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Selon Paul-Félix Benedetti, beaucoup de revendications, comme autant de problèmes à résoudre, sont portées par les nationalistes, qui aimeraient que les instances territoriales assument enfin leurs responsabilités

Les ministres se succèdent en Corse, agriculture, justice… Quelques pièces, quelques promesses. Comment analysez-vous le rapport de l’État à la Corse ? Comment devrait-il évoluer ?
Les ministres viennent en Corse selon un rituel immuable qui est un mélange entre voyage touristique traditionnel – avec dégustations, agapes -, et visite aux indigènes avec ses adoubements et sa distribution de verroterie… Le rapport entre l’État et les Corse est un rapport de force permanent ; il perdure depuis plus de deux siècles ; il a pour seul objectif l’asservissement de l’île et l’anéantissement de toutes les revendications historiques de souveraineté. Pour rester simple, la carotte et le bâton sont les deux postulats de la politique étatique en corse. Les deux derniers ministres n’ont pas dérogé à ces règles, pourtant ils représentent les compétences actuelles les plus représentatives de la déliquescence de la société corse : l’agriculture et la justice.

Source : http://www.corsematin.com/article/politique/laiguillon-nationaliste

Lutter contre des « agressions spéculatives » internes et externes

Comment ?
L’agriculture est soumise à un déclin inexorable malgré une politique d’assistanat qui dès l’origine est mise en oeuvre pour contrer la revendication nationaliste née du milieu agropastoral. Pourtant, aujourd’hui, les propositions efficientes de sauvegarde de la terre et de maintien des savoir-faire sont portées par les nationalistes et leurs représentants syndicaux. Quant à la justice, elle a pendant trois décennies consacré tous ses moyens à la chasse aux nationalistes ; elle a sciemment laissé se développer en corse une voyoucratie affairiste. Durant cette période seule la « violence politique » a été stigmatisée, et on se réveille aujourd’hui pour réaliser que sur cette période nous avons vécu au rythme de 20 meurtres par an. Cette même justice nie la volonté unanime de l’assemblée de Corse, les détenus politiques ne sont pas considérés comme partie intégrante de la solution, des mesures dilatoires empêchent leur rapprochement…

En tant qu’élu territorial, quels sont, selon vous, les secteurs où l’assemblée devrait s’affirmer et marquer fortement sa différence ?
Dès sa création, et grâce aux avancées arrachées par les nationalistes, l’assemblée a disposé d’un pouvoir d’adaptation et d’expérimentation dans le domaine législatif ; à deux exceptions marginales près, elle n’en a jamais fait usage. Pourtant, compte tenu des spécificités de son territoire et de son tissu socio-économique spécifique, les gouvernants successifs de la CTC auraient dû proposer des modifications importantes en matière de fiscalité, d’urbanisme, d’enseignement et de formation, de politique culturelle… Malgré ces avancées potentielles, la CTC est restée cantonnée en bon élève de la république à l’application du droit commun. Aujourd’hui, marquer sa différence passe par une redéfinition originelle du PEI avec sa transformation pour les sommes restantes (1 milliard d’euros avec les actualisations) en une véritable enveloppe globale de rattrapage historique et de remise à niveau. Cette enveloppe doit être mobilisable avec une planification exclusive de la CTC, sans intervention de l’État. Face à l’urgence, nous définirons nos priorités à l’assemblée de corse. D’autre part l’assemblée devra se positionner rapidement dans le cadre du projet constitutionnel de réforme des institutions. La revendication des nationalistes et plus particulièrement celle de Corsica Libera qui propose une refonte institutionnelle et constitutionnelle adossée à deux axes est inscrite dans le sens de l’histoire ; le premier axe avec une simplification administrative, une collectivité unique, la suppression des conseils généraux, une chambre des provinces chargée des politiques locales (ce qui est proposé actuellement pour la Guyane avec des districts), le second axe avec une mesure législative protectionniste et l’instauration d’une citoyenneté corse basée sur 10 années de résidence (ce qui a déjà été instauré en Kanaky) seront les seuls garants normatifs de l’intégrité de la Corse face à toutes les agressions spéculatives tant externes qu’internes. À défaut d’une règle globale prévaudra de manière inéluctable la règle du plus fort avec son florilège de passe-droits et de drames. Cette citoyenneté est à entrevoir au sens le plus généreux, au sens latin, tous ceux qui vivent ici, et non pas au sens jacobin et républicain que connaissent les Français.

Une régression significative des énergies renouvelables

Quelle serait, à votre avis la meilleure pertinence des choix énergétiques pour notre territoire ?
La Corse d’il y a vingt ans était un exemple de développement durable avec 75 % d’énergie renouvelable. Aujourd’hui, la Corse est l’un des plus mauvais élèves de la planète avec une régression des énergies renouvelables à 25 % et une progression à 75 % de l’énergie d’origine fossile. De mon point de vue, la Corse peut par un programme rationnel revenir à 75 % d’énergie renouvelable avec trois axes : mobiliser l’hydraulique à 40 % comme cela a été validé en 2007 par le bureau d’Ingénierie ISL sur commande de la CTC, mobiliser notre énergie biomasse à 20 %, (elle est inexploitée à ce jour alors que nos 400000 ha de forêt représentent un gisement de 250 000 tonnes d’équivalent pétrole), mobiliser les énergies douces à 15 % – avec pour le solaire une priorité à la production d’eau chaude – et pour l’éolien conformément aux orientations mondiales la mobilisation de ressources offshore. Le restant gaz sera à mobiliser à partir d’un approvisionnement maritime par méthaniers qui est le seul à garantir une rationalisation des approvisionnements que ce soit en termes de coût ou en termes de garantie de livraison. Je vous laisse apprécier l’incertitude qui guette un pays dont la seule ressource sera un fin cordon ombilical relié au « bouillant Maghreb ». Les interconnexions Italie-Corse serviront de secours.

