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« le FLNC s’oppose au milieu et tue deux de ses membres » #Corse #StoriaCorsa – 7 juin 1984 – Vidéos, photos, résumé

 
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(article hebdomadaire #FilRougeDeLaRédaction)

Le 17 juin 1983, Guy Orsoni, militant du FLNC, 25 ans était enlevé puis assassiné par des truands liés au monde politique – chauffeurs ou colleurs d’affiches de caciques locaux.

Le 7 juin 1984, deux complices présumés du meurtre étaient abattus dans leur cellule par un commando nationaliste infiltré dans la prison d’Ajaccio. Le combat corse basculait dans la vendetta sanglante. Il fallait criminaliser le nationalisme corse, en faire une mafia parmi les autres. En pleine négociations du FLNC avec Mitterrand, les barbouzes se sont trompés de cible selon la thèse militante de l’époque et ont pris Guy. Mais la police a laissé faire. Une partie de l’Etat ne voulait pas de la négociation. »

Jeune homme lâchement torturé et assassiné par l’état français disait le mouvement national en 1983.

En 2006 un livre écrit par Lucien aimé Blanc fait lumière sur les actes barbouzards en Corse notament l’affaire Guy Orsoni. Le magazine Corsica dira dans un dossier « en 1978, un commando d’hommes de main avait reçu pour mission « officielle » d’assassiner cinq leaders nationalistes. Selon Aimé-Blanc, le scénario de 78 a été repris en 1983. Et le jeune militant, frère d’Alain Orsoni, en a été la victime. En Corse, SAC se prononçait “FRANCIA”. De 1977 à 1979, ce groupe clandestin antinationaliste a été responsable d’une centaine d’attentats. Avec les compliments du pouvoir politique » Bras armé de la Corse Française Républicaine « CFR » représenté en 2012 par une association france-Corse.

Le 17 juin 1983, disparaissait Guy Orsoni, militant nationaliste de la première heure, militant du FLNC et frère d’Alain Orsoni. Guy Orsoni, membre du FLNC, avait été interpellé fin des années 70 et la cours de sûreté de l’Etat l’avait condamné à une peine de prison en Mai 80.

Une des thèses avancée par la police/L’Etat : Guy Orsoni a été enlevé par des truands du sud de l’île. Il a vraisemblablement été victime d’une méprise. Les voyous de la bande dite du Valincu dirigée par Jean Alfonsi dit Jeannot le Long voulait se débarrasser de Roger Orsoni, l’oncle de Guy et d’Alain Orsoni, alors dirigeant du FLNC. Le jeune homme, fait prisonnier au lion de Roccapina est alors tabassé et jeté dans le coffre de la voiture de son oncle, une Mercedes. Il meurt à l’intérieur de cet habitacle. Les voyous dirigés par Jean-Marc Leccia, un trafiquant de drogue travaillant pour les Zemmour et Salvatore Contini, un Sarde membre de l’Anonima Sequestri, la mafia sarde et une balance reconnue. (source Investigateur) Jean Marc LECCIA aurait sollicité Jean ALFONSI, dit « Jeannot le Long » parrain du VALINCO, qui avec l’aide des nommés Henri Rossi, Paul ANDREANI et Salvatore CONTINI, aurait procédé à l’enlèvement et à l’assassinat de Guy ORSONI, dont le corps restera introuvable.

A ce jour, les protagonistes de cette affaire, se sont exprimés et on confirmé la thèse de l’assassinat politique des barbouzes de l »état.

 

QUELQUES DATES IMPORTANTES

L’Assassinat de Guy Orsoni, Réaction de la LLN

Le 5 janvier 1983, Robert Broussard, le superflic, débarquait en Corse, fort de son nouveau titre de préfet de police et d’une idée de génie: criminaliser le FLNC et donc faire passer ses militants pour de vulgaires gangsters aux yeux de la population.

17 JUIN 1983 : Disparition du GUY ORSONI, militant nationaliste du F.L.N.C, et frère d’ALAIN ORSONI, enlevé par un commando. Vers 16H00, les frères ORSONI se séparent sur le parking du couvent saint Damien à sartè. Guy monte dans une Mercedes bleu (celle de son oncle ROGER ORSONI) et pars en direction de Purti Vechju, Alain pars vers Aiacciu.

