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Dans l’immédiat, le gouvernement et l’Elysée resté silencieux ne favoriseront pas une évolution réformiste. Une trentaine de résidences secondaires ont été endommagées ou détruites durant la nuit du 7 au 8 décembre. A l’heure où nous écrivons ces lignes, aucune revendication n’est intervenue. Mais un « bombage » relevé sur une des constructions visées, suggère la main du FLNC-UC (FLNC-Union des Combattants).

FLNCCette « nuit bleue » ressemblait d’ailleurs beaucoup à celle de mai dernier, de moindre envergure toutefois, qu’avait revendiquée en ces termes le FLNC-UC : « Nous ne laisserons pas s’installer impunément plus de 4500 résidences secondaires étrangères par an, soit plus de 45.000 en dix ans. » Ce précédent et la destruction à l’explosif au débit de l’été, par un commando du FLNC-UC, de deux villas appartenant au banquier Alain Lefebvre, n’avaient pas eu de grandes incidences politiques.

Ils n’avaient ni suscité le courroux de l’Etat, ni contrarié les démarches visant à trouver, au sein de la classe politique corse, un consensus réformiste susceptibles de défendre, à Paris, la co-officialité de la langue corse, la lutte contre la spéculation foncière et des évolutions institutionnelles. Au contraire, l’été a été marqué par l’accueil favorable réservé à l’ossature du futur PADDUC, par la poursuite des travaux de la Commission Chaubon chargée de proposer un nouveau cadre institutionnel, ainsi que par des échanges constructifs entre différentes mouvances politiques lors des Ghjurnate di Corti. Mais le vent tourne.

De récentes prises de position politiques ou syndicale suggèrent qu’il sera difficile de dégager un consensus réformiste à l’issue du débat sur la langue corse et la réforme territoriale qui a été officiellement ouvert, le 13 décembre, au sein de l’Assemblée de Corse. La sortie du bois de l’association France Corse est révélatrice d’une opposition qui s’organise et qui escompte mobiliser une « majorité silencieuse » à l’heure où le peuple sera appelé à trancher. D’autant que le come back tonitruant des clandestins donne des arguments à tous ceux qui doutent que faire des concessions à la spécificité insulaire, soit de nature à résoudre la « question corse ».

Embarras des réformistes

Paul Giacobbi qui se faisait fort d’obtenir beaucoup de Paris, y compris la réunion du Congrès de Versailles pour réviser la Constitution, devra probablement en rabattre, et ce pour plusieurs raisons. Le gouvernement a d’autres chats à fouetter que de mobiliser des parlementaires « hérissés » par la Corse. Les conseillers territoriaux de la Gauche Républicaine et du Front de Gauche rechignent à des changements d’ordre constitutionnel. Enfin, il n’est pas exclu que certains conseillers territoriaux giacobbistes, invitent leur leader à la prudence voire à l’expectative.

Les autonomistes ne sont guère mieux lotis. Avec le retour au premier plan des clandestins, ils vont devoir composer entre leur socle nationaliste enclin à comprendre un recours ciblé à la violence politique, et leurs nouveaux sympathisants et électeurs qui aspirent au changement, mais n’apprécient guère le recours à l’explosif. Il leur faudra peut-être répondre à une question des plus délicates : en cas de regain durable de la violence clandestine, comment préserver et faire fructifier des gains électoraux fraîchement acquis, qui devaient beaucoup à la détente du climat politique et aux perspectives d’évolution réformiste ?

Enfin, à droite, il n’est pas dit que le positionnement du député Marc Marcangeli qui a osé se rendre aux Ghjurnate di Corti et ne cache pas sa fibre identitaire, fasse l’unanimité parmi les conseillers territoriaux Rassembler pour la Corse. D’autant que vouloir limiter l’accès des non résidents à la propriété ou les constructions immobilières hors des zones littorales, passe mal au sein de l’électorat de droite. Assurément, les réformistes de tous bords sont dans l’embarras. En définitive, parmi ceux qui aspirent à des grands changements, seuls les indépendantistes devraient pouvoir rester droits dans leurs bottes. Tout disposés à accompagner des démarches réformistes, Jean-Guy Talamoni et ses amis ne varieront d’un iota ni dans leur solidarité politique avec les clandestins, ni dans leur volonté d’aboutir à la constitution d’un Etat corse.

Valls montre les dents

Ce n’est pas le gouvernement qui redonnera, du moins dans l’immédiat, du tonus au réformisme. Il a plus urgent à faire ailleurs et son objectif premier, en Corse, est désormais de combattre le crime organisé. Manuel Valls, qui joue sa crédibilité d’homme fort et d’avenir, et Christiane Taubira se sont engagés à « enrayer la spirale criminelle ». Quant au Premier ministre, il a élevé la lutte contre le crime organisé au rang de grande priorité. Le gouvernement doit aussi, par exemple par des actions de démolition toujours difficiles à mettre en oeuvre, faire taire les voix qui l’accusent d’inaction contre la spéculation immobilière.

Il convient en ce domaine de souligner la récente déclaration du délégué du syndicat des officiers de police en Corse : « Les terroristes font le travail que la justice n’arrive pas à faire. » Le gouvernement est par ailleurs handicapé par l’absence d’adhésion des insulaires échaudés par les errements du préfet Bonnet (moins d’un Corse sur trois récemment « sondé » fait confiance au ministre de l’intérieur pour combattre la violence) ; et il l’est tout autant par le chiche soutien qu’ont apporté les élus insulaires aux annonces d’un renforcement des actions policières, judiciaires et fiscales, et par le fait que beaucoup de ces élus « se couvrent » en déclarant le plus souvent constructibles des zones au mépris de la loi Littoral, reportant ainsi leurs responsabilités urbanistique et environnementale sur les services de l‘Etat. Enfin, devant compter avec une opinion continentale excédée par quatre décennies de turbulences insulaires, le gouvernement croit davantage nécessaire de montrer les dents que de pousser au réformisme.

Ce que confirment les récentes déclarations de Manuel Valls : « J’attends de tous ceux qui demandent une nouvelle étape en matière institutionnelle, une condamnation des attentats à visées nationalistes. » Bien qu’il ait été, comme l’a rappelé José Rossi lors de l’émission Cuntrastu, un des initiateurs du processus de Matignon, Manuel Valls, tout comme d’ailleurs l’ensemble du gouvernement et l’Elysée resté silencieux, ne favorisera pas, pour l’heure, le réformisme que souhaitent « maintenant » Paul Giacobbi et les autonomistes. Aussi l’hiver 2013 s’annonce-t-il difficile.

Pierre Corsi

 

 

Corsica Infurmazione, l’information Corse
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