Produit CORSU E RIBELLU

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Monsieur le Maire, cher Simon, Mesdames, Messieurs, chers amis. Vous avez vu 2012 ? La fin du monde n’a pas eu lieu !

PaulAntoine05Luciani)La vieille prophétie ne s’est pas accomplie le 21 décembre ! Elle avait été reprise régulièrement près de deux cents fois au cours des siècles ; et, à la veille de l’échéance, elle avait été diffusée dans le monde entier avec des moyens considérables. Heureusement, elle a fait pschitt !… Nous voilà soulagés ! Nous pouvons ainsi nous retrouver pour saluer l’année qui vient ! Nous pouvons nous concentrer, non sur le désastre planétaire qui nous était promis, mais sur ce qui a bougé, chez nous et ailleurs. Et il y en a eu des changements. Des changements importants : nous avons changé de président de la République et, avec lui, nous espérons que la politique gouvernementale va pouvoir changer vraiment ; nous avons changé de député et, avec lui, nous avons immédiatement compris que notre représentation nationale avait vraiment changé ! Nous en avons eu la triste confirmation, à la fin de l’année, par la décision du Conseil Constitutionnel sur la loi de finances…

Un monde est-il en train de disparaître ? Ces évolutions, quelle qu’en soit l’importance, ne sont pas, cependant, les prémices de la fin des temps ! Peut-être sont-elles, si l’on suit Jérôme Ferrari, les signes annonciateurs de la disparition d’un monde, je le cite : « Nous ne savons pas, en vérité, ce que sont les mondes. Mais nous pouvons guetter les signes de leur fin.» (1).. . A l’instar de ce qui s’était produit en 2001 quand s’est effacée une certaine gouvernance communale dont la disparition avait été longuement préparée, un autre monde serait-il en train de naître ? Devrions-nous, comme le dit encore notre prix Goncourt, « reconnaître les signes presque imperceptibles qui annoncent qu’un monde vient de disparaître ? » (2). Je ne le crois pas et je vais essayer de vous faire partager ma conviction, en me référant encore à Jérôme Ferrari qui, tout en s’interrogeant sur « la fin des mondes », évoque aussi leur existence : « Nous ne savons pas, en vérité, ce que sont les mondes ni de quoi dépend leur existence. Quelque part dans l’univers est peut-être inscrite la loi mystérieuse qui préside à leur genèse, à leur croissance et à leur fin. Mais nous savons ceci : pour qu’un monde nouveau surgisse, il faut d’abord que meure un monde ancien »(3). Or, rien n’indique, objectivement, que notre monde communal est ancien, ou qu’il soit en train de mourir ou qu’un autre monde serait en gestation pour le remplacer. Et cette appréciation n’est pas le fruit d’une intuition ; elle se fonde sur des réalités concrètes et sur un trépied peu contestable : la comparaison avec la période précédente, la valeur du travail accompli, et les perspectives ouvertes par le projet urbain que nous sommes en train de construire. Vingt ans après : le changement d’époque a eu lieu Nous avons, avec Antoine Parodin et François Pieri, une particularité : en mars de cette année, nous allons fêter (si l’on peut dire) nos trente ans de mandat municipal ! De 1983 à 2013 (avec, pour ce qui me concerne, une parenthèse de six mois), il y aura trente ans que nous sommes élus d’Ajaccio ! Trente ans, c’est l’espace-temps d’une génération ; c’est une tranche de vie publique qui permet d’évaluer l’expérience acquise et autorise des comparaisons pertinentes. Je vous propose une comparaison, non pas trente mais vingt ans après, entre deux discours ; celui des opposants que nous étions en 1993 et celui d’aujourd’hui, en 2013, à la tête de la municipalité. Comparer ces discours, sans prétendre épuiser le sujet, c’est confronter deux contextes, deux politiques d’investissement, deux systèmes de priorité, deux approches de l’intérêt public. Je vous offre, Monsieur le Maire, chers amis, le texte intégral de l’intervention que j’ai prononcée sur le budget de la ville, le 31 mars 1993. Mon allocution a été publiée, en mars 1994, par une revue indépendante, CUNTRASTI, aujourd’hui disparue ; cette RIVISTA CORSICA MEDITERRANEU était dirigée par Jean Marie Arrighi, Victoire Canale et Marie Jeanne Nicoli ; son directeur de publication était Jean Jacques Colonna d’Istria. Cette rediffusion répond à une exigence de vérité et de transparence. Elle laisse les Ajacciens juger, sur pièces, notre état d’esprit et notre rôle à l’époque, avec nos forces et nos faiblesses ; elle permet d’apprécier notre action d’aujourd’hui à la lumière d’un document incontestable ; et de considérer sans doute d’un œil neuf le comportement de certains de nos opposant actuels. On y trouvera des indices révélateurs de ce qui travaillait alors la communauté ajaccienne et de la façon dont nous en percevions les attentes et les besoins. Mutatis mutandis, on pourra peut-être appréhender plus justement les messages que nous adressent aujourd’hui nos concitoyens. Et surtout constater que les raisons de fond qui poussaient alors au changement de gouvernance étaient, en réalité, des raisons identiques à celles qui poussent aujourd’hui à poursuivre, et à déployer en grand, l’action transformatrice qui est la nôtre depuis douze ans.

