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Patrick Strzoda, préfet de Corse, revient, pour les lecteurs du JDC, sur l’année écoulée. Il analyse, également, les perspectives pour la Corse à court et moyen terme. Avec comme leitmotiv, la lutte contre la grande criminalité.

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La plupart des assassinats commis depuis cinq ans, ne sont toujours pas résolus. Faut-il y voir un constat d’échec ?

Les enquêtes avancent. En 2013, une quinzaine d’affaires concernant des homicides ou tentatives perpétrés depuis 2008, seront jugées aux assises. En matière de règlements de compte, les enquêtes sont toujours plus compliquées et donc plus longues. Ces enquêtes révèlent que la plupart des règlements de compte trouvent leur origine dans des dérives affairistes opposant des bandes de criminels qui veulent contrôler des secteurs d’activité ou des territoires en développement. C’est pourquoi, le 22 octobre dernier, le Premier Ministre a décidé d’une stratégie globale de lutte contre la criminalité organisée en Corse. Cette stratégie se caractérise par trois orientations.

Tout d’abord, un renforcement des effectifs des services qui sont chargés de contrôler ou d’enquêter dans les secteurs où se développe l’affairisme. Des spécialistes formés à la lutte contre la délinquance économique et financière viennent, ainsi, renforcer le pôle économique et financier de Bastia, les services judiciaires de la gendarmerie et de la police.

La deuxième orientation consiste à mieux coordonner l’action de tous les services de contrôle et d’enquête. Le procureur général de Bastia et les préfets de la Corse-du-Sud et de Haute-Corse animent plusieurs instances où se déroule concrètement cette coordination.

Enfin, tous les services locaux bénéficient de l’appui et des moyens de services ou d’offices centraux, sur décision d’une cellule interministérielle placée auprès du Premier Ministre. Chaque mois, je rends compte à cette cellule de l’avancement des contrôles en cours et je sollicite les concours et les renforts dont nous avons besoin localement. La cellule interministérielle s’est déjà réunie deux fois et plusieurs inspections ont été lancées.

Je peux vous assurer que l’Etat est pleinement opérationnel.

Pourquoi l’Etat a-t-il attendu aussi longtemps pour mettre en place une telle stratégie ?

Les moyens juridiques, techniques et humains pour lutter contre la grande criminalité existent depuis longtemps. On n’a pas besoin de créer une législation spécifique. Ce qu’il faut à présent, c’est de la constance dans la détermination et dans l’action, et une coopération sans failles de tous les services, locaux et centraux, pour lutter contre le crime organisé. Par son attention et son soutien aux services, le Gouvernement a créé les conditions favorables pour améliorer le taux d’élucidation des crimes, accélérer le traitement judiciaire des dossiers, renforcer la lutte contre la délinquance économique et financière par des contrôles ciblés (contrôle fiscal, contrôle des marchés publics, lutte contre le travail clandestin…).

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2012 a été également marqué par une recrudescence des attentats avec plusieurs vagues en mai, septembre et décembre. Quelle en est votre analyse ?

Sur cette question, il ne faut pas transiger. Ce sont des actes de violence et il faut les condamner. La Corse a connu trois « nuits bleues » qui ont été revendiquées. Elles avaient pour motivation la lutte contre la vie chère, la lutte contre la spéculation foncière ou la protection du littoral…Il existe des moyens pacifiques et démocratiques pour traiter ces sujets. Plusieurs d’entre eux font l’objet de débats au sein de l’Assemblée de Corse. Ces actions sont inutiles, illégales et attentatoires à l’image de la Corse.

Quel est votre sentiment sur la fin des arrêtés Miot ?

Dès que la décision du Conseil constitutionnel a été rendue publique, j’ai eu de nombreux contacts qui m’ont permis d’en mesurer les conséquences techniques, économiques, mais aussi politiques. J’en ai informé le Gouvernement en insistant sur la situation particulière de la Corse au regard des biens en indivision.

Les PLU annulés et les permis de construire, dont certains accordés sur des sites remarquables montrent que la situation reste confuse en matière de foncier. Qu’en pensez-vous ?

Soyons précis : jamais un PLU n’a autorisé l’urbanisation de secteurs classés « remarquable ». Aujourd’hui, la situation est plutôt en train de se stabiliser. Les PLU qui ont été annulés avaient été élaborés il y a plusieurs années (entre 2005 et 2009). Les PLU élaborés plus récemment (entre 2010 et 2012) ont pris en compte l’évolution de la jurisprudence administrative et n’ont pas donné lieu à des annulations. Avec le PADDUC, qui pourra notamment préciser les modalités d’application de la loi littoral, les PLU devraient cesser d’être un sujet de polémique. Le PADDUC est une démarche qui doit être soutenue et dont je souhaite l’aboutissement dans les délais annoncés. La Corse disposera, ainsi, d’un modèle de développement et d’aménagement du territoire élaboré par son assemblée délibérante, et qui précisera la destination et les usages du foncier : il s’agit d’abord d’un projet politique, qui se déclinera ensuite en directive territoriale. L’unanimité qui s’est manifestée au moment de l’adoption des orientations stratégiques par l’Assemblée de Corse en juillet dernier incite à l’optimisme quant à son élaboration

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Que pensez-vous des réformes institutionnelles et constitutionnelles revendiquées par la Collectivité ?

Tant que les débats en cours au sein de l’Assemblée de Corse ne sont pas terminés, il m’est difficile de m’exprimer sur ce sujet. Ce qui me paraît important, c’est qu’il y ait débat, et qu’il se déroule au sein de l’Assemblée de Corse. Et ce qui me paraît indispensable, c’est que les évolutions qui seront souhaitées soient utiles pour résoudre les problèmes que nos concitoyens rencontrent dans leur vie quotidienne et qu’elles soient compatibles avec le cadre républicain dans lequel le Gouvernement veut bâtir son contrat de confiance avec la Corse.

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Interview réalisée par Philippe Peraut


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