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Le procès en appel de deux anciens dirigeants de l’ETA, « Antza » et « Anboto », a débuté lundi 12 novembre devant la cour d’assises de Paris où devrait résonner la question du sort des prisonniers basques qui divise Madrid et le groupe séparatiste armé. « Vive ETA », ont lancé en basque l’ancien n°1 de l’appareil politique de l’organisation, Mikel Albisu Iriarte, alias « Antza », et sa compagne Soledad Iparraguirre Guenechea, alias « Anboto », une autre dirigeante historique, en entrant dans le box.

 Le procès de première instance en décembre 2010, à l’issue duquel ils avaient été condamnés à vingt ans de réclusion, s’était déroulé dans une ambiance tendue, émaillée de plusieurs incidents. Les deux ex-chefs d’ETA avaient été jugés aux côtés de huit autres accusés devant un public fourni de proches et de soutiens.

Voici le texte déclaré en ouverture du procès :

(www.unita-naziunale.org) : Prises de parole de début du procès de Mikel ALBISU IRIARTE et Maixol IPARRAGIRRE GUENETXEA, Combattants basques en prison.

Mikel Albisu Iriarte : Deux ans se sont passés. Depuis que nous avons pris la parole lors de notre procès en première instance il y a deux ans il y a eu de grands changements dans le monde. Nous avons assisté à des révolutions, à des guerres et aux effets dévastateurs sur des populations entières de la crise du capitalisme qui est encore en pleine expansion dans les pays de l’UE.

Au Pays Basque aussi nous avons connu des changements et même s’ils n’ont pas eu le même écho médiatique ils sont d’une grande importance pour l’avenir de notre Pays.

Il s’aqit de changements porteurs d’espoir. Des changements qui recréent un nouveau scénario où le dialogue et la négociation sont possibles en vue du règlement pacifique et démocratique du conflit qui nous oppose depuis si longtemps aux États espagnol et français.

Euskadi Ta Askatasuna

 

Notre organisation, ETA qui veut dire Pays Basque et liberté est née avec un objectif: défendre les droits du peuple basque. Elle est née sous le franquisme espagnol et elle a continué sous la monarchie dite constitutionnelle pour défendre le droit des Basques à décider par eux-mêmes.

ETA est une organisation politique qui a employé les armes comme moyen de lutte. Elle l’a fait jusqu’à ce qu’après un débat difficile et sans cesse torpillé tant par la machine répressive espagnole comme française elle ait décidé de déposer les armes.

ETA a déposé les armes. Les médias français ne sont pas allés plus loin. C’est pour cela que nous tenons à vous informer un peu plus des événements qui se sont succédé depuis notre passage devant la cour.

Pendant ce procès vous allez entendre parler sans cesse de « terrorisme », attentats, violence (en référence toujours aux combattants basques volontaires dans la lutte de la libération), nous considérons de la plus grande importance de vous mettre au courant des derniers changements pour que vous ayez une meilleure vue d’ensemble.

Actualité du conflit basque

Les faits qui sont arrivés depuis notre passage devant vos collègues en décembre 2010 montrent que le conflit que nous vivons au Pays Basque est rentré dans une nouvelle phase.

Le communiqué d’ETA du 10 septembre 2010 en réponse à la Déclaration de Bruxelles (appel d’un groupe de personnalités, dont plusieurs prix Nobel de la Paix -Nelson Mandela, Desmond Tutu, Frederik De Klerk, John Hume, Betty Williams-) préfigurait ce qui allait arriver.

Ce communiqué que nous avons lu il y a deux ans devant la cour est toujours d’une grande actualité, car ‘malgré les efforts d’une des deux parties, en ce cas d’ET A et la société basque, le conflit est loin d’avoir été réglé.

Notre organisation déclarait dans ce communiqué que « Le peuple basque est un vieux peuple connu pour [son] attachement à la langue et à l’identité de [ses] ancêtres et pour [son] combat afin de survivre . C’est un peuple nié par la France et l’Espagne qui ont fait tout leur possible pour le faire disparaître au moyen de l’assimilation politique, sociale et culturelle.

«Ils nous ont condamnés à ne pas pouvoir vivre au Pays Basque en tant que citoyens basques.

« Le peuple basque a subi une répression féroce. Parmi celles-ci le massacre causé par le bombardement fasciste de Gernika est le plus connu. Mais la prison, la torture et l’exil sont une réalité familière pour nous.

« Le conflit que connaît le peuple basque avec l’Espagne et la France n’a pas débuté avec ETA. ETA est venue au monde en pleine nuit du franquisme, alors que le peuple basque subissait une stratégie brutale de destruction.