En 93, tout appelait au changement ; en 2013, tout exige la continuité…Voilà le premier pilier de notre conviction. Le second est complémentaire du premier. Vous partagez, je le sais monsieur le maire, l’idée que notre action exige un récit ; un récit sans lequel il ne resterait rien de nos efforts. Un grand écrivain portugais, Fernando Pessoa, nous le rappelle (je le cite) : « Se mouvoir, c’est vivre ; se dire, c’est survivre. Il n’est rien de réel dans la vie qui ne le soit par cela seul qu’on l’a bien décrit ». (4). Se dire, et bien se dire, est d’autant plus nécessaire que « mal nommer les choses augmente le malheur du monde », disait Camus. A ma façon, je voudrais dire, ou plutôt résumer, modestement mais sans trahir sa valeur, le travail accompli par notre équipe. Des efforts sans précédent, un travail accompli, des chantiers en cours Je vous ai remis, l’année dernière, monsieur le Maire, un recueil de toutes les allocutions que j’ai prononcées chaque année, ici même, à l’occasion des vœux (Je l’ai intitulé Vistighe vive, Jalons en français). J’y avais inséré un tableau très éclairant de nos dépenses d’investissement durant dix ans en les rapprochant de ce qui avait été réalisé entre 1997 et 2001. J’y ai ajouté, cette année, avec les allocutions de 2012 et de 2013, des informations complémentaires. On pourra constater que, même si nous n’avons pas encore voté le compte administratif 2012, nos investissements de l’année écoulée confirment et dépassent la moyenne annuelle de 2006 à 2010, soit 20 755 000 € ; nous atteindrons, en 2012, 22 000 000 €. C’est ainsi que la capitale régionale s’équipe, enrichit son patrimoine et prépare son avenir, en injectant près de 21 000 000 € en moyenne annuelle dans le tissu économique ajaccien. Elle contribue par là- même à maintenir l’emploi et à soutenir l’activité. . Il faut souligner que nos dépenses ne concernent pas seulement l’entretien courant du patrimoine communal, la voirie ou la sécurité des établissements. Encore que, dans ce domaine aussi, les progrès sont spectaculaires. Nous menons, en même temps, ville et CAPA, de grands chantiers pour l’avenir ; et l’on peut affirmer que la relance de l’investissement structurant, associé à la maîtrise de la dette, constitue l’un des marqueurs principaux de notre gestion.

Renforcer l’armature urbaine de la cité pour accompagner et soutenir son expansion, telle est notre visée. En voici quelques exemples (la liste n’est pas exhaustive) :

