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Un mois après Antoine Sollacaro, Jacques Nacer a succombé aux balles d’un tueur. Comme le bâtonnier de l’Ordre des Avocats, le Président de la Chambre de Commerce a été abattu dans ses habitudes quotidiennes. Ce meurtre a une logique terroriste, au sens premier : il est commis pour semer la terreur. Car rien ne prédestinait Jacques Nacer à une fin aussi tragique ; ni son passé, ni ses affaires, ni sa vie publique, et pas même son caractère, réputé tranquille et amical.

Il n’était qu’un représentant éminent de la société ajaccienne, et c’est probablement à ce titre qu’on a décidé de l’éliminer. Qui ? Pourquoi ? Le mystère est entier. Face à ce mystère, une débauche de versions journalistiques vient obstruer notre entendement. A défaut de coupable, on désigne une victime expiatoire, la même depuis 10 ans, et on exhume un pré-supposé mafieux censé tout expliquer. Sauf qu’il n’explique rien, puisque cette nouvelle «mafia corse» imaginée par les médias semble ne regrouper que des victimes. Est-ce l’habitude des mafias d’être des victimes, ou est-ce le contraire ? Si les assassins voulaient semer le trouble en sus de la terreur, ils y sont parfaitement arrivés. Leur folie meurtrière entraîne dans son sillage une folie médiatique que rien ne semble pouvoir tarir. Alain Orsoni, premier visé, s’y est employé sur les plateaux télévisés. Les moues journalistiques qui ont accueilli ses propos disaient assez que leurs préjugés sont irréversibles.

La Corse est en deuil, et on la couvre d’infamie, y compris le ministre de l’Intérieur qui la dénonce comme complice par son silence. Quel culot quand on sait les moyens d’investigation, d’écoute, de filature dont dispose sa police ! Comment expliquer leur totale inefficacité ? C’est bien cela le mystère qu’il faudrait réussir enfin à élucider ! Car un fou meurtrier rode en ville, et il pourrait bien, avec ses complices, passer à l’acte une nouvelle fois. Ce chaos qu’est devenu la société corse dit assez l’échec politique de l’Etat. Son «bras armé», la JIRS, reste impuissante et omnipotente.

Manuel Valls prend le relais au plus haut niveau, mais il s’enlise dans le caniveau des rumeurs au lieu de faire face au principal défi qu’il doit relever sur l’île : reconstruire une confiance politique. Que la police soit sur les dents et traque les tueurs, quoi de plus normal ? Mais un ministre n’est pas un policier, et son travail, c’est de faire de la politique ! Pour cela, il lui faut s’extraire de l’actualité immédiate, et considérer les lignes-forces de la société dont il a la charge. Jusqu’à présent, rien dans les propos de Manuel Valls ne laisse imaginer qu’il envisage de mener une telle réflexion, et le travail mené par l’Assemblée de Corse dans le cadre de la Commission Chaubon est ouvertement occulté. Pourtant, après le vote du Padduc, un espoir réel de responsabilisation de la société corse à travers un projet majoritaire s’y est fait jour. L’ignorer, c’est le décourager, alors que quarante années de «question corse» démontre la permanence d’un problème politique majeur. Comment en sortir si ce n’est en proposant un projet de consensus pour les vingt cinq années à venir ? En fait, Manuel Valls semble avoir une autre priorité en tête que l’avenir de la Corse quand il traite des affaires corses. Il est le nez dans les sondages, et il est tenu par un agenda présidentiel qui, dès la campagne électorale, a relégué la question corse, contre toute évidence, au rang des non-priorités politiques. La tentation est forte d’utiliser le prétexte du banditisme et la folie meurtrière qu’il a aujourd’hui engendré pour occulter le problème politique.

C’est très exactement l’erreur à ne pas faire. Sans véritable responsabilisation de la Corse qui prenne en compte les attentes de sa population, parmi lesquelles celles exprimées par 36% des électeurs qui ont voté nationaliste doivent, elles aussi, être prises en compte à leur juste place, tous les problèmes resteront là : sous-développement économique, frustration identitaire et culturelle, et banditisme rampant. D’ici quelques jours, Manuel Valls reviendra en Corse pour faire, à froid, des propositions politiques, et non plus seulement pour répondre à une urgence médiatique. Dans la période actuelle, il serait bon qu’il retrouve les bases de sa véritable fonction : ministre de l’Intérieur, premier responsable politique en charge des affaires corses.

François ALFONSI

19/11/12

Corsica Infurmazione, L’information Corse

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