« ETA a eu recours à la lutte armée parce qu’on ne lui a pas laissé d’autre voie. Ni pendant le franquisme, ni pendant la période de réforme politique qui a suivi avec l’imposition de la Constitution espagnole que le Pays Basque n’avait’ pas acceptée.

« De son côté, l’État espagnol a tué des douzaines de citoyens basques, en a torturé des centaines, détenu des milliers. ».

« Depuis sa naissance et jusqu’à maintenant, ETA a montré à plusieurs reprises sa volonté de venir à bout du conflit démocratiquement: en 1976, en 1989, en 1998, en 2006.

«Et depuis mars 2010, ETA n’a pas procédé à la moindre action armée.

« Malgré cela, les États français et espagnol se sont montrés sourds et ont maintenu le blocage, la voie stérile de la répression.

« Le conflit qui oppose le peuple basque à l’Espagne et à la France a pour socle des raisons politiques profondes. Par conséquent, pour apporter un règlement définitif à ce conflit, il faut nécessairement un accord solide.

Pour finir, ETA renouvelait son « appel à la Communauté internationale, pour qu’ils prennent part à la promotion et à la structuration d’un processus ayant pour objectif de résoudre d’une façon durable, juste et démocratique ce conflit».

Depuis lors, les événements et actions vers une solution pacifique et le dialogue se sont succédé:

En septembre 2010, plusieurs partis politiques, syndicats et associations signaient à Gernika un accord qui demandait « à ETA et au gouvernement espagnol de prendre les décisions et les initiatives qui permettront la mise en place d’un processus non violent» basé sur les dénommés «principes Mitchell » (du nom du sénateur des États-Unis artisan du processus de paix en Irlande) qui prônent, entre autres, l’usage de moyens exclusivement démocratiques et pacifiques.

En janvier 2011, ETA déclarait « un cessez-le-feu permanent et général soumis à vérification de la Communauté internationale », en vue du « processus de solution définitive et de la fin de la lutte armée»

En mars, ETA communique aux associations de chefs d’entreprise du Pays Basque l’arrêt de la demande d’impôt révolutionnaire.

Le 28 septembre a été annoncée la constitution d’une Commission internationale de Vérification du cessez-le-feu d’ETA, avec laquelle notre organisation a accepté de collaborer.

Le 17 octobre de l’année dernière un groupe de personnalités se réunit à Saint Sébastien sous l’égide de M. Kofi Annan l’ancien Secrétaire général de l’ONU pour retrouver les agents politiques et sociaux du Pays Basque et signer une déclaration (connue depuis comme la Déclaration d’Aiete) qui demandait entre autres:

– à ETA une «déclaration publique d’arrêt définitif de la lutte armée et de solliciter aux gouvernements espagnol et français un dialogue pour traiter exclusivement des conséquences du conflit ».

– Et une fois cette déclaration réalisée ils demandaient aux gouvernements d’Espagne et de France à accepter ce dialogue.

Trois jours plus tard, le 20 octobre, ETA déclarait que «la résolution accordée [à Aiete sous l’égide de Monsieur Annan] rassemble les ingrédients pour une solution intégrale du conflit. Nous sommes devant une opportunité historique pour trouver une solution juste et démocratique. ETA a décidé l’arrêt définitif de son activité armée. ETA lance un appel aux gouvernements d’Espagne et de France pour ouvrir un processus de dialogue direct qui aura comme objectif la résolution des conséquences du conflit et le dépassement de la confrontation armée»

Voilà où nous sommes. Ça fait plus de trois ans qu’ETA ne commet plus d’actions armées et plus d’un an que l’arrêt de la lutte armée est définitif.

Et malgré l’opposition à tout dialogue .des gouvernements français et espagnol, ETA s’est montrée disposée à aborder le sujet du désarmement ainsi que celle des conséquences du conflit: l’agenda des prisonniers et les victimes.

La société basque a accompagné le chemin vers la paix avec des rassemblements :Le 8 janvier 2011, plus de 65.000 personnes étaient dans les rues de Bilbao en demande du respect des droits des prisonniers politiques. Un an. plus tard, ils étaient 110.000. Et le 10 novembre, il y a deux jours, ils étaient plus de 15.000 dans les rues de Baiona.