  • Grâce à la réalisation de la station d’épuration de Campo dell’Oro et à la remise à niveau de celle du Cannicciu, nous protégeons l’environnement, nous créons les conditions du développement durable d’Ajaccio.
  • En construisant des écoles modernes et agréables, nous donnons des outils de qualité à notre jeunesse. En onze ans, nous aurons construit quatre écoles et rénové ou sécurisé toutes les autres… L’inauguration, le 9 septembre dernier, du groupe scolaire « Jérôme Santarelli » dans un quartier en pleine rénovation, a été une belle illustration de cette politique. Et nous avons encore deux écoles en projet. Personne, en si peu de temps, n’aura jamais rien fait de comparable pour les enfants d’Ajaccio.
  • Nous avons construit un complexe sportif ultra moderne à Vignetta, refait à neuf le gymnase des Padule, reconstruit la piscine des Salines et rénové tous les équipements sportifs de la ville. Nous avons mis en chantier, au Stileto, une grande Halle des Sports qui sera bien plus qu’un super gymnase destiné à des compétitions internationales : elle sera la seule salle publique de Corse à pouvoir accueillir des spectacles de 3000 personnes debout ou 1500 personnes assises !
  • Nous avons réalisé la plus grande caserne des pompiers de Corse ! Et ce, malgré d’énormes difficultés liées aux procédures d’appels d’offres qui auront duré trois ans !
  • Nous avons relevé un défi de niveau national en lançant la rénovation en grand des Cannes et des Salines. Un projet qui a nécessité des études et des concertations complexes pour maîtriser un foncier suffisant et réorganiser l’espace public, tout en assurant enfin la sécurité des quartiers exposés au risque pluvial.

Cette rénovation d’envergure commence d’ailleurs à produire des effets sociaux et culturels : les jardins familiaux des Cannes qui sont une réussite sociale et environnementale, les premiers aménagements qui changent le cadre de vie, donnent lieu à des initiatives culturelles, expos photos ou créations théâtrales ; « Au bord de la mer bleue » de Noël Casale, déjà jouée à l’Espace Diamant, et qui sera présentée en juin aux Cannes, est la restitution théâtralisée de la parole des habitants eux-mêmes sur la vie de leur quartier … Un projet urbain devient un objet culturel ! C’est un signe de réussite, il montre que les Ajacciens s’approprient le projet. J’évoque simplement pour mémoire, bien qu’ils soient essentiels (mais nous en avons beaucoup parlé) les investissements pour la petite enfance, la qualité des aménagements réalisés et la compétence des personnels qui y travaillent.

  • On aura noté que l’ouverture d’une école neuve, et le réaménagement (bien engagé) du chemin de Candia en voie urbaine, se sont accompagnés, en 2012, de la première démolition d’une école désaffectée, l’ancienne école Prosper Mérimée où beaucoup d’habitants du quartier conservent des souvenirs. Sur le site, c’est une belle place urbaine qui sera aménagée au cœur des Salines…

Un monde disparaît, un autre lui succède, plus beau, plus conforme aux besoins d’aujourd’hui : la réhabilitation spectaculaire de la décharge de Saint Antoine n’est-elle pas, à elle seule, un témoignage de la fin d’une époque, et la promesse d’une autre vocation pour le secteur de Castellucciu?

C’est dans cette perspective que beaucoup d’études, de maîtrises d’œuvre, et d’acquisitions foncières ont été lancées ou conduites à bonne fin l’année dernière. Elles vont produire leurs effets en 2013. Les opérations stratégiques, en particulier dans le domaine de l’hydraulique, doivent faire l’objet de programmes pluriannuels : nous avons désormais une bonne connaissance de la question pluviale sur le territoire ajaccien ; et les premières réalisations (Tribunal-Margonajo-Bassins de rétention…) ont été des succès. Mais les opérations à venir pèseront très lourd dans nos budgets. Nous avons négocié et obtenu, au niveau national et territorial, une part importante des financements nécessaires ; nous pourrons donc inscrire nos projets dans la durée.