Le 25 Juin 1983 : Plus de 2000 personnes manifestent sur le cours Napoléon pour dénoncer la disparition de GUY ORSONI et la collusion de l’ETAT COLONIAL dans cette affaire. Des Slogans hostiles « Broussard Assassin » sont lancés, des portraits et des affiches de Guy sont brandis. Discours devant la préfecture en fin de cortège.

Le 10 JUILLET 1983 : Une plaque est posée à la mémoire de GUIDU ORSONI par le F.L.N.C :  » A A MEMORIA DI U NOSTRU FRATELLU DI LOTTA GUIDU ORSONI MILITANDU DI U F.L.N.C MILITANDU DI A CAUSA CORSA ASSASSINATU PA U STATU FRANCESU A VINTE CINQUE ANNI UN CI SMINTICAREMU MAI …  » 10 07 1983 F.L.N.C

Le 13 Juillet 1983 : Les dirigeants de la CCN, dont Léo Battesti et Pierre Poggioli, sont interpellés par la police (et seront relachés sur décision judiciaire)

Le 22 Juillet 1983 : un commerçant de Purti vechju qui a rapporté a LECCIA Jean Marc les propos menacant de ROGER ORSONI est blessé par des militants clandestins près de son établissement.

Le 13 Juillet 1983 : Les dirigeants de la CCN, dont Léo Battesti et Pierre Poggioli, sont interpellés par la police (et seront relâchés sur décision judiciaire)

Le 22 Juillet 1983 : un commerçant de Purti vechju qui a rapporté a LECCIA Jean Marc les propos menaçant de ROGER ORSONI est blessé par des militants clandestins près de son établissement.

Le 21 SEPTEMBRE 1983 : Le F.L.N.C revendique l’assassinat de PIERRE JEAN MASSIMI, en représailles à la disparition de GUY ORSONI militant nationaliste exécuté par « L’ETAT ».

Le 27 Septembre 1983 : Décret du 27 : Dissolution de : Consulte des comités nationalistes (C.C.N)

Le 11 novembre 1983 : En réaction à la violence nationaliste et pour couper court à toute tentative barbouzarde, s’est constituée la C.F.R. (association pour la Corse Française et Républicaine) à l’initiative de Jean Dragacci et du colonel François Villanova, dont la vocation première est de s’opposer légalement, cette fois, aux séparatistes.(!)

En décembre 1983 : Jean Alfonsi, chef de la bande du valincu, meurt d’un cancer généralisé (Affaire Guy Orsoni) Un de ses fils sera attaqué avec son cousin a coup de chevrotine a l’aéroport D’Aiacciu.

En décembre 1983 : Jean Alfonsi, chef de la bande du valincu, meurt d’un cancer généralisé (Affaire Guy Orsoni) Un de ses fils sera attaqué avec son cousin a coup de chevrotine a l’aéroport D’Aiacciu.

Le 31 DECEMBRE 1983 : Jean Marc LECCIA, mafieux notoire, est arrêté a MIAMI (AFFAIRE GUY ORSONI).

La Prison d’Aiacciu

arrestation Petru Albertini en 84

Le 7 JUIN 1984 : Assassinat de deux détenus JEAN-MARC LECCIA ET SALVATORE CONTINI supposés être les complices de l’enlèvement de GUY ORSONI. Un commando de trois hommes est entrés dans la prison pour « venger » la mort de GUIDU ORSONI. Les trois hommes pris au piège dans l’enceinte pénitentiaire, se rendent aux forces de l’ordre après quelques heures… Les trois hommes dont PETRU ALBERTINI, NOËL PANTALACCI et PANTALEONE ALESSANDRI sont déportés en France. Alain Orsoni n’y participe pas, mais remercie le commando et exprime ses regrets de ne pas en avoir fait partie. Il est interpellé pour apologie du crime et transféré aux Baumettes, à Marseille.

