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Depuis son acquisition dans les années 70 par Flatto Sharon, qui voulait en faire un énorme ensemble immobilier, ce site remarquable, en partie acquis par le conservatoire du littoral, est devenu un symbole de la lutte des Corses pour la protection de leur environnement.

Un nouveau projet de la mairie de Figari relance l’affaire. Il est des lieux qui, en Corse, sont devenus les symboles des luttes autonomistes puis nationalistes : Aleria pour sa cave, Bastia pour sa nuit, Corte pour son université, l’aéroport d’Ajaccio pour sa caravelle, Bastelica pour son piège à barbouzes, voire, hélas, Tralonca pour sa conférence de presse « truquée ». Il faut ajouter à cette liste arbitraire le domaine de la Testa Ventilegne, dans l’extrême-sud qui, depuis les années 70, est resté le symbole des luttes des Corses pour protéger leur environnement.

Et la Testa Ventilegne est restée « à la mode » puisque, le dimanche 21 avril, alors qu’on pensait ce site magnifique oublié, il a donné lieu à un nouveau rassemblement d’environ 300 personnes qui, malgré la pluie, sont venues protester contre un nouveau projet d’aménagement, ne concernant que 8, 8 hectares communaux sur les 2000 que comptait la Testa Ventilegne à l’origine.

La mairie de Figari veut en effet, « dans le respect de l’environnement », développer un projet touristique comportant, outre la rénovation des bâtiments existants, plusieurs résidences hôtelières. Le tout intégré dans un espace agricole. Toutes choses qui n’enthousiasment guère les associations de protection de l’environnement (collectif pour la loi littorale), les nationalistes (PNC, Femu a Corsica, Corsica Libera) et certains responsables syndicaux, notamment agricoles.

Dans les années 60, l’ensemble de la propriété appartenait à François Pietri, ancien ministre de la Marine, qui en a revendu une grande partie à un homme d’affaire israélien, Flatto Sharon. Ce dernier, dans les années 70, avait déjà le projet de monter un site touristique de 25 000 lits qui a provoqué les premières réactions hostiles des autonomistes et des nationalistes.

Mais Flatto Sharon, poursuivi par la justice française pour plusieurs affaires de fraude est contraint, en 1976, de fuir en Israël. Il devra jeter l’éponge. Le site de la Testa Ventilegne est alors revendu à la société Axa, qui n’ira pas au bout de ses projets immobiliers et cèdera 235 hectares à la mairie de Figari, le reste étant acquis par le conservatoire du littoral. Jusqu’en 2001, tout semble bloqué.

D’ailleurs, à cette époque, le préfet Lacroix affirme : « Le domaine de la Testa Ventilegne a une longue histoire et une charge symboliquement forte. Il ne faut laisser la place à aucune ambiguïté. L’acquisition par la commune d’une partie de la Testa ne saurait préjuger de la constructibilité de cette zone. Elle ne saurait être interprétée comme un avis favorable de l’Etat pour quelque projet que ce soit ».

Tout cela jusqu’au projet de la mairie de Figari, qui explique que « les constructions existantes ne suffisent pas pour répondre aux objectifs fixés pour le développement des activités touristiques, artisanales et agricoles ni pour créer un espace résidentiel (..). Le projet de la Testa est un projet touristique unique dans sa conception. Il va reconstruire l’image et l’identité de la commune ».

D’où les propositions de la mairie : création d’un espace hôtelier et de restauration (avec au moins deux hôtels avec restaurant), d’un espace événementiel et d’un espace artisanal (métiers d’art), d’un espace d’habitat sous diverses formes (bergeries groupées, réhabilitations) avec la création « d’un habitat mixte ». Le tout accompagné « d’un espace agricole intégré au sein et en périphérie du hameau (plantes aromatiques ou verger potager ».

La commune ajoutant que « l’ancien bâtiment agricole pourra être affecté à l’aménagement d’une salle des fêtes et celui de logement pour employés saisonniers ». La mairie évoquant en outre le nombre d’emplois que pourront entraîner ses projets. Toutes choses qui paraissent fort raisonnables, mais qui inquiètent les opposants au projet lesquels, tout en voulant à tout prix préserver ce site effectivement remarquable, craignent une extension de la « bétonisation ». D’autant qu’ils sont persuadés que, dans cette affaire, la mairie n’est pas seule aux commandes et qu’elle est appuyée par des promoteurs aux dents longues. En rappelant que l’ensemble de la Testa Ventilegne est inclus depuis 2003 dans une zone spéciale de conservation (ZSC) d’intérêt communautaire et que le site est répertorié zone agricole dans les schémas d’aménagement de la Corse de 1992, les opposants au projet veulent « geler » les initiatives de la mairie jusqu’à l’adoption définitive du PADDUC. Pour l’instant le dossier reste à l’instruction et, le 28 mars dernier, le Conseil des sites a choisi d’ajourner son examen. Sensible, le symbole représenté par la Testa Ventilegne…

Gilles Millet

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