Nous avons mis à l’étude en 2012 un Plan Communal de Sauvegarde qui sera achevé cette année ; il mettra la ville en situation d’affronter les risques en mobilisant mieux ses ressources humaines en liaison avec ses partenaires. Notre PLU a franchi, en décembre, l’étape décisive de l’enquête publique. Après le rapport du président de la commission d’enquête, le projet va revenir devant le conseil municipal pour approbation. Sauf accident de parcours, nous devrions disposer au premier semestre d’un PLU approuvé ! Nous aurons alors solidement posé le décor juridique de notre projet urbain et du développement d’Ajaccio. Une étape importance a été franchie, pour la valorisation du patrimoine ajaccien, avec le label « Ville d’Art et d’Histoire » que nous avons obtenu en 2012. Je voudrais rappeler, sans les présenter naturellement comme des résultats de notre action, deux événements littéraires qui concernent Ajaccio en 2012, et qui prouvent que la Corse, malgré ses déchirements, peut enfanter bien des talents : le prix du Mémorial à Marie Ferranti pour Une Haine de Corse, qui raconte comment les relations tumultueuses entre deux Ajacciens ont pu influencer la grande Histoire ; et le prestigieux Goncourt à Jérôme Ferrari pour son Sermon sur la chute de Rome dont le sujet, l’écriture et la force saisissante ont tellement enflammé mon esprit que je me suis permis de lui emprunter la thématique de cette allocution.

Une autre publication, enfin, doit être saluée ; elle nous concerne au premier chef, mais sur un registre différent : les « Paroles de précaires » de Jérôme Camilly qui interpellent et aiguillonnent tous les décideurs publics sur une question cruciale : la pauvreté et la solidarité. Le troisième argument qui fonde notre conviction est la construction bien avancée de notre projet urbain. Il est en lien et concordance avec notre Plan Local d’Urbanisme. On en voit de premiers résultats dans les chantiers en cours qui s’ordonnent, de fait, selon les grandes priorités de notre Projet d’Aménagement et de Développement Durable. C’est pourquoi, à rebours d’une vision partielle des travaux communaux que l’on imagine quelquefois comme des opérations, utiles certes mais sans cohérence entre elles, je voudrais rappeler, en quelques phrases, la consistance, la cohérence et l’ambition de notre projet.

Notre projet urbain : une ambition pour Ajaccio

L’échelon communal, celui de la plus grande proximité, est le lieu le plus pertinent pour percevoir et appréhender les besoins sociaux, la question du logement, les problèmes d’environnement. Il n’est pas le seul échelon de l’action publique, mais c’est le niveau adéquat pour développer la solidarité, organiser le territoire et améliorer le cadre de vie. C’est là que doivent intervenir ensemble tous les acteurs du développement et de l’aménagement. Et c’est là que l’on peut véritablement juger l’impact de toute action publique. Nous avons pris la mesure de nos responsabilités propres, de la nécessité d’une concertation étroite avec nos concitoyens et d’une coordination forte avec nos partenaires : le contenu de notre projet résulte de ce travail collectif. Il est impossible de rappeler toutes les études, propositions et discussions qui se sont croisées pour parvenir à une forme de consensus autour de grandes options qui se sont finalement imposées d’elles-mêmes, à partir d’une mobilisation efficace de nos services techniques. Résumons. On peut distinguer trois grandes zones d’intervention, bien identifiées, sur le territoire ajaccien : à l’ouest, de Capo di Feno au Parc Bertault, l’option retenue sera la requalification et la valorisation ; dans la partie centrale, du Parc Bertault à l’avenue Maréchal Juin, la priorité doit être le renouvellement et la densification ; la vocation de la partie orientale, de Maréchal Juin jusqu’au Vazziu et au Stileto sera le développement maîtrisé. Cette spécialisation territoriale n’a rien d’arbitraire, elle découle d’un diagnostic partagé de notre espace urbain, de la prise en compte des besoins de la population, et des contraintes topographiques, climatiques et technologiques qui s’imposent au territoire à commencer par le risque pluvial.

Que résulte-t-il de toutes nos études, documents d’urbanisme et concertations diverses ? Les opérations déjà réalisées, comme celles qui vont connaître un développement nouveau en 2013, se répartissent, pour l’essentiel, selon le zonage que je viens de rappeler : L’Opération Grand Site de La Parata est le projet de référence en matière de protection et de valorisation de notre cadre naturel ; l’aménagement, prévu par notre PLU, de 18 points d’accès à la mer témoigne d’une volonté de protection et de reconquête de l’espace public au service de tous ; le projet Myrte à Vignola est la marque d’une ouverture très prometteuse vers une technologie d’ avenir, compatible avec le cadre naturel ; le projet immobilier du boulevard Albert 1er répond à des besoins de logements, de mixité sociale et de densification, à proximité du cœur historique d’Ajaccio.