Georges Moretti et Jean-Dominique Vespirini — membre du FLNC et tous deux candidats sur la liste nationaliste à Propriano — sont restés en couverture dans une estafette stationnée à proximité de la prison. Dans le véhicule, les policiers trouveront un véritable arsenal : armes de poing, mitraillettes, grenades offensives et lance-grenades. Pierre Albertini, Pentaleon Allessandri et Noël Pantalacci — ces deux derniers ont comparu devant la Cour de Sûreté de l’Etat — l’un en bleu de chauffe et les deux autres déguisés en gendarmes, mettent à profit l’imprudence des deux gardiens qui sortent des poubelles de la prison pour y pénétrer. Ils neutralisent aussitôt ces deux gardiens, qui assurent seuls le service de nuit. Le commando libère ensuite Noël Luciani et Paul Ceccaldi. Puis Leccia et Contini sont abattus, en pyjama, dans leur cellule : quatre balles pour le premier, deux pour le second.

Le commando demande alors à deux des autres inculpés dans la disparition d’Orsoni où se trouve le corps de leur camarade.

C’est alors que leur plan échoue. Alerté par l’intrusion suspecte et non signalée des deux faux gendarmes, le gardien chef a immédiatement donné l’alerte. Gendarmes et policiers ont aussitôt cerné le quartier de la prison. C’est ainsi que les deux occupants de l’estafette bourrée d’armes se feront coincer. Les gendarmes repèrent aussi tout près de cette camionnette, une 104 noire ouverte, clés dans la boîte à gants. Dissimulés sous un vêtement sur la banquette arrière, un fusil à pompe et une mitraillette.

Ce véhicule, probablement destiné à assurer la fuite du commando, est celui de Roger Polverelli (maire R.p.r. de Forciolo). En dépit de ses protestations d’innocence et des efforts suspects et insistants du F.l.n.c. pour le dédouaner, Polverelli est arrêté.

Robert Broussard a négocié de bout en bout la reddition du commando. A 11 h 30, les trois hommes qui le composent disparaissent sous bonne escorte dans une camionnette rouge de location. A l’issue d’une garde à vue de quarante-huit heures, ils ont été inculpés d’assassinats, de complicité d’assassinats, d’association de malfaiteurs, de reconstitution de ligue dissoute, d’aide à évasion et de menaces de mort sous condition envers les deux gardiens, de transport d’armes et de munitions de première catégorie.

Les deux hommes de l’estafette et Roger Polverelli sont inculpés de complicité d’assassinats, d’association de malfaiteurs, reconstitution de ligue dissoute, transport d’armes et de munitions, aide à évasion. Samedi après-midi les six hommes ont été conduits à la base aérienne d’Ajaccio d’où ils se sont envolés pour la prison des Baumettes à Marseille. Ils y ont rapidement été rejoints par Alain Orsoni, frère de Guy, inculpé le samedi après-midi pour « apologie de crime ». A l’occasion d’une conférence de presse organisée vendredi par la Démarche unitaire, qui regroupe sept associations nationalistes dont le M.c.a., Orsoni avait rendu hommage au « courage exceptionnel » et à la « détermination sans faille du commando » animé par « l’esprit de la vraie justice ».

Après Orsoni, Jean-Baptiste Rotily-Forcioli devait être inculpé à son tour d’apologie de crime. La liste pourrait ne pas s’arrêter là. C’est dire si les pouvoirs publics en Corse ont fait preuve une fois encore de détermination dans la répression de ceux qui pensent pouvoir défier la loi et l’autorité de la France Une et Indivisible.

Dans « Nice-Matin » du 8 juin 1983, l’éditorial de Roger Bouzinac ne manquait pas de sel : « Cette inimaginable exécution, écrivait-il, remet en cause tout le processus de normalisation du climat qu’avait imaginé le gouvernement.

Comme Bouzinac, de nombreux journalistes et dirigeants de droite ont essayé de broder sur le thème de l’échec de la gauche en Corse. Certes rien n’est encore gagné, mais le processus de réforme engagé depuis moins de deux ans commence à prendre corps. Le gouvernement sait que la situation difficile que connaît la Corse ne peut être résolue par la police seule et il a innové avec audace sur le plan politique….

Juillet 1983 : Cinq dirigeants de l’ex-C.c.n. — Léo Batesti, Jean-Baptiste Robilli Forcioli, Jean-Michel Rossi, Yves Stella et Jean Giambelli — avaient été inculpés, le 14 juillet  de propagation de fausses nouvelles. Leur procès le 1er juin, auquel Rossi comparaissait détenu, a tourné court. Une faute de frappe dans la procédure concernant l’article du code sur lequel se font les inculpations a conduit le tribunal à relaxer les prévenus sous les applaudissements d’une assistance composée d’environ 150 sympathisants.

