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En réponse à l’article sur le CORSE MATIN de l’association CORSE-FRANCE qui dénonce les méfaits de l’autonomie politique et la co officialité, Jean-Fabrice Laudato, Union Pour ajaccio, réedite une tribune qu’il avait  fait paraître en décembre 2009. Il s’agit d’une lettre ouverte au Président de la République de l’époque en faveur de cette autonomie comme modèle d’organisation nationale.

« Monsieur le Président de la République,

Monsieur le Ministre de la Défense Nationale »,

Il est des rapprochements dans l’histoire de notre pays qui peuvent apparaître comme le résultat d’une pure coïncidence mais dont la concomitance révèle un sens profond qui ne peut laisser indifférent.

Il en est ainsi pour la devise inscrite dans notre mémoire collective et sur tous les frontons de la république « liberté, égalité, fraternité ».

De nos jours galvaudé, oublié jusqu’à en perdre sa force et sa portée universelle, cet adage inspiré par les révolutionnaires de 1789 n’en est pas moins le socle de notre démocratie.

Il ne s’agit nullement d’une simple association de mots mais d’un message intemporel qui éclaire le passé, inspire le présent et guide notre futur.

Les XVIII et XIX siècles furent en effets les siècles de la Liberté, celle des hommes avec l’abolition de l’esclavage, de la servitude, la liberté d’opinion et celle des peuples avec l’avènement du sentiment national.

Le XX siècle fut celui de l’égalité avec le suffrage universel direct, la lutte des femmes pour leurs droits, les lois contre toute forme de discriminations religieuses ou raciales.

Le XXI siècle doit donc voir l’avènement de la fraternité entre les hommes bien sur mais plus encore entre les pouvoirs constitués qui agissent sur ces derniers.

S’il est difficile de transposer ou de qualifier dans le domaine des relations institutionnelles le terme de « fraternité », nous pouvons tenter d’éclairer son contenu en le définissant comme un ensemble de solidarités économiques, politiques, culturelles et sociales favorisant l’épanouissement et le développement réciproque de l’Etat et de ses collectivités.

Il ne s’agit en aucun cas de se cantonner à des relations essentiellement financières mais au contraire élever la notion de « Solidarité institutionnelle » par une appréhension différente des territoires qui composent l’Etat, de les considérer non plus comme des « clients devant un guichet » mais comme la base identitaire qui contribue à la richesse d’un grand pays.

En ce sens, la solidarité institutionnelle ne pourrait se confondre avec le principe pré existant de la solidarité nationale qui ne se manifeste que lors d’évènements ponctuels touchant une ou plusieurs collectivités et qui renvoi à une collaboration purement palliative.

Bien qu’utile en soit, à cette collaboration entre l’état et les régions qui crée une sorte de dépendance budgétaire et morale doit se substituer une collaboration horizontale égalitaire dans laquelle l’un se nourrit de l’autre.

Concrètement, la Solidarité institutionnelle commence par la reconnaissance dans les faits et dans le droit de la diversité régionale ou plutôt des diversités régionales.

Reconnaître les spécificités d’une région, lui donner les moyens législatifs et réglementaires d’en affirmer les potentialités c’est aussi consacrer la diversité de la France et à mon sens la rendre plus forte, plus solide, plus ouverte.

Beaucoup se plaignent aujourd’hui de la détérioration du sentiment patriotique, de l’amour de l’hymne ou du drapeau.

Ce constat est en partie la conséquence d’une perte des valeurs et des repères d’une France diverse, multiculturelle dont on nie la réalité.

A ne vouloir reconnaître aucune communauté au nom du principe de l’indivisibilité du territoire national nous étouffons les racines ancestrales, la culture des terroirs qui pourrait contribuer à la socialisation et à l’acquisition des symboles constitutifs de la France.

En ce sens, l’espace régional fort de sa personnalité, cellule de base de la citoyenneté et réhabilité dans son identité historique ne peut que servir de socle au sentiment d’appartenance à la nation et donc à la renaissance de l’Etat.

Les valeurs élémentaires de la vie en société sont des valeurs qui se transmettent dans le cercle familial, la fibre nationale et l’envie d’appartenir à une communauté de destin dans laquelle le citoyen se retrouve pleinement peut s’acquérir dans le cadre régional.

Un homme fier de ses origines que l’on valorise ne peut qu’être enclin à pérenniser par sa participation active le système étatique qui lui permet d’en éprouver la plénitude.

Faire de la région, un espace de liberté c’est avant tout concentrer ses efforts sur deux critères essentiels mais non exclusifs : l’identité culturelle régionale et la fiscalité.

La diversité culturelle et linguistique a souvent été perçue comme une menace pour « l’unité de la France ».

A l’inverse, l’Europe considère que la reconnaissance des langues spécifiques aux minorités permet à ces dernières de se sentir à l’aise dans l’Etat où elles vivent et d’éviter ainsi tout risque de séparatisme.

L’apprentissage du Français et le respect de la souveraineté nationale sont même deux obligations contenues dans la Charte des langues régionales.

Cette convention destinée à protéger les langues régionales et assurer la cohabitation linguistique ainsi que l’unité de la République a été signée par la France en 1999 sans procéder à sa ratification.

Ces engagements sont restés sous silence.

Même si la loi constitutionnelle de juillet 2008 énonce que « les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France » ou que les collectivités interviennent, à leur niveau pour les promouvoir, le dispositif reste limité et les moyens accordés ne suffisent pas à sauvegarder notre trésor culturel français et européen.

