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(article hebdomadaire #FilRougeDeLaRédaction)

(Michaël Andreani – Alta Frequenza) – Entre le 23 juin et le 31 juillet 1774, la Corse a connu l’une des pages les plus sombres de son histoire, celles des onze pendus du Niolu, âgés de 17 à 48 ans quelques années seulement après la défaite de Ponte Novu. Un devoir de mémoire important pour, la pieve la Corse toute entière, et plus particulièrement pour le village de Corscia, qui a payé un lourd tribut.

Ecoutez Ghjaseppu Maestracci de l’Association Marcu Maria, qui organise chaque année une manifestation du souvenir, et qui revient en détails sur ces faits historiques. in lingua corsa.

En Mars 1774 une révolte se préparait ,elle était organisée par Teseu di Petralba, le colonel Cesare Matteu de Petriconi Pace Maria Falconetti,Cesaru d’Orezza,Tumasgiu Cervoni,  Ghjuvan Petru Giampetri, Nicodemu Pasqualini (chef du maquis de Petralba,revenu secrètement de son exil en toscane pour retablir le gouvernement national corse) Maria Bonelli (dit Zampaglinu di Bucugnà) , Paulu Capellini, Guidoni, Anghjulu Saveriu Valentini et ses six frères.

Il semble que Ghjuvan Petru Giampetri était un traitre et qu’il dénonça ses compagnons avant que la révolte eu lieu. La répression fut terrible et beaucoup furent déportés dans le bagne de Toulon. (…) A cette époque la corse n’est française que depuis peu, et les patriotes caressent le doux rêve de retrouver une liberté noyée sous un torrent de sang et de fureur. En ce mois de juin, une énième révolte vient d’être écrasée, parmis une soixantaine de prisonniers, 10 hommes et un enfant sont choisi au hasard.Ils vont être soumis a une parodie de procès, sans avocat, et seront pendus le 23 juin 1774.

Les morts seront ensuite exposés à l’entrée des villages, afin de servir d’exemple.Les français procéderont ensuite aux pillages et à l’incendie des maisons de ces patriotes, prenant soin d’égorgés les troupeaux. La Corse a terriblement souffert de l’annexion française, viols, pillages, assassinats de femmes d’enfants de vieillards, déportations…Aucune répression, aussi féroce soit elle, n’est venue a bout de la résistance corse,qui aujourd’hui encore porte le drapeau blanc frappé de la tête de maure. Cette histoire, la vraie histoire du peuple corse a été volontairement oubliée par l’administration française. Il est en effet plus glorieux de présenter la France comme vecteur de modernité venant au secours de corses, qui sous le joug génois, l’appelaient à l’aide. Souvenons nous,en ce mois de juin, d’une partie importante de notre histoire.Cettehistoire dissimulée dont nous pouvons être fier,car c’est une constante à travers notre histoire,le peuple corse s’est toujours opposé à l’oppresseur..

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In memoria di l’impiccati :

Cesaru, dettu Ciccione è Raimondu ACQUAVIVA (36 anni) di L’Aquale

Antone ALBERTINI (36 anni) di Corscia

Ghjuvanni ALBERTINI (48 anni) di e Lubertacce

Marcu Maria (15 anni) è Ghjuvan Stefanu ALBERTINI (35 ans) di Corscia

Ignaziu GERONIMI (40 anni) di Bonamanacce

Ghjuseppu Maria LUCIANI (38 ans) di Sidossi

Don Ignaziu MAESTRACCI (24 ans) di Corscia

Ghjuvan Francescu MATTEI (40 ans) podestat di Corscia

Anghjulu ROMANI (24 ans) di Corscia

Depuis 1284, la Corse est sous domination de la République de Gênes. Au XVIIIe siècle, les Corses luttent contre les Génois. En 1755 Pascal Paoli est proclamé général de la Nation par la consulte de Sant’Antone di a Casabianca, c’est le début de l’indépendance. Il définit dans la Constitution corse « le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ».
1765 : ouverture de l’Université de Corte.
1768 : Par le traité de Versailles, Gênes qui savait la Corse perdue pour elle et pressentait que la mer Tyrrhénienne ne serait plus la route tranquille de son commerce, décide de se débarrasser de l’île au meilleur profit possible. Elle cède, les droits qu’elle prétendait posséder sur la Corse à la France.
La Corse, indignée, déclare alors la guerre à la France et les troupes paolistes mettent en déroute l’armée française à Borgo.
1769 : les troupes corses de Pascal Paoli sont défaites à Ponte Novu, la Corse perd alors son indépendance. L’université de Corte est fermée par les forces de Louis XV.