Le procès de Lyon

Le 16 Juillet 1985: Ouverture du Procès de Lyon. Spectaculaire dispositif policier aux alentours du Palais de Justice. Dans une déclaration liminaire, Petru Albertini, au nom des membres du commando FLNC, parle de la Corse, de la lutte de libération nationale et indique qu’ils assument collectivement et moralement les faits. Ouverture à LYON du procès des militants Nationalistes Corses. Verdict 8 ans de prison pour les principaux inculpés, qui était condamnés pour le meurtre de JEAN-MARC LECCIA et de SALVATORE CONTINI dans la prison d’AIACCIU, ou ils s’étaient introduit sous des uniformes de gendarmes, NOEL PANTALACCI, PIERRE ALBERTINI, PANTALEONE ALESSANDRI, tout trois militants de l’ex-F.L.N.C sont inculpés de crime de sang ils se sont dit les vengeurs de GUY ORSONI. Un dispositif impressionnant de policier autours du Palais de justice. PIERRE ALBERTINI, au nom des membres du commando du F.L.N.C, lors d’une déclaration liminaire, parle de la Corse, de la lutte de libération nationale et indique qu’ils assument collectivement les faits.

Le 17 Juillet 1985: Premiers témoignages au Procès de Lyon.

Le 19 Juillet 1985: Procès de Lyon: coup de théâtre! Un témoignage capital prouve les complicités politiques dans l’assassinat de Guidu Orsoni. Mme Pierrotti, femme de ménage de PJ Massimi affirme que ce dernier avait reçu la visite de Jean-Marc Leccia courant juin 83,c’est à dire …à l’époque de l’enlèvement du militant nationaliste.

Le 20 Juillet 1985: Impressionnante manifestation nationaliste. Plusieurs milliers de personnes défilent à Ajaccio avec dignité et détermination.

Le 23 Juillet 1985: Après un réquisitoire de deux heures contre le FLNC, le Procureur Général Truche requiert de très lourdes peines contre les patriotes « jugés » à Lyon: réclusion criminelle à pérpétuité contre Pantalacci et Albertini, 20 ans contre Alessandri, 7à 8 ans contre Vesperini et Moretti,1 an contre Luciani et Ceccaldi.

Le 26 Juillet 1985: Verdict des jurés de la Cour d’Assises: 8 ans de réclusion criminelle pour Albertini ,Pantalacci et Alessandri, 3 ans et 5 mois de réclusion pour Vesperini et Moretti, acquittement pour Luciani et Ceccaldi.

VIDEOS

VIDEO DU 7 JUIN 1984 lors de l’action du FLNC

 

Vidéo de PETRU ALBERTINI sur cette intervention du FLNC

 

TEMOIGNAGE D’UN MEMBRE DU COMMANDO

Pantaléon Alessandri, l’un des fondateurs et chef militaire du FLNC, s’est volontairement écarté du mouvement dont il fut un des piliers de 1976 à 1990. Il a écrit un livre et donne sa version des faits de cette journée historique.

Le 7 juin 1984, en entrant dans la prison d’Ajaccio après avoir exécuté Jean-Marc Leccia et Salvatore Contini, nous avons vengé un ami, mais nous avons aussi lancé un message plus politique aux flics, aux voyous et aux autres mouvements antinationalistes : «Attention, nous sommes en mesure de répondre au coup par coup. Nul ne peut nous échapper, où qu’il se trouve, protégé par qui que ce soit. Nul n’est à l’abri. »

« C’était un très beau petit matin sur Ajaccio. Le soleil piquait les volets de la chambre qui nous servait de planque depuis trois jours passés à regarder les matchs de tennis à Roland-Garros, à monter et démonter nos armes. 7 juin 1984. Pierre et moi avions collé nos fausses moustaches et endossé nos déguisements de gendarmes, cela nous fit rire.

Jean-Marc Leccia, alias le Chimiste, grand spécialiste de la drogue à Marseille et allié à la bande des voyous du Valinco, avait eu tort de se confier à un autre détenu de la prison :

« Ici, je suis à l’abri. Je ne risque rien. Ils ne trouveront jamais le corps. Pas de corps, pas de preuves. Pas de preuves, acquittement. Je ne risque rien. »

Guy Orsoni avait disparu depuis un an. Aujourd’hui, c’était au tour de ses assassins, Jean-Marc Leccia et Salvatore Contini, de disparaître. Je jetai un dernier coup d’oeil au ciel bleu.