N’ayons pas peur de la diversité, l’objectif primordial de la reconnaissance de nos langues étant essentiellement d’ordre culturel, social et non politique.

Pour ce qui est du Corse au même titre que les autres langues régionales, j’y vois trois avantages d’égales importances :

Son apprentissage est un facteur d’ouverture d’esprit pour les enfants dont les parents subissent la mobilité professionnelle, il est facteur d’intégration et de renforcement du lien social pour les enfants d’origines diverses et enfin facteur de connaissance des racines pour l’enfant d’origine corse dont la cellule familiale ne peut plus participer à son enseignement.

Lorsque l’évolution tout azimut de la société menace nos atouts, nos repères, l’Etat tel un dernier rempart se doit d’intervenir pour sauvegarder l’essentiel.

Que le lecteur ne se trompe pas, mes opinions ne sont empreintes d’aucune référence indépendantiste dont l’idéologie politique, respectable en soit lorsqu’elle bannit la violence, n’est certainement pas la mienne.

La Corse ne doit pas être traitée comme un cas isolé, l’inverse ouvrirait la porte au séparatisme, mais dans le cadre d’une plus large réflexion portant sur l’organisation et la modernisation de notre Pays.

Réflexion et action que vous avez déjà impulsées, Monsieur le Président, car en conscience et avec le recul nécessaire qu’appel votre fonction de chef d’Etat vous savez que le rythme de notre société imposera dans l’avenir une évolution institutionnelle inexorable qui vous pousse j’en suis sur a penser la France dans les 20 ou 30 prochaines années et donc de l’y préparer.

Cette France là devra s’habituer à un pouvoir et à une administration moins centralisés, cette France là devra accepter la notion de compétitivité, cette France là comprendra l’utilité pour son développement et le maintien de son héritage de revoir jusqu’à ses fondements le principe de la souveraineté nationale qui ralenti à certains égard l’efficience du modèle Fédéral Européen.

Afin de s’adapter aux exigences de cette Europe la région peut servir d’espace initiatique à ces profonds changements.

La liberté Régionale au service de la Fraternité Européenne.

Le deuxième critère propice au dynamisme des régions est celui de la fiscalité.

Depuis les lois de décentralisations notre modèle administratif repose sur un déséquilibre avéré.

Comment en effet une collectivité peut s’administrer librement dans le cadre d’un état toujours plus centralisé ?

Grâce est donnée pour celles qui ont la chance de s’exercer dans un contexte géographique et industriel favorable, pour les autres c’est-à-dire l’immense majorité la délicatesse est de mise face à des dépenses obligatoires en augmentation et des ressources qui tendent, elles, à s’amenuiser.

La situation financière d’une France à qui l’on demande beaucoup laisse peu d’espoir sur l’évolution prochaine des aides versés aux entités régionales. De plus, l’obligation qui leur est faite de participer à la diminution du déficit public national représente un effort qui nuit à leur développement.

Certes, grâce au principe de péréquation, cette fameuse solidarité nationale intervient faute d’un potentiel de ressources propres. Dotations ou exonérations étatiques qui in fine rendent plus dépendante la fiscalité locale.

L’incertitude en matière de finances publiques est le pire des adversaires. Elle gêne les capacités de prévisions, annihile toute forme de déterminisme et bloque les programmes ambitieux.

Dans ce domaine ne serait-il pas possible d’inverser la réflexion ?

Le problème du transfert des compétences sans le transfère des ressources étant devenu un débat récurrent, ne serait-il pas opportun de se demander d’abord quel type de fiscalité et selon quelles modalités les régions ont-elles besoins pour se développer de la manière la plus autonome possible et ensuite prévoir le cadre juridique adéquate.

Nombre de pouvoir aujourd’hui coûtent très chers aux collectivités, nombre de pouvoirs ne sont pas utilisés faute de moyen.

Une région qui passe de l’assistanat à la mise en responsabilité est une région qui investit et qui crée de la richesse.

Monsieur le Président, vous qui avez été le candidat de la liberté, de l’inventivité, du mouvement, cassant en cela la vielle conception de l’exercice du pouvoir avec ses traditions plus que surannées, introduisant de la modernité dans vos relations directes avec le peuple, vous qui désirez plus que tout libérer dans son espace privé l’homme des contraintes qui pèsent sur lui, ne serait-il pas souhaitable désormais de libérer l’homme dans son environnement collectif, dans son espace public ?

Durant la crise financière vous avez déclaré avec le Ministre de la Défense, Président du Nouveau Centre que les régions représentaient un atout majeur dans la relance de l’économie comme la culture d’ailleurs lors de l’installation en février 2009 du Conseil de la création artistique.

Ces trois notions indissociables peuvent donc représenter une source novatrice de potentialité.

Les notions de cultures et d’identité régionales ne sont pas synonyme de dislocation de l’état mais bien de renforcement de sa légitimité et avec elle, celle des nos représentants appelés aux plus hautes charges.

Messieurs, ces notions sont à l’origine des valeurs libérales et centristes qui ont fait de notre pays le berceau des droits de l’homme et du citoyen.

Elles ont été portées par des illustres personnages qui ont donné à la France un rayonnement international.

Elles doivent être, dans le futur la matrice politique qui pourra permettre à la Nation de parfaire l’avènement d’une véritable Union Européenne légitime, souveraine, efficace.

Avec mes plus profonds remerciements.

Lettre ouvert de Jean-Fabrice Laudato (Union Pour Ajaccio – coalition électorale de droite – UMP – Opposition Ajaccienne)


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