Cependant des partisans de l’indépendance résistent encore pendant plusieurs années.

1774, Nicodème Pasqualini, qui avait émigré en Toscane avec les principaux chefs paolistes, débarque secrètement dans l’île, pour essayer de soulever les populations et rétablir le gouvernement national. Sa tentative, mal préparée, échoue et les Niolins, impliqués au premier chef dans cette affaire improprement appelée « révolte du Niolo », connaissent les rigueurs d’une impitoyable répression portée par le comte de Marbeuf.

Accusés de sédition, rébellion et d’avoir pris les armes

Le 22 juin 1774, les colonnes du Général Sionville, guidées hélas par des corses comme le colonel Gaffori, pénètrent dans le Niolu.
Ils arrêtent un grand nombre d’habitants, les conduisent au couvent de Calacuccia transformé en caserne.

Douze des prisonniers dont un mineur, sont immédiatement déférés à la justice du prévôt général . Leurs noms : Mathieu Mattei, Ange Romani, Ignace Maestracci, Jean-François Mattei, Jean Etienne Albertini, Marc Marie Albertini, Antoine Albertini, César Acquaviva, Raymond Acquaviva, Joseph-Marie Lucciani, Ignace Geromini, Jean Albertini

Leur procès se déroule le lendemain, dans l’enceinte même du couvent.

La cour militaire présidée par François Wallet de Merville, en l’absence d’avocat de la défense, ne leur fera aucun cadeau. Elle amènera même certains Corses à les dénoncer les yeux dans les yeux: Le témoignage de Jean Mathieu Santucci, un simple laboureur condamnera catégoriquement 9 des accusés.

Jean Batti Memi de Corscia en désignera 6, dont son propre cousin Jean Etienne Albertini.
Un prêtre même, l’abbé Castellani de Calacuccia accusera tranquillement une de ses ouailles Ignaziu Geromini.

La sentence prévoyait avant le début du jugement : le supplice de la roue, mais il ne fut pas possible de trouver 11 roues de charrette dans cette vallée pourtant parfaitement cultivée en ce temps là. C’est pour cette raison, que les martyrs de cette tragédie furent pendus et exposés aux arbres de Corscia, l’Acquale et Sidossi.

Ce 23 juin 1774, marquera indélébilement les consciences, autour des 11 pendus ( l’impicatti) exposés chacun devant leur village. Le douzième Mathieu Mattei, ayant bénéficié d’un sursis qu’il mit à profit pour s’évader.

La question des motivations animant les témoins à charge reste posée, mais on peut évoquer un canevas habilement tissé par la royauté française, en faisant renaître ou en activant d’ancestrales querelles familiales, et en exploitant la bêtise, l’ignorance, les vieilles rancœurs.

1774 restera donc comme « l’annu di a disgrazia », (l’année du malheur) et ses effets se feront sentir longtemps après la terrible sentence, car dans le Niolu, les familles des pendus n’acceptèrent jamais de cohabiter avec ceux qui par haine, faiblesse ou imbécillité, facilitèrent cette action répressive de la Monarchie française.

Outre les onze martyrs, de nombreuses arrestations (une cinquantaine) se soldèrent par des déportations dans les pontons flottants de la Tour Royale en rade de Toulon

Sta ghjurnata di ricordu ramenta l’annu 1774  » l’annu di a disgrazia  » dicenu à spessu i Niulinchi .

