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(Unità Naziunale – Publié le 13 avril 2018 à 16h23) Pour la deuxième fois consécutive, le président de l’Assemblée de Corse n’accueillera pas un membre du gouvernement en déplacement en Corse dans le cadre du cycle de visites ministérielles voulues par Emmanuel Macron. 

Vous n’aviez pas reçu le secrétaire d’État Olivier Dussopt, dénonçant des voyages « alibis ». Vous rendrez-vous disponible pour le ministre de la Cohésion des territoires ?

Je ne le rencontrerai pas, parce qu’il me semble que les conditions ne sont pas réunies pour qu’il y ait une discussion constructive au niveau politique entre le gouvernement et la Corse. Apparemment, M. Mézard vient pour nous vendre le démantèlement de la loi littoral préparé de longue date. Cette visite ne s’inscrit donc pas sous des augures très optimistes.

Je ne veux pas donner l’impression que la décision à venir du gouvernement qui sera probablement une décision unilatérale, comme l’article constitutionnel, est perçue comme le résultat d’une négociation puisqu’à l’évidence, l’État ne négocie absolument pas avec la Corse.

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Votre refus d’accueillir des membres du gouvernement n’est-il pas l’expression d’une rancoeur après les discussions menées avec Paris sur la révision constitutionnelle ?

Ce n’est pas l’expression d’une rancoeur, mais d’une défiance. Nous nous sommes aperçus quand nous avons eu la réponse du gouvernement à nos demandes qu’il n’y avait eu aucune négociation, pas même eu un réel dialogue, si ce n’est de sourds, alors que nous avions exposé, dossier par dossier, les requêtes de la Corse et démontré avec une argumentation technique et politique les raisons pour lesquelles elles étaient formulées.

Rien ne m’incite à penser que le gouvernement est, à cette heure-ci, dans un état d’esprit différent. Je crois au contraire que M. Mézard a déjà en tête une feuille de route très inquiétante.

Ne risquez-vous pas de refermer la fenêtre de tir que Paris avait ouverte  ?

Paris, je le redis, n’a ouvert aucune fenêtre de négociation, pour l’instant. Les contributions écrites que nous avons adressées, le conseil exécutif ou moi-même, n’ont pas obtenu un début de réponse. Tout ce que nous avons obtenu, c’est une rédaction d’un article constitutionnel qui n’est pas du tout à la hauteur des enjeux. Nous avons décliné des propositions, en retour nous avons eu un diktat.

Or, ce que les divers responsables de la majorité ont soumis, dans un panel de domaines, fiscal, foncier, linguistique, n’a pas été contesté de l’autre côté de la table par les spécialistes du gouvernement et les responsables des différents ministères.

S’agissant de la langue corse, le président de la République a dit, à Bastia, dans son discours qu’il était d’accord pour en faire une compétence sur le plan professionnel.

L’article de la Constitution présenté par le gouvernement ne le permettra pas. Il ne permettra pas non plus, c’est extrêmement grave et cela mérite que tous les Corses l’entendent, de sauver le régime de la fiscalité du patrimoine, l’ex-Arrêté Miot.

Le président de l’Exécutif estime, lui, qu’il faut écouter les envoyés du gouvernement. De la brouille sur les ondes du contrat de mandature ?

Non, pas du tout. Les responsabilités du conseil exécutif sont de nature différente et sans doute l’Exécutif a-t-il un certain nombre de discussions techniques à avoir. Le cadre n’est donc pas le même.

Je dis simplement que les échanges à venir ne peuvent pas avoir sur le plan politique, la moindre efficacité en l’état. Ceci étant, si le gouvernement donnait demain des garanties de sa volonté de prendre en compte l’avis des institutions corses, à ce moment-là mon comportement pourrait être différent. Mais en ce qui concerne la précédente visite et celle-ci, je vois bien que les intentions du gouvernement sont d’ores et déjà claires.

Néanmoins, que perdez-vous à échanger avec ces émissaires qui viennent dans le cadre d’un cycle ministériel destiné à mieux appréhender les problématiques de l’île ?

Je ne veux pas laisser penser que je cautionne ce qui a, semble-t-il, d’ores et déjà été validé au niveau parisien. Et notamment, encore une fois, le démantèlement de la loi littoral. Il y a trop d’éléments qui nous font penser que la position de Paris, c’est justement celle-là. Moi, j’exprime publiquement ma position, qui est d’ailleurs celle de la majorité sur la loi littoral. Je n’ai pas besoin de rencontrer M. Mézard pour lui répéter ce qu’il sait parfaitement, à savoir que nous sommes radicalement hostiles à ce qu’il soit porté atteinte à la loi littoral.

Il n’empêche, il aurait été intéressant d’évoquer avec le ministre de la Cohésion du territoire la question qui a tant fait polémique du rattachement de l’Office public de l’habitat…

Malheureusement, c’est un peu tard, puisque la décision a été prise par l’État, et qu’elle viole de manière délibérée l’esprit de la loi et y compris la lettre de la loi qui sont bafoués de manière explicite. Tout cela ne va pas dans le bon sens de manière générale.

Pour l’heure, il s’agit de mettre en route la Collectivité de Corse. Emmanuel Macron vous a engagé à faire bon usage des compétences que vous avez. N’y a-t-il pas dans ses propos un fond de vérité ?

Depuis notre arrivée au pouvoir, je crois que nous avons pris nos responsabilités et fait bon usage des moyens mis à notre disposition. Nous avons beaucoup travaillé dans tous les secteurs qui concernent la vie et le quotidien des Corses, nous avons fait prendre à l’Assemblée un grand nombre de délibérations s’agissant de sujets essentiels, emploi, formation, développement économique, lutte contre la précarité, sans qu’il s’agisse d’une liste exhaustive. Nous n’avons pas de leçons à recevoir à cet égard.

Pas le premier fil d’une relation de confiance n’a donc été tissé avec le gouvernement ?

Non. Les leviers juridiques que nous avions sollicités pour agir concrètement nous ont été refusés tacitement à travers un article constitutionnel qui, encore une fois, ne répond en rien à nos souhaits.

Si je n’ai pas la garantie qu’en face mon interlocuteur prenne en compte ce que je dis, je n’ai aucune raison de le rencontrer. Aujourd’hui, force est de constater que toutes les entrevues que nous avons eues n’ont pas permis d’avancer. S’il y a des rencontres à venir avec le gouvernement, je veux des gages quant au sérieux et au caractère contradictoire des débats et à la prise en compte des revendications qui sont les nôtres.

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