C’est une belle journée pour vivre ou pour mourir, pensai-je.

Responsable militaire de Haute-Corse du mouvement clandestin, j’avais été un des premiers volontaires pour participer à l’attaque de la prison d’Ajaccio et venger le meurtre de Guy Orsoni. Nous étions deux, Pierre Albertini et moi, à devoir prendre les gardiens et entrer dans la prison pour ouvrir le chemin aux autres membres du commando. La direction du FLNC en avait décidé ainsi. Le gros de l’opération, ce qui allait se passer dans la prison, incombait aux Ajacciens, c’était une affaire ajaccienne. Puisque Pierre et moi étions de Bastia, donc supposés inconnus de la police dans le Sud, on nous avait demandé d’agir à visage découvert, les habits de gendarmes et les fausses moustaches devant suffire à notre déguisement.

C’était la première fois que j’amenais Pierre Albertini sur une opération de ce type. Je pensais qu’il était le plus apte à me remplacer si, un jour, je ne parvenais pas à prendre le dessus dans une confrontation avec la mort. Bernard Pantalacci, qui devait pénétrer dans la prison juste derrière nous, était ajaccien, mais il avait, comme moi, partagé la prison avec Guy, quelques années auparavant. Il était aussi père d’un bébé de quelques mois, et je n’en avais que plus d’estime pour lui.

Nous nous sommes retrouvés tous les trois dans le vestibule d’un immeuble qui faisait face à la prison. Deux autres militants du FLNC, Moretti et Vesperini, avaient pris place dans un fourgon au coin de la rue. Ils avaient les mitraillettes, les grenades et un M79, le fameux lance-roquettes américain, pour les autres membres du commando.

Comme chaque matin, les portes de la prison d’Ajaccio s’ouvrirent. Deux gardiens sortirent les poubelles sans se méfier des deux gendarmes qui traversaient la rue dans leur direction. L’effet de surprise avait fonctionné. Braqués, ils étaient pris. Bernard Pantalacci nous emboîtait le pas avec le sac d’armes et nos vêtements civils. La cour, un couloir, les gardiens, la tête recouverte d’un sac en plastique, étaient immédiatement ligotés dans la petite pièce qui leur servait de salle de repos. Nous avions toutes les clefs et tous les passes de la prison. Opération réussie. Il n’y avait plus qu’à attendre les autres pour passer à l’action et libérer Natale Luciani et Paul Ceccaldi, deux membres du FLNC incarcérés, avant de rejoindre une voiture et les emmener en lieu sûr.

«Attention, attention, il est cardiaque », bafouilla soudain un des deux gardiens.

J’entendis comme lui des râles s’échapper de la gorge de son copain sous le sac en plastique. Je le lui arrachai immédiatement. L’homme était effectivement en pleine détresse respiratoire. Je ne voulais pas d’accident, pas de bavure. On était beau, s’il nous claquait entre les mains ! Je lui intimai des ordres :
« Inspire, expire, inspire… »

Il m’obéit, reprit son souffle et son calme. La scène devait être tragi-comique!

Le temps passait. Que faisaient les autres ?
« Je les ai vus dans la rue », affirma Bernard.
L’opération était prévue pour durer huit minutes. Même en cas d’alerte, nous aurions terminé avant la mise en place du dispositif policier. Pas de panique. De toute façon, nous ne pouvions pas les joindre. Nous ne nous étions pas équipés de système de communication. Inutile d’alerter les scanners de la gendarmerie proche de la prison.

Un coup de feu fit soudain bondir Pierre, guettant l’arrivée des autres près de la porte.

« Oh ! Léon, pourquoi tu me tires dessus ? » demanda-t-il, ahuri.
Je n’avais évidemment pas tiré, mais j’avais compris. Le directeur de la prison nous avait repérés. Je le voyais à la fenêtre de son bureau. Il y avait un quart d’heure que nous étions là. Nous pouvions encore sortir en force avec les gardiens et le reste du commando, qui étaient sans doute dehors. Mais nous étions quand même là pour agir, même si les autres ne devaient plus venir. Nous avons d’abord foncé libérer Paul Ceccaldi et Natale Luciani. De toutes les cellules, deux nous intéressaient plus particulièrement. Nous avions leur numéro. Jean-Marc Leccia était seul, c’était plus facile. Contini, lui, partageait sa cellule avec d’autres détenus. Il fallait l’identifier. Les renseignements que l’on nous avait donnés étaient précis. Nous savions exactement où était sa place.