Dopu à Ponte Novu, a risistenza hà cuntinuatu dinò una bellu pezzu più o menu à palesu. In li principii di u 74 Nicudemu PASQUALINI, scalatu da a Tuscana, sbarcò à l’appiattu circhendu di move una rivolta, i Niulinchi eranu parechji cun ellu. Hè tandu chì a ripressione l’ hà minati di dipiù à elli quella annata. L’infamu SIONVILLE è u Culunellu GAFFORI ghjunti in Niolu arristonu una mansa di ghjente è i purtonu in cunventu di Calacuccia cambiatu in prighjò. In lu frà tempu e case eranu sacchighjate è po dopu brusgiate, è e ghreghje scannate.
Dodici patriotti funu purtati in tribunale, è una cinquantina mandati in galera in Tulò duve morsenu guasgi tutti in la Tora maiò di u Forte Lamalgue. I dodici, arristati u 21 di ghjugnu di sera, funu intarrugati è ghjudicati u 22 è 23 sinamente à meziornu è marturiati è assassinati in lu dopu meziornu di u 23. L’Associu hà fattu mette una lastraca di marmaru in cuventu di Calacuccia (vede a fotò) ramintendu casate, nomi è età di l’impiccati (u più giovanu Marcumaria ALBERTINI avia diciasette anni ).

 

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Date du 21 juillet 1774 comme date du souvenir

Les pendus et les déportés du Niolu ont reçu cette année, dans la nuit du 31 juillet au 1er août 2012, un hommage officiel. Cette cérémonie a été rendue possible grâce à la volonté de la municipalité de Corscia et de l’Associu Marcu Maria. Durant cette soirée, Marie Josée Costa, maire de Corscia, a préalablement remercié les participants venus en nombre avant de faire observer une minute de silence devant l’aghja (aire à blé) construite en leur honneur, non loin de la scène d’horreur. Puis Dumè Gambini a présenté son film Pasquale Paoli avant de laisser la parole à l’historien Jacques Denis pour une conférence dédiée à cette tragique période. Un débat s’est alors engagé avec le public, animé par Jean Paul Luciani. Jusqu’à cette année, la cérémonie commémorative des martyrs avait coutume de se dérouler au couvent de Calaccucia, le 23 juin. Faisant référence au 23 juin 1774, jour du procès des prisonniers. « Nous avons voulu nous souvenir de cette date plutôt que de celle du procès. C’est le 31 juillet qu’ils ont eu droit à une sépulture, après être restés pendus dans le village durant quarante jours. Le 31 juillet représente aussi la nuit des Mazzeri dans notre mythologie. Armés de tiges d’asphodèle incandescentes, ils défendaient leur territoire lors de la bataille des cols. Le hasard du calendrier souligne cette symbolique», révèle Ghjiseppu Maestracci, président de l’Associu Marcu Maria, et à l’origine du projet de construction d’un monument. Il y a quatre ans, avec sa femme Étiennette, ils décident de faire ériger une aghjaafin de marquer l’histoire et « pour que les personnes sachent qu’il y a eu des martyrs».

Un site ayant une forte symbolique

Toutes les pierres (i baronni) délimitant l’aghjafont référence aux pendus et déportés au bagne de Toulon.

Les noms des onze pendus y sont inscrits. Cinq sont originaires de Corscia dont Marcu Maria, le plus jeune. L’association porte d’ailleurs son nom.

Mais cette aire à blé n’est pas tout à fait comme les autres : elle a la particularité d’être ouverte.

« Elle renvoie a granitula donc à l’univers et l’infini. On a voulu souligner que ce drame a bel et bien existé mais que les Corses et les Niolins en ont certainement connu d’autres. On pourrait ainsi facilement l’agrandir…, estime Ghjiseppu Maestracci qui croit fortement en la symbolique du site. L’aghja représente la vie. C’est là que l’on bat le blé qui donne la farine puis le pain et donc la vie. Nous avons voulu installer des spots tournés vers le ciel car l’idée de renaissance est aussi liée à la lumière».

L’an prochain, l’association désirerait organiser le soir de la nuit des étoiles, le 31 juillet, « a notte di i lumi». Une sorte de retraite aux flambeaux rappelant la bataille des mazzeri.

À terme, l’objectif est de créer une dynamique interassociative afin« que la tragédie des pendus soit inscrite dans l’histoire. Il faut que les enfants puissent apprendre leur histoire sur les bancs de l’école».

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by @Lazezu 

Le Fil Rouge de la Rédaction

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