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Les résultats de l’élection catalane sont sans ambiguïté : le peuple catalan a choisi d’affirmer son destin national en choisissant plus de 60% de ses représentants (87 sièges sur 135) au sein de formations engagées pour un agenda de création d’un Etat catalan souverain au sein de l’Europe.

Première de ces forces, la formation du Président sortant Artur Mas, Convergencia e Uniò, qui, avec 50 sièges, représente plus de la moitié des députés nationalistes. C’est un recul net par rapport aux 62 sièges de la précédente élection de 2010 qui, il est vrai, avaient donné à CiU un sore particulièrement élevé, mais CiU reste en 2012 au dessus du score de 2006 (48 sièges). Son score 2010 tenait en grande partie à l’affaissement de ERC, parti de la gauche indépendantiste, qui fait partie de l’ALE, passé entre 2006 et 2010, de 21 à 10 sièges. ERC a retrouvé deux ans plus tard son score de 2006, 21 sièges, sous l’impulsion de son nouveau Président, Oriol Junqueras, qui devient désormais un des hommes forts de la Generalitat.

Historien de formation, Oriol Junqueras a été élu député européen ALE en 2009, avant de prendre la mairie de sa commune en Catalogne en 2011, puis de conduire ERC au succès de dimanche. Pour cela il lui a fallu résorber l’hémorragie causée par deux scissions survenues en 2010, et  repositionné ERC, qui avait gouverné huit ans avec le Parti Socialiste, sur un message nationaliste, notamment en renouant le dialogue avec Convergencia. Cette démarche a incité nombre d’électeurs qui avaient été critiques en 2010 et avaient voté CiU, de revenir vers ERC. Ces « vases communicants » entre les deux formations ressortent clairement des deux scrutins. Avec 71 sièges, ils disposent de la majorité absolue à eux deux, et ils peuvent donc poursuivre l’objectif majeur de cette mandature, à savoir l’organisation d’un scrutin d’autodétermination au bout des quatre années.

Leur majorité potentielle est complétée par deux mouvements issus de la gauche qui ont également évolué vers une démarche nationale. Il s’agit des écologistes de gauche d’ICV, qui progressent de dix à treize sièges, et d’un groupe alternatif CUP qui fait son entrée à la Generalitat avec trois sièges. ERC veut élargir la nouvelle majorité à ces deux composantes de façon à disposer d’un socle plus fort en soutien à la revendication nationale face à Madrid, et pour le rééquilibrer plus à gauche, dans une Catalogne qui a été soumise à une rigueur intense pour sortir de la crise économique. Des négociations s’engagent, elles acteront de toutes façons un agenda nationaliste avec une forte majorité pouvant aller jusqu’aux deux tiers de la Generalitat.

Le grand perdant est le Parti Socialiste, 37 élus en 2006, 28 élus en 2010, et à peine 20 sièges désormais, avec la concurrence d’un parti « jacobin de gauche » qui obtient 9 sièges. La droite du Parti populaire se maintient à 20 sièges contre 19. La situation de la Catalogne est donc tout à fait nouvelle.

Elle répond de façon éclatante aux provocations répétées de l’Etat espagnol qui, en 2006, a censuré, via sa Cour Constitutionnelle, l’accord négocié entre Artur Mas et José Luis Zapatero, et qui, sous Mariano Rajoy, a développé encore sa dérive centraliste de refus de toute évolution institutionnelle, notamment sur le plan fiscal. Un fossé s’est créé entre le pouvoir central et le peuple catalan. Il n’a jamais été aussi grand, et la crise crée un contexte de forte évolution politique.

La Catalogne, par ce scrutin du 25 novembre 2012, vient d’ouvrir une nouvelle page de son Histoire.

Blog François Alfonsi

Corsica Infurmazione, L’information Corse
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