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Après le dix-huitième assassinat perpétré en Corse depuis le début de l’année et alors que ces assassinats touchent désormais des notables, avocat, entrepreneur, président de la chambre de commerce, le gouvernement a envoyé sur place deux ministres : Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, et Christiane Taubira, ministre de la Justice. Outre les déclarations rituelles sur l’État de droit et l’ordre républicain, ils ont cette fois parlé, tout à fait officiellement, de « mafia ».

Quelle perspicacité ! Des trois derniers présidents de la chambre de commerce et d’industrie d’Ajaccio, l’un a été condamné pour trafic de cannabis sur grande échelle, l’autre pour trafic d’influence et marché truqué, le dernier vient d’être assassiné. Tous les trois, ainsi que le bénéficiaire du marché truqué, sont d’anciens militants du groupe nationaliste dirigé par Alain Orsoni. Et tous, ainsi que l’avocat assassiné dernièrement, sont liés au club de football d’Ajaccio, présidé par le même Orsoni.

De la biographie de ce dernier on tirera cet unique exploit : son frère ayant été assassiné par des malfrats, il s’est trouvé trois amis pour s’introduire dans une prison et aller exécuter les deux assassins.

La direction de la chambre de commerce et d’industrie est donc en des mains solides. Et il le faut, car elle gère les ports et les aérodromes nécessaires au ravitaillement de l’île dans ces deux biens indispensables que sont les touristes d’une part, les matériaux de construction d’autre part.

Elle a aussi établi, n’en doutons pas, les connexions nécessaires avec les maires qui délivrent les permis de construire et les entreprises de travaux publics et du bâtiment qui viabilisent les terrains et construisent les villas et les villages de vacances. Et il faut assurer le coup, car certaines constructions ont sauté et plusieurs entrepreneurs ont été assassinés.

Il y a donc des liens qui vont du banditisme « normal » des trafiquants de drogue jusqu’aux entrepreneurs du bâtiment et du tourisme, les deux activités légales les plus lucratives de l’île. Et ces liens vont manifestement jusqu’aux élus qui signent les permis, aux avocats qui les rédigent, aux fonctionnaires qui les tamponnent, aux notaires qui les certifient. Tout ce beau monde constitue une organisation sociale où l’on passe insensiblement de la conclusion des affaires autour d’un bon repas au règlement des conflits à coups de flingues.

Alors, comment démêler tout cela sans aller mettre son nez dans les affaires et dans les comptes de toute une bourgeoisie insulaire et de ses relations ? C’est justement ce qui ne se fait pas.

Paul GALOIS

Lutte Ouvrière

Corsica Infurmazione, L’information Corse
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