Le temps nous pressait ; il n’y a pas eu de mise en scène, de cérémonial ; on ne tue pas les gens de gaieté de cœur. Ils sont morts endormis ou à moitié.

Restaient leurs deux complices dans le rapt de Guy Orsoni, Paul Andréani et Jean-Simon Alfonsi. Andréani était celui qui avait avoué le meurtre de Guy Orsoni au commissaire Ange Mancini dans un procès-verbal qui avait mystérieusement disparu depuis. Je le savais, ils n’avaient pas participé au meurtre, ni aux tortures au chalumeau sur Guy. Ils n’avaient pas fait disparaître le corps. Nous les avions un peu cuisinés ! Nous les avions épargnés.

Pourtant, avant de monter cette opération, nous avions envisagé plusieurs hypothèses, dont celle de les extraire tous les quatre de la prison et de les faire parler. Cela avait donné lieu à un débat animé en comité restreint du FLNC, et je m’y étais opposé. Les faire parler, cela voulait dire la torture, et je ne voulais pas employer les mêmes méthodes qu’eux. Bernard était aussi de mon avis : nous refusions de sombrer dans la barbarie.

Les flics étaient là, dans la cour, derrière la porte en fer de la prison. Nous étions en sécurité pour quelque temps, mais je savais que le soutien à l’extérieur avait flanché. Nous étions seuls ! Je ne pouvais compter sur personne, ce n’était pas ma région, je n’avais pas de repli possible. J’avais accepté de faire cette action sans recourir aux militants du Nord. Nous étions dans une affaire ajaccienne, et la direction du FLNC avait souhaité qu’elle se règle avec ceux du Sud. Mais, c’était clair, personne d’autre que nous trois n’était allé jusqu’au bout. C’était la dégonfle générale.

L’imprévu total. Une sortie avec les gardiens ? Trop tard ! Tout le monde pouvait se faire descendre, eux compris. Je ne voulais aucun dérapage. Il fallait rester dans une opération presque chirurgicale. Nous allions droit dans le mur si nous tentions quoi que ce soit.

« Puisqu’ils nous ont laissés tomber, nous allons nous débrouiller pour sortir avec le moins de casse possible. »

Je réfléchissais à voix haute. Pierre et Bernard aussi. Nous étions proches, unis. C’était très fort, intense. Nous allions nous rendre, mais avant nous allions effacer de nombreuses traces, et faire la leçon aux détenus pour qu’ils se taisent au moment des interrogatoires. Nous avions décidé d’adopter une attitude commune face aux flics : le mutisme le plus complet, ne rien donner, pas même nos noms et, surtout, ne jamais dire qui avait tiré. Je n’avais pas eu le temps d’avoir peur et le chemin avait été trop long pour arriver jusque-là. Je me concentrais, je sentais mon cerveau qui travaillait à toute vitesse. La prison était encore une fois devant moi, et cette fois, c’était peut-être perpète. À voir ! On avait bénéficié des amnisties de 1981. Je connaissais la politique. Et puis, nous aurions pu tuer quatre hommes, nous n’en avions tué que deux.

Nous étions d’accord : un assaut était possible. D’abord, faire réintégrer leurs cellules à tous les détenus. S’il y avait un affrontement, il fallait être sûr que tout homme qui bougeait ou courait dans la prison était bien un flic. Le calme était revenu. Et, puisque les détenus n’avaient rien pris depuis leur lever, nous leur avons fait servir le café. Les déguisements de gendarmes étaient désormais inutiles. Se changer, se laver soigneusement les mains, il fallait tromper le test de la paraffine détectant les traces de poudre sur les doigts.

