Produit CORSU E RIBELLU

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Jean-Luc Chiappini, président du Parc Naturel de la Corse, maire de Letia, a été assassiné le jeudi 25 avril à Ajaccio. Il est la dixième victime de l’année. Que dire de plus que ce qui a dit, hurlé, écrit cent fois ?

Nous sommes fatigués de cette tension insupportable qui pèse sur toute la société corse. Nous sommes terriblement inquiets d’un monde où quelques individus décident sous la cagoule ou dans le secret d’un appartement de qui doit vivre et qui doit mourir. Nous sommes épuisés des rodomontades de l’état qui, assassinat après assassinat, vient jurer que c’en est fini de la mafia, qu’on ne laissera pas faire tandis que l’impunité la plus totale perdure.

Une tradition hélas séculaire

Arrêtons de nous mentir à nous-même : la violence nous incombe grandement. Par nous je ne veux pas désigner le peuple corse dans son entier mais une société bâtie sur le mensonge et sur du vent économique. Nous prétendons vouloir être plus libre mais nous sommes incapables de mettre au pas ceux d’entre nous qui, avec un sens aigu de leurs propres intérêts, foulent au pied toutes les valeurs prétendument éternelles de la Corse. La violence est ici partout présente et jusque dans les détails. Qu’est-ce qui justifie que le matériau nécessaire à la construction des maisons soit deux fois plus cher que sur le continent alors même qu’il existe la continuité territoriale ? Pourquoi les alcools en partie détaxés sont vendus au même prix, voir plus cher que sur le continent ? Pourquoi les produits locaux valent-ils aussi cher ? Pourquoi les grandes surfaces maintiennent-elles un niveau de prix exorbitants qui n’a qu’un avantage : lorsqu’un Corse se rend sur le continent il a soudain le sentiment d’être riche. La Corse est dirigée par des rapaces qui ne craignent pas de s’enrichir sur le dos du touriste mais aussi du Corse. Le racket est généralisé et les commerçants récupèrent l’argent qu’ils perdent d’un côté sur le dos du consommateur pénalisant durement les plus pauvres. Le système clientélaire arase les compétences et finit par coûter très cher à la collectivité tant il est vrai que l’argent versé à des incompétents prive la Corse de talent.

Et pourtant…

Et pourtant Dieu sait si malgré notre faible nombre, nous ne manquons pas de talents. Mais le système clanique et bureaucratique favorise les groupes porteurs de voix. Alors même que les vaisseaux régionaux et départementaux tanguent au bord du gouffre les administrations locales continuent d’embaucher. C’est irresponsable et c’est porteur de désillusions. La violence s’inscrit dans cet ensemble dérégulé. La disparition d’un homme comme Jean-Jé Colonna a, à l’évidence, fait sauter des verrous qui maintenant un ordre dans le monde de la voyoucratie. L’incompétence de l’état, n’en déplaise à la JIRS, favorise le sentiment d’impunité et fait naître de nouvelles vocations assassines. Aujourd’hui on risque moins en Corse à trucider son prochain qu’à voler une marchandise dans un supermarché. Tout cela est lourd, si lourd qu’il est à craindre que les plus motivés de nos jeunes cherchent à partir de cette île de fous. Le sujet n’est plus celui de la violence qu’il conviendrait de guérir à coup de morales désuètes. Il est celui de la lucidité et du courage. Ne comptons plus sur un état déliquescent. Osons affronter nos propres démons afin de les dénoncer au nom des générations futures.

Les notables dans le viseur

Les assassinats touchent aujourd’hui les notables, les élus. Ne croyons pas au miracle. Ce degré supérieur dans la pression signifie que demain tout maire, tout conseiller général risquera sa peau s’il ne se soumet pas aux ordres de la voyoucratie. Je continue à penser qu’il n’existe pas de mafia en Corse. C’est pire. Nous vivons dans une atmosphère mafieuse qui imprègne chaque arpent de notre culture. Nous ne savons plus nous indigner à bon escient. Avons-nous encore la force de nous soulever contre cette dramatique hémorragie ? Rien n’est moins sûr. Mais il faut que les autorités morales de ce pays fassent la preuve qu’elles ont les capacités à se battre et pas simplement à applaudir le ministre de l’intérieur ou la Garde des sceaux quand ces derniers viennent prononcer d’inutiles paroles auxquelles eux-mêmes ne croient pas. L’avenir de la Corse est entre les mains des Corses eux-mêmes et de personne d’autre. Soyons-en convaincus ou quittons sans tarder cette terre de malheur.

GXC

Le Journal de la Corse est en ligne, lien ci dessous !

Revue de Presse et suite de l’article  : 

sur le JDC, Sur Alcudina, sur Corsica Infurmazione/Unità Naziunale, sur France 3 Corse, Sur Corse Net Info, sur Corse Matin, sur Alta Frequenza, sur RCFM

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