Les élections ont montré aussi que l’option de la paix a un grand appui: la coalition Bildu a recueilli plus de 300.000 voix, devenant la première force du Pays Basque en nombre de conseillers municipaux et la deuxième en nombre de voix. Les élections législatives espagnoles qui ont évincé M. Zapatero ont vu la coalition de partis politiques de gauche et indépendantistes devenir Ia première force en députes au Pays Basque. Et lors des élections partielles au Parlement basque du mois dernier, la coalition indépendantiste est rentrée avec force au parlement, devenant la deuxième force avec 21 députés sur 75.

Maixol Iparragirre Guenetxea : Réaction des gouvernements espagnol et français

Nous allons nous arrêter un instant pour regarder quel a été le comportement des gouvernements espagnol et français lors de l’année 20Il.

Huit jours après la déclaration du cessez-le-feu permanent, vérifiable et général de la part de l’ETA, lors d’une opération conjointe menée par les forces armées espagnoles et françaises treize citoyens basques étaient arrêtés. Six d’entre eux seront incarcérés. Plusieurs d’entre eux faisaient état de tortures subies lors des cinq jours de mise au secret aux mains de la Guardia Civil.

Le 1er mars, la Guardia Civil arrête et torture sauvagement quatre citoyens basques. Le 3 mars, le tribunal espagnol refuse l’inscription du nouveau parti politique de la gauche indépendantiste.

Le 10 mars, la police française arrête quatre citoyens basques. Le 21 mars, elle arrête une autre citoyenne basque.

Le 10 avril, deux autres citoyens basques sont arrêtés.

Le 12 avril c’est au tour de la Guardia Civil d’arrêter et torturer encore trois autres citoyens basques.

Le 27 avril c’est la police autonome qui arrête deux citoyens basques qui seront condamnés à prison ferme pour avoir crié « Gora ETA »

Le 22 juin, la police française essaye d’arrêter une citoyenne basque pour l’extrader vers l’Espagne. Une foule de citoyens empêche l’arrestation et l’expulsion qui allait suivre. Nous connaissons la suite, c’est il y a quelques jours, sous le gouvernement socialiste, -qu’elle-a-été-arrêtée et immédiatement rendue à la Guardia Civil.

Le 6 juillet la police française arrête un ancien prisonnier politique basque avec l’intention de l’extrader vers l’Espagne.

Le 6 septembre la police française arrête un citoyen basque.

Le 16 septembre les tribunaux espagnols condamnent six dirigeants politiques à des peines allant de huit à dix ans.

Vous avez donc, d’un coté une partie qui a multiplié les gestes et décisions vers un règlement du conflit et de l’autre les autorités politiques et judiciaires espagnoles et françaises, qui persistent dans la lancée répressive qui les a caractérisées tout au long de ces années de confrontation.

D’un côté, la gauche indépendantiste qui a opéré un changement basé sur un débat et une réflexion profonde qui lui permettent de renouveler ses modes opératoires en vue de surmonter un conflit armé de longue date, et de l’autre, deux États qui s’opposent à intégrer la nouvelle donne dans leur stratégie et qui se refusent à aider les efforts de la Communauté internationale.

Nous aurions pu penser qu’une fois la décision irréversible d’arrêter définitivement la lutte armée prise par l’ETA les gouvernements espagnol et français allaient suivre les conseils de Monsieur Koffi Annan, en changeant d’attitude envers les organisations, les citoyens et les prisonniers basques.

Mais, rien de tel n’est arrivé.

Pendant l’année écoulée depuis la décision historique d’ETA les polices française et espagnole ont continué avec les arrestations de citoyens basques, la situation des prisonniers basques n’a fait qu’empirer et les appels au dialogue sont restés sans réponse: on arrête et on extrade comme dans les bons vieux temps.

Quand l’ETA a décidé d’arrêter la lutte armée, le PSOE de Zapatero gouvernait dans l’État espagnol et Sarkozy et l’UMP dans l’État français. Un an plus tard c’est l’inverse: Hollande est président en France et l’extrême droite gouverne en Espagne avec Raxoi à sa tête. Rien n’y fait. Peu importe qui est aux commandes des États qui nous oppressent.

Quand Gonzalez est arrivé au pouvoir en 1982 il a serré la main de son collègue Mitterrand dans Les Landes et ils ont donné le feu vert à la mise en place des GAL, les Groupes Antiterroristes de Libération, formés par des gardes civils et par des membres de la pègre marseillaise et bordelaise à qui on payait 40.000 francs par tête de réfugié basque. Ils ont tué 26 personnes. Entre temps, la police française organisait la chasse au réfugiés qui expulsés en urgence absolue étaient offerts en cadeau aux tortionnaires espagnols.

