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C’est finalement le FLNC « uni » qui est à l’origine de la campagne d’attentats menée contre les grandes surfaces. Des opérations qui ont provoqué beaucoup de réactions.  Tout le monde s’est trompé. En effet, au lendemain des sept attentats ayant visé des grandes surfaces, dans la nuit du 9 au 10 septembre, journalistes, policiers et simples observateurs insulaires ont pensé que le « nouveau » FLNC apparu en juin dernier était responsable de cette opération en phase avec leur communiqué fondateur.

Et aussi, et surtout, de répondre à la récente séparation-exclusion des dirigeants du « Rinnovu » de Corsica Libera. Une suite logique de leur exclusion de l’Exécutif du mouvement qui était intervenue, après un vote de l’ensemble des militants, en février, à la suite de divergences internes. Une affaire qui, par contre coup, avait provoqué la fameuse apparition d’un nouveau FLNC venu dire tout haut ce que leurs amis du Rinnovu n’avaient pas dit au sein de Corsica Libera…

Du même coup on avait oublié que le FLNC, officiellement « uni », avait, lui aussi menacé, et plus précisément, la grande distribution. C’était en décembre 2011 dans un numéro du « Ribellu », son organe de presse distribué « à la volée » et dans un meeting de soutien aux prisonniers politiques. Tout en étant également joint à la revendication, par le FLNC, de l’exécution de Christian Leoni en représailles à l’assassinat de leur militant Philippe Paoli.

Une revendication adressée, à l’époque, à notre magazine. Le FLNC, dans le « Ribombu », s’adressait « aux dirigeants des grandes surfaces qui pratiquent des prix incomparablement plus élevés que les mêmes enseignes à l’extérieur de l’île ». « Nous leur demandons, poursuivait le FLNC, de cesser ces pratiques et de modérer leurs prix. Nous leur conseillons fermement de prendre cet avertissement au sérieux ».

À suivre cette logique, les récents attentats semblent démontrer qu’il s’agit d’un deuxième avertissement, cette fois plus direct. Dans sa revendication adressée le 13 septembre à « Corsica », le FLNC après avoir précisé que cette campagne d’action « s’inscrit dans le droit-fil des luttes sociales et syndicales de notre peuple face aux relais multiples du colonialisme français en Corse » en remet une couche sur les « patrons de la grande distribution ».

Il les accuse de n’avoir « pas su prendre la mesure des aspirations sociales de notre peuple » puisqu’ils « ont persévéré dans leur politique de paupérisation de la société corse », les prix n’ayant jamais, selon les clandestins, « été aussi élevés en Corse ». Autre grief : « les salaires trop bas pratiqués par ces enseignes, les pressions exercées sur le personnel corse, le non-respect des conventions collectives avec une forte précarisation des emplois ». Suivent les menaces : « Nous les mettons en demeure de baisser significativement les prix pratiqués par ces enseignes avant le mois de décembre 2012 ».

Le FLNC demande également aux grandes surfaces de privilégier « au maximum, les produits issus de l’économie corse » et s’oppose, comme, pour l’instant, l’Assemblée, à « toute nouvelle implantation de grande surface ». Sans doute une allusion au projet de zone commerciale à Sarrola prévoyant l’installation de deux nouveaux super marchés qui crée actuellement une polémique dans la région ajaccienne. Curieusement, dans cette affaire, si les clandestins se sont attaqués a cinq magasins Leclerc (A Sarrola, à Bastia et à Alistro), à un magasin Géant (à Mezzavia) et à un magasin Décathlon (toujours à Mezzavia), ils ont épargné Carrefour qui, pour le coup, est un vrai trust international côté en bourse et pratiquant, en Corse, les prix les plus chers des grandes surfaces. Donc, une cible idéale au regard des critères retenus par le FLNC.

Cet « oubli » est-il volontaire ou accidentel ? On n’en sait rien. Quoi qu’il en soit, ces attentats ont, d’une certaine manière, rendu service aux dirigeants corses et insulaires des magasins Leclerc (voir encadré) qui ont profité de l’occasion pour faire savoir, enquête de « Que Choisir » à l’appui, que Leclerc était l’enseigne qui pratiquait les prix les moins chers en Corse. Ce qui avait fait l’objet d’un dossier de Corsica, mais qui avait été ignoré par les autres médias corses, rendus sans doute timides par les pages de publicité que leur fournissaient Carrefour et Géant…

Tout le monde a évidemment condamné ces attentats, du président de l’Assemblée de Corse, Dominique Bucchini, au député Laurent Marcangeli, en passant par Jean Zuccarelli, le président de l’ADEC. Sans parler des syndicats, des confédérations d’entreprises et du préfet de Corse Patrick Strzoda qui a affirmé, dans un entretien avec « Corse-Matin », qu’il prenait très au sérieux la revendication du FLNC, d’autant « qu’elle fixait une échéance par rapport à une évolution positive des prix ». Mais, pas de problème, puisque la préfecture, comme il l’a dit, « suit cela de très près ».

Reste à savoir comment le FLNC va vraiment pouvoir contrôler l’évolution des prix. On voit mal les cagoulés parcourir les rayons et contrôler des milliers de produits comme l’ont fait les enquêteurs de « Que Choisir ». Mais c’est une autre histoire. En tout cas, pour l’instant le nouveau FLNC, s’il a parlé, n’a pas agi. Il vaut peut-être mieux, compte tenu des turbulences que ne manquerait pas d’entraîner une concurrence entre les deux Fronts.

 Gilles Millet

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