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Le président de l’Assemblée de Corse demande au gouvernement de réagir face à la violence du grand banditisme insulaire. Trois hommes connus des services de police ont été assassinés mardi en Haute-Corse à bord d’une voiture sur une route de montagne.Un nouvel épisode de violence qui porte à treize le nombre d’homicides depuis le début de l’année en Corse, dans ce qui est souvent présenté par les enquêteurs comme des règlements de comptes.

Les corps, criblés de balles, ont été découverts vers 15h par un automobiliste ayant aperçu la voiture dans un fossé près du pont de Castirla, un hameau de quelques dizaines d’habitants à 15 km de Corte, au centre de la Corse. Les trois victimes sont tombés dans un véritable guet-apens tendu sur une petite route sinueuse par plusieurs tireurs ayant utilisé des armes automatiques, sans doute pour stopper le véhicule, puis avec une arme de chasse de gros calibre pour les achever, a-t-on indiqué de source proche de l’enquête. Connus de la police et parfois condamnés, Jean-Pierre Colombani, Don Jean Gandolfi et Sébastien Mattei étaient âgés de 24 à 34 ans, confirmant la piste d’un règlement de comptes ou d’une vengeance entre familles dans le milieu du grand banditisme.

« Cet énième et tonitruant assassinat semble s’inscrire dans la série de règlements de comptes qui frappe le nord de l’île », a déclaré le procureur de la République à Marseille, Jacques Dallest, soulignant le « caractère organisé de ce guet-apens ». Le procureur de la République à Bastia, Dominique Alzéari, qui s’est rendu dans l’après-midi sur les lieux de l’assassinat en compagnie du coordonnateur des services de sécurité en Corse, Jean-François Lelièvre, et des membres de la Direction régionale de la police judiciaire, a souligné le caractère « exécutoire » de l’opération, ajoutant que « la violence de ces homicides et la répétition de noms de famille et de lieux dans divers dossiers d’assassinats » expliquait la saisine de la Juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Marseille, déjà en charge de nombreux dossiers de règlements de comptes liés au grand banditisme corse.

Un important périmètre de sécurité a été mis