 juillet 1979 : S’ouvre le procès de Leonardu Battesti, 22 ième membre du FLNC

Liens

14 juin 1979 Procès d’un Peuple
15 juin 1979 Déclaration de Ghjuvan’Paulu Roesch 
19 juin 1979 Déclaration de Matteu Filidori

Source du dossier Unità Naziunale Archives du mouvement

by @Lazezu 

Revue de Presse et suite de l’article  : 

sur Corse Matin, sur Alta Frequenza, sur RCFM, Sur Corsica, Sur le Journal de la Corse,
Sur Alcudina, s
ur Corsica Infurmazione/Unità Naziunale, s
ur France 3 Corse, Sur Corse Net Info (CNI)

 

Corsica Infurmazione: l’information de la Corse, des Réseaux sociaux et des Blogs politiques [Plateforme Unità Naziunale]

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