Pierre et Bernard étaient d’accord avec moi : une fois arrêtés, nous avions une chance d’être incarcérés dans cette prison, à Ajaccio. Il fallait donc « préparer » les lieux pour une éventuelle évasion future. Les armes, munies de silencieux, qui avaient servi aux exécutions, et un passe-partout furent planqués dans la mousse des fauteuils du parloir des avocats, le plus proche de la sortie. Elles ne furent retrouvées que plusieurs semaines après. Quant aux cartouches de 44 Magnum que j’avais glissées dans la boîte de permis des visiteurs avant de me rendre, elles ne furent découvertes que des mois plus tard !

Le commissaire Broussard était dehors. Le fameux effet Broussard devait en prendre un coup ! Prendre le temps de négocier politiquement notre sortie. Il était au téléphone du standard de la prison. Il a plié et répondu à nos exigences.

Pas question de rendre les armes. Nous les avons déchargées et déposées à l’intérieur. S’ils nous tuaient, ils tueraient des hommes désarmés.
Pas question de sortir les mains en l’air.

Placer le fourgon de police sur le côté de la porte de la prison, et non pas contre elle. Il fallait que tout le monde nous voie sortir et que la presse ait le temps d’arriver. Broussard ne nous referait pas le coup de Mesrine, ne nous tirerait pas comme des lapins.

La prison était encore à nous, nous n’avions laissé entrer personne. Nous pouvions nous rendre. Natale Luciani a refermé les grilles.
Pierre, le plus jeune, est sorti devant, Bernard ensuite et moi enfin.

La rue était noire de monde, les caméras tournaient. Broussard s’est approché de moi :
« Rendez-moi les clefs de la prison !
– Je ne suis pas au courant, il va falloir vous débrouiller tout seul pour les retrouver. »
Il ne savait rien. Il se croyait devant une tentative d’évasion ratée. Il n’avait pas compris qu’il y avait deux morts. Il était content de lui. Il avait encore le sourire.
Les appareils photo crépitaient.

Ce furent mes derniers mots. Pierre Albertini a crié « Vive le Front » en montant dans le fourgon. Moi, je levais les bras en l’air et les doigts en V, mains menottées. Je savais que ce geste serait vu, filmé. Le cri de Pierre s’était sans doute perdu dans le bruit.

 » EVVIVVA U FRONTE » PETRU ALBERTINI

https://soundcloud.com/anthony-simonpoli/petru-albertini-evvivva

Commissariat : la garde à vue commençait dans notre silence. Aucun de nous trois ne répondait aux questions, cela faisait partie des engagements pris en commun avant de nous rendre. Les flics pataugeaient sur notre identification. Je voyais l’un d’eux hésiter et se demander où il m’avait déjà vu. Moi, je l’avais reconnu, il avait participé à mon arrestation de 1978, en Balagne. Je sentais une foule bruissante dans la rue. Les flics aussi la sentaient, et ils n’insistèrent pas. Un coup de fil : la mort de Leccia et Contini était découverte. Je crois que j’ai alors senti une certaine sympathie chez les flics corses. On leur en bouchait un sacré coin. Eux savaient ce qu’étaient les voyous de la bande du Valinco. Une bande de tueurs qui avait mis en coupe réglée toute une région de Corse et avait, à son compte, un nombre incalculable de meurtres.

Mais que savaient-ils des vraies raisons de l’enlèvement et du meurtre de Guy Orsoni ?

8 juin 1984, deuxième jour de garde à vue et de silence avec Pierre Albertini et Bernard Pantalacci. J’attendais notre départ vers une prison du continent en lisant les journaux que les flics nous apportaient. L’affaire faisait les gros titres !

Le lendemain, nous avons eu droit à un avion de la Marine nationale entre Aspretto et Marseille. Direction Les Baumettes. L’écho de notre action nous avait précédés et les détenus, militants ou non, organisèrent la solidarité malgré notre mise à l’isolement. »

 Sources

Source historique : Corsica Infurmazione / http://storiacorsa.unita-naziunale.org/
Source vidéo : FLNC Canal Habituel / France 3 Corse / DVD Génération FLNC
Source photo : Site en hommage à Petru Albertini, DVD Génération FLNC, A Fiara.

(…)

corsicainfurmazione.org by @Lazezu 

Revue de Presse et suite de l’article  : 

sur France 3 Corse

Corsica Infurmazione: l’information de la Corse, des Réseaux sociaux et des Blogs politiques [Plateforme Unità Naziunale]

à suivre sur  l'application android Unità Naziunale ou bien sur ce lien mobile (Apple, tablettes...)

 
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