La partie centrale de la cité va voir, en 2013, l’ouverture de chantiers majeurs concernant la protection de la population, la rénovation des ouvrages existants, la création de nouveaux équipements structurants ; en voici quelques exemples significatifs : le nouvel enrochement de la place Miot sera réalisé pour un montant d’un million deux cent mille euros ; la construction prochaine du parking souterrain sous le square Campinchi sera précédée par la première phase de la séparation (tant attendue) des réseaux d’eaux pluviales et d’eaux usées sur le boulevard Roi Jérôme (coût : cinq cent soixante-huit mille euros en 2013) ; et par le déplacement du poste de refoulement des eaux usées de la rue Bessière vers l’arrière du monument de la résistance (coût : un million trois cent soixante mille euros).

Le projet ANRU accélère sa concrétisation par l’acquisition (coût total : trois millions d’eurosl)de dix- neuf logements situés dans une section de la « barre Mancini » ; une section d’immeuble destinée à être démolie pour permettre l’agrandissement de l’exutoire des Cannes ; les trois exutoires des eaux pluviales (Cannes, poste des Salines, avenue Maréchal Juin) seront bientôt en chantier ; la maison de quartier démarre très prochainement (coût : quatre millions d’euros, dont deux millions de crédits de paiement en 2013) ; la démolition des écoles désaffectées continue avec celles des Salines 1 et 2 (coût : deux millions trois cent mille euros ) ; ces établissements seront remplacés par un grand parc sportif, une nouvelle structure, plus accueillante, qui se substituera au stade Gallia (coût : un million sept cent mille euros) ; sur l’emprise du stade actuel sera construite, plus tard, une nouvelle école (coût : trois millions huit cent soixante-dix mille euros)…

La déconstruction et le désamiantage de l’ancien collège Finosello sont programmés en 2013 pour un coût global de quatre millions sept cent mille euros. Avec la reconstruction du ponceau de Loreto pour trois cent soixante mille euros, et la poursuite de l’aménagement de chemin de Candia, nous avons, en matière d’équipements structurants, quelques exemples éclairants sur la politique de renouvellement dans cette partie centrale de la cité.

Quant à la partie orientale où se prépare une nouvelle centralité, le maire va inaugurer la grande Halle du Stileto dont le coût total TTC avoisinera les treize millions d’euros ! La liaison Mont Thabor-Stileto sera mise à l’étude pour améliorer les accès au futur hôpital ; sur la partie littorale, la réflexion engagée avec tous les maîtres d’ouvrage concernés va se poursuivre : elle a déjà abouti à un accord de principe sur un réaménagement d’ensemble des circulations routières et ferroviaires. La disparition tragique du président de la Chambre de Commerce a provisoirement interrompu nos échanges, mais ils vont reprendre bientôt et faire avancer la réalisation des grands chantiers d’aménagement du front de mer : Le déplacement de la gare à Saint Joseph, articulé avec le déplacement du fret maritime sur le site, par la création d’un nouvel appontement permettant l’accostage des cargos rouliers, la création d’un système de transports en commun en site propre seront, à moyen terme, grâce aux études que nous avons engagées, les points forts d’un vaste réaménagement du front de mer intégrant une organisation nouvelle du secteur Gare –Amirauté.

Il y a un lien, une logique entre ce que nous avons réalisé, les chantiers ouverts pour aujourd’hui et pour demain et la vision que nous proposons d’une ville solidaire et belle, plus dense et plus décentralisée dans des quartiers bien équipés et bien desservis ; une ville écologique et économe de son espace, protégée des risques naturels et technologiques ; une ville à la vie culturelle riche, ouverte sur le monde, et fière de son identité, bref une capitale durable pour la Corse ! Une capitale dont la devise de notre PLU prépare l’avènement: « Aiacciu bellu, qualità di a cità, qualità di u campà ».

Affirmant cette volonté, nous ne cédons pas à un optimisme déraisonnable. Nous voulons simplement indiquer le cap que nous avons pris pour le développement d’Ajaccio, et nous restons lucides. Malgré l’implication forte, la disponibilité et l’efficacité des personnels communaux (chacun en a eu un nouvel exemple lors de l’effondrement du mur qui surplombait l’école Salines 6, dans le quartier Candia), malgré le bilan concret de nos douze années de mandat qui sont un vrai succès pour Ajaccio, malgré notre détermination intacte, certains, ici ou là, doutent de nos capacités à réaliser ce programme ambitieux.

