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(Unità Naziunale – Publié le 11 avril à 17h33) La querelle entre revendication identitaire et aspiration à la modernité semble dominer le débat aujourd’hui en Corse.

Dans le monde où nous vivons, le schématisme assumé de la doxa post-industrielle, résume le débat politique à des slogans minimalistes, plus proches de propos de comices agricoles que de la complexité indispensable à l’expression de toute pensée politique.

Nous, nationalistes corses, avons souvent abusé de ce simplisme qui nous permettait d’attribuer la responsabilité de notre situation à la seule puissance coloniale. Et il est vrai que la France de Louis XV s’est livré en Corse à une des plus sales conquêtes de l’histoire européenne.

N’en déplaise aux révisionnistes de toutes les tendances du parti français, la guerre imposée par la France aux Corses est l’archétype d’une opération coloniale dans laquelle l’agresseur profite de sa supériorité matérielle pour réaliser un objectif territorial dans lequel l’occupant légitime est considéré, non comme un interlocuteur éventuel, mais comme un sous-homme qu’il convient de domestiquer ou d’abattre. C’est un fait irréfutable, attesté par les archives de l’histoire européenne.

Cette guerre sale contre une population civile et désarmée ne se termine pas en 1769, mais se prolonge de manière sanglante tout au long du XIXème siècle, sans que la puissance occupante ne réalise jamais le moindre ouvrage autre que les ouvrages militaires. Ce qui donne à posteriori tout son sens à l’introuvable notion de « service public à la française » !

Aujourd’hui encore, la férule parisienne continue à sévir sur la Corse en réprimant par tous les moyens, policiers , judiciaires, fiscaux et économiques toute expression de la pensée indigène, ravalée au mieux au rang de folklore, au pire à la manifestation attentatoire d’une unité française fondée sur l’idéologie de la misère. Mais cela ne saurait exonérer tous ceux qui ont vu dans la défaite de Pasquale Paoli autre chose que la chute du peuple corse, tous ces chefs de tribus qui ont vite compris l’aubaine inespérée que représentait la collaboration avec la puissance coloniale, à commencer par l’entourage militaire du Babbu lui-même.

Étant blancs et chrétiens, les corses ont pu bénéficier d’une ascension sociale rendue possible par l’ambition effrénée de dominer le monde affichée par la France pendant des siècles. Mais les réussites individuelles furent inversement proportionnelles à la progression de la modernité en Corse. Bien au contraire , la Corse est encore aujourd’hui un pays mal développé et appauvri par la gestion utilitariste de Paris. La Corse n’est désormais pas autre chose que l’image d’Épinal que Paris arbore pour conforter le mythe de l’unité de la République.

C’est la raison pour laquelle la 3ème voie, vers laquelle on veut nous entraîner, est une impasse.

Les partisans avoués ou non d’une voie qu’ils prétendent à la fois réformiste et réaliste, se font de facto les porte-parole inconditionnels de l’État dont la seule ambition pour la Corse est d’enliser l’aspiration majoritaire à un véritable changement statutaire. Ce changement de statut induirait ipso facto la modification radicale des données économiques, sociales et culturelles et aurait des conséquences immédiates pour le bien être des corses. Il s’agit là de projections si plausibles que l’État n’en veut pas, car il accélérerait mécaniquement la dynamique de l’émancipation.

Les survivants du clan n’en veulent pas non plus, pas plus que les affairistes véreux , corses ou non, qui veulent profiter d’un système qui ne peut les enrichir qu’en ruinant la Corse. Le parti français dans son ensemble, fausse gauche en tête, conteste que la gravité de la situation où se trouve la Corse est pour l’essentiel dans le fait colonial. Or, c’est un système qui ne peut fonctionner sans leur acceptation  et qui favorise l’intrusion de capitaux et de comportements mafieux dans notre société .

L’Exécutif nationaliste de l’Assemblée de Corse ne détient pas, il est vrai, le pouvoir régalien que demande l’administration d’un pays.

Mais il détient assez de compétences pour empêcher les représentants de Paris, fonctionnaires comme élus, de détériorer encore un peu plus la situation.

Il lui est tout à fait possible d’engager un rapport de force et mettre un terme à l’opération concertée de liquidation programmée de notre peuple, de sa langue, de sa culture et de son avenir en Méditerranée.

Parce que nous défendons à la fois notre identité et notre droit à la modernité , la grossière déclaration de guerre adressée au peuple corse le 6 février dernier mérite une véritable réponse politique. Elle devra contenir autre chose que de la complaisance à l’égard du gouvernement ou des élus du clan qui souhaiteraient se refaire une virginité…

Ghjacumu Faggianelli