Comment comprenez-vous la grogne des personnels territoriaux ?
Les personnels de la CTC subissent depuis plus d’un an les effets néfastes d’une réorganisation interne sans fin dont ils ne comprennent pas les objectifs. Logiquement, l’organisation et le fonctionnement des rouages administratifs doivent être indépendants d’un changement de majorité. Seul ce principe est le garant du bon fonctionnement et de la continuité de l’action publique. La société Corse est si petite qu’il n’y a place ni pour méfiance, ni pour défiance et encore moins pour des comportements inquisitoriaux. La grogne des personnels est légitime car ils sont pour beaucoup d’entre eux dans l’incompréhension. Les élus de Corsica Libera sont à leurs côtés pour exiger un retour à la sérénité ; cependant nous laissons aux seuls syndicats le soin d’entreprendre les démarches et les actions adaptées.

Quelles impressions tirez-vous du début du procès Colonna ?
J’ai assisté avec une délégation de Corsica Libera à une journée du procès, pour témoigner notre solidarité envers Yvan et sa famille. Nous étions présents lors du témoignage capital de M. Colombani, le seul témoin direct et celui dont personne ne peut mettre en doute la probité. Malgré le harcèlement durant plus de cinq heures du parquet, de la cour et de la partie civile, il a maintenu ses dépositions : il n’y avait qu’un commando de deux personnes et il ne reconnaît pas Yvan Colonna. Je ne suis pas juriste ; pourtant, sachant que deux personnes qui ont assumé l’acte sont condamnées à perpétuité, l’obstination de la justice à faire d’Yvan un coupable à tout prix me laisse dubitatif du droit équitable qui prévaut dans cette enceinte parisienne. Les Corses doivent rester mobilisés pour imposer une vraie justice.

La continuité territoriale est dévoyée de sa fonction d’origine

La Corse est malade de son système de transports. Comment en sortir ? Par le libéralisme débridé avec sa concurrence sauvage ou la régionalisation des moyens ?
La Corse reçoit une enveloppe annuelle de continuité territoriale de 185 millions d’euros. Cette somme, répartie en 2/3 maritime et 1/3 aérien, est dévoyée de sa fonction d’origine, la continuité territoriale. Elle doit être mobilisée exclusivement au profit des 300 000 habitants de l’île et des 1 200 000 tonnes de marchandise importées et 200 000 tonnes exportées. Une fois cette problématique rappelée, il est clair que la Corse doit se doter pour le maritime d’une compagnie publique propre comme elle l’a déjà fait pour l’aérien. Par ses prises de positons à l’assemblée de Corse, le groupe Corsica Libera a montré que seule une compagnie corse dotée de 6 à 7 Cargos mixtes et exclusivement aidée pour assurer le transport des marchandises et des Corses est de nature à résoudre le problème des transports maritimes.

On en est loin aujourd’hui…
Les compagnies privées (Veolia, Corsica ferries, CMN) sont des usurpatrices ; avec l’alibi du service public elles sont les spoliatrices de la Corse. Il faut imposer une séparation d’activité : d’une part une compagnie corse publique au service des habitants de l’île, sans monopole de destination et avec des lignes prospectives intereuropéennes vers l’Italie et la Catalogne ; d’autre part les compagnies privées qui auront la liberté d’organiser la desserte touristique sans aide. Les aides touristiques doivent directement être allouées au secteur touristique officiel et en finir avec le tourisme clandestin.

En raison de la violence, Bernard-Henri Levy a proposé un boycott du tourisme vers la Corse. Qu’en pensez-vous ?
BHL est plus un troubadour qu’un penseur éclairé. Il a pour référence à la Corse Jean-Toussaint Desanti, il est tout aussi loin de l’homme de lettres que du résistant qu’il fut. Lors d’une émission politique sérieuse, alors qu’il connaissait à l’avance les termes abordés, il a tenu des propos inadmissibles. Inadmissibles pour deux raisons à son niveau, la première parce qu’il est surprenant qu’il prône l’intervention internationale pour le peuple Libyen en lutte pour son émancipation et sa liberté et que pour les Corses il propose une politique faite de sanctions et d’isolationnisme ; la seconde parce que dans la même émission on ne peut pas se revendiquer de la culture du peuple qui a le plus souffert, qui a été victime tout au long de son histoire de ségrégation et de punitions collectives, et pour le peuple corse proposer une mesure collective d’exclusion et d’apartheid par rapport aux échanges mondiaux. En résumé, une grande gueule et une petite tête…

Source de l’article : http://www.corsematin.com/article/politique/laiguillon-nationaliste

Propos Recueillis Par Jacques Renucci

 

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