La ville résiliente Il est vrai, et nous en sommes conscients, que le monde global est en train de changer et que les vents mauvais de la finance internationale poussent à la récession et n’incitent plus les collectivités à investir : nos projets devront avancer au milieu des mille difficultés générées par la crise financière, le gel des dotations d’Etat, la rigueur budgétaire, les prêts aux collectivités locales sévèrement contingentés, les craintes et les angoisses suscitées par l’extension de la précarité et du chômage … sans compter la méfiance qui grandit à l’égard des décideurs publics quels qu’ils soient. Le gouvernement lui-même nous a prévenus : «Il faut dire la vérité aux Français. Il ne faut pas la cacher. Pour le monde, l’Europe, la France, 2013 sera une année de croissance faible. Nous savons que ce sera encore une année très difficile » annonce le ministre de l’économie et des finances, Pierre Moscovici (5). Ce genre d’avertissement ne peut susciter l’enthousiasme. Quant à la Corse, rongée par le cancer du chômage, par le seuil de pauvreté où se trouvent près d’un quart de la population, par la spéculation et la violence, la Corse peut avoir quelques motifs supplémentaires d’inquiétude. Et les collectivités insulaires, persuadées qu’un certain monde de l’abondance est en train de mourir, pourraient, comme le font nombre de communes petites et moyennes du continent, accepter la récession et faire une pause durable dans leurs investissements…A l’instar de Saint Augustin s’adressant aux chrétiens d’Hippone effrayés par l’annonce de la chute de Rome, et les rappelant à leur foi au milieu du désastre, la Direction municipale devrait-elle, de la même façon, apaiser les craintes des Ajacciens, en leur conseillant la patience et la résignation ? A la fin de son roman, Jérôme Ferrari, que j’aurais décidément beaucoup sollicité pour illustrer mon sermon municipal, suggère un Saint Augustin s’interrogeant sur sa propre foi, au moment où il expire, étendu sur le marbre froid de sa cathédrale…Mais nous, pourrions-nous douter de la qualité de notre bilan et de la nécessité de notre projet ? Chacun sait, monsieur le Maire, chers amis, que la résignation n’est pas notre philosophie. Notre état d’esprit et notre visée sont plutôt ceux d’une ville résiliente ! La résilience est, pour vous monsieur le Maire, une notion familière. En voici une définition qui s’applique à la ville : « La ville résiliente est une cité capable d’absorber les chocs et de s’adapter aux changements sans violence. La notion permet de concevoir la transformation urbaine à partir de l’existant ainsi que des liens entre ville et nature, local et global, humain et technique, social et architectural » (6). Voilà qui correspond bien davantage à ce que nous faisons déjà et que nous allons poursuivre, avec la mise en œuvre des grandes options de notre PLU et de notre projet urbain. Nous suivrons en cela, non pas Saint Augustin avec l’immense respect qu’il faut lui porter, mais plutôt l’immense cubain, Alejo Carpentier, dont je m’étais inspiré la première allocution que j’avais prononcée, ici même, le 9 janvier 2002 ; sa pensée me paraît plus actuelle que jamais (je le cite) : « L’homme ne sait jamais pour qui il souffre ou espère. Il souffre, et il espère et il travaille pour des gens qu’il ne connaîtra jamais, qui à leur tour souffriront, espèreront, travailleront pour d’autres qui ne seront pas heureux non plus, car l’homme poursuit toujours un bonheur situé en dehors de ce qui lui est donné en partage. Mais la grandeur de l’homme consiste à vouloir améliorer le monde, à s’imposer des tâches… (7) Voilà pourquoi aussi nous avons choisi non pas de subir, mais d’affronter les difficultés en nous imposant des tâches. Car nous savons bien que l’histoire continue et que nous en sommes partie prenante.