Que pouvons-nous espérer de la France et de l’Espagne? L’année écoulée depuis l’arrêt définitif de la lutte armée de la part d’ETA ne fait que confirmer la réponse que des milliers .et des milliers de citoyens basques ont donné à cette question pendant de longues années: rien de bon. Négation de notre identité, soumission économique et politique, génocide linguistique, répression.

Les gouvernements espagnol et français continuent d’arrêter des citoyens basques, qui ensuite sont torturés. La France et l’Espagne maintiennent la criminelle politique de déportation et dispersion des prisonniers basques qui provoquent son lot d’accidents de la route qui ont laissé un bilan de 16 morts et qui est source d’une grande fatigue physique et de grandes dépenses économiques pour nos familles [ nous venons de passer un an et demi parqués à Lyon, à 800 km de chez nous. ]

La machine répressive continue encore à broyer tout espoir de dialogue. Il a deux semaines la police française a arrêté deux camarades. Une arrestation musclée à deux heures du matin, des conditions de garde-à-vue inhumaines et le clou: l’incarcération sous le régime de l’isolement. Des mesures que nous n’avions pas vues depuis des années.

L’appareil judiciaire est impliqué dans le conflit

Vous pouvez vous dire que vous n’êtes pas concernés par ce qui se passe au Pays Basque, que vous ne faites qu’appliquer les lois de la République au nom du Peuple français. Et pourtant, si nous sommes ici c’est justement à cause du conflit. Il ne faut pas cacher la vérité, le système judiciaire a été utilisé autant en Espagne qu’en France comme un instrument de lutte de plus contre la résistance basque.

Le Tribunal des Droits de L’Homme condamne régulièrement l’Espagne et la France par des décisions prises à l’encontre des citoyens basques.

Regard vers l’avenir

Nous sommes convaincus que ce sera la société basque par elle-même qui réussira à sortir notre pays de l’étau dans lequel il se trouve.

Et elle le fera démocratiquement, quand finalement elle pourra parler en toute liberté et que sa parole sera respectée par tous.

Récemment la majorité des partis politiques et des associations du Pays Basque sont arrivés à un accord historique pour demander à l’État français une reconnaissance qui lui est niée depuis les temps de la Révolution où déjà les frères Garat avaient demandé un département basque.

La France a une très grande responsabilité dans l’avenir. Elle peut soit peser de toute sa puissance pour régler le conflit basque ou continuer à couvrir les agissements antidémocratiques de l’Espagne. Elle peut aussi changer sa politique envers le Pays Basque, ses gens et sa culture. Comment une langue telle que la Française peut elle avoir peur de reconnaître l’officialité de la langue basque qui peine à survivre?

La marche vers la libération du Pays Basque continue. Elle a pris la direction correcte et elle est imparable. Nous sommes convaincus que le jour’où notre peuple vivra libre et en paix avec ses voisins est proche.

Pendant dix jours vous allez nous parler de faits anciens (attentats, impôt révolutionnaire, … ) dépassés par les événements, situés hors du contexte et recouverts par le mot « terrorisme» qui permet de ne pas poser les bonnes questions, ou de .ne pas poser de questions tout court.

Effectivement au Pays Basque nous sommes rentrés dans une nouvelle ère que le peu de temps passé et la distance à laquelle se trouve cette Cour spécialement et autrement composé peut difficilement apprécier à sa juste mesure. Notre pays a entamé avec force et décision son chemin vers la paix.

Ce sont les partis politiques et les diverses associations sociales et syndicales qui vont mettre en place l’architecture d’un futur en paix.

Une délégation d’ETA attend depuis de longs mois de rencontrer des représentants des gouvernements français et espagnol pour parler des victimes causées par le conflit et en assumer la responsabilité de part et d’autre, il faut parler de désarmement, de démilitarisation et des prisonniers pour refermer définitivement la plaie.

Personne ne prône l’oubli. Au contraire, il faut se rappeler de ce qui est arrivé pour qu’il ne se produise plus.

Pour que se termine un conflit armé qui a duré plus de 50 ans, il faut que chacun y mette du sien.

La France et l’Espagne continuent à retarder le moment du dialogue qui tôt ou tard va arriver. Entre temps notre pays avance d’un pas décidé vers son indépendance.

Gora Euskal Herria Askatuta ! Gora Euskal Herria Sozialista ! Gora ETA!

12/11/12

Mikel ALBISU IRIARTE Maixol IPARRAGIRRE GUENETXEA, Combattants basques en prison

Corsica Infurmazione, L’information Corse

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