Pour l’amour de l’important Quelques mots pour conclure : Il y a une dialectique du moi et du nous, du singulier et de l’universel ; elle concerne la création artistique autant que la vie sociale et politique. Dans un parallélisme des formes comparable, Rainer Maria Rilke éclaire l’interaction, dans la peinture italienne, entre le premier plan et l’arrière-fond. Et Il étend son analyse à la vie elle-même : « C’est au loin, dans des arrière-plans éclatants, qu’ont lieu nos épanouissements. C’est là que se situent les histoires dont nous sommes des titres obscurs… C’est là que nous sommes, alors qu’au premier plan, nous allons et venons » (8). On n’aura aucun mal à transposer cette pensée dans le monde municipal ajaccien. Dans ce domaine aussi, il nous faut une conscience claire et constante de nos arrière-plans, c’est-à-dire de notre histoire, de celle d’Ajaccio et de son territoire, des combats et des espoirs qui ont précédé les nôtres, et de tout le mouvement qui nous a portés durant plus d’un demi-siècle ; un mouvement profond et multiforme qui a permis aux vaincus de la Guerre froide de se retrouver aux responsabilités, comme ils l’avaient été, à la Libération, dans des conditions très différentes…

Ce retournement de notre histoire locale n’était pas une revanche sur la grande Histoire, laquelle peut être cruelle, mais jamais réversible. Il rendait compte d’une exigence des temps nouveaux, une exigence que nous avions su déceler et faire grandir : répondre aux attentes des Ajacciens et aux besoins d’une vie urbaine plus dynamique ; équiper les quartiers, donner un élan et un sens nouveaux aux services communaux, développer la solidarité, moderniser la capitale régionale, réaffirmer son rôle… Et il fallait, à cette fin, (il le faut toujours), disposer d’une vision large et juste des priorités de l’action publique. C’est probablement le défaut d’une telle vision qui a entraîné la disparition du monde précédent. Je puis affirmer ici que nous avons, collectivement, une vision et une approche claires des priorités du monde d’aujourd’hui : lutte contre les inégalités, pour la solidarité, pour des équipements et des services performants et accessibles, pour le logement, pour la reconquête de l’espace public, pour le partage culturel et social, autant de domaines qui ne sont, au fond que des déclinaisons de l’intérêt général dont notre monde a tant besoin. L’intérêt général est la boussole de toute action publique digne de ce nom. Elle nous commande souvent, comme le dit encore Rilke, d’ « oublier le beaucoup, pour l’amour de l’important » (8). Garder le cap vers l’intérêt général, cultiver l’amour de l’important, si cher au cœur de notre amie Nono Raccat qui vient de nous quitter, voilà mes vœux, monsieur le Maire. Ils n’ont rien de bien surprenant ; ils sont plutôt classiques, malgré le secours de la littérature. Ils veulent tout simplement nous projeter vers l’avenir.

BON DI, BON’ ANNU, E BON CAPU D’ANNU, Ô SGIÒ MERRI, CARU SIMONE ! E PACI E SALUTA A TUTTI !

Paul Antoine Luciani Mercredi 9 Janvier 2013

PS : « Notre » prix Goncourt me pardonnera mes emprunts à son roman. Et aussi les admirateurs de Jérôme Ferrari qui goûteraient peu ces « transferts » de la fiction vers la réalité. J’ai une excuse : Il m’est apparu, comme une évidence, que la thématique qui s’imposait à moi, dans les circonstances présentes, avait un besoin impérieux de ces références littéraires et corses pour soutenir et illustrer un propos qui, lui, n’a rien d’un roman … NOTES (1) Jérôme Ferrari, Le sermon sur la chute de Rome, p.196 (2) idem, p.20 (3) idem, p.20 (4) François Taillandier, Le mot « crise » ( L’Humanité, 13 septembre 2012, p.19) (5) Le Journal Du Dimanche, 16 décembre 2012, p.19 (6) Catherine Portevin, La Ville résiliente, (Philosophie magazine, n° 65, p. 74) (7) Alejo Carpentier, Le royaume de ce monde (éd .Folio-Gallimard, 1980, p.183), cité dans Vistighe vive (p.5) (8) Rainer Maria Rilke, Notes sur la mélodie des choses : un texte très court, découpé en 40 petits chapitres de quelques lignes, traduit de l’allemand par Remi Pautrat (éd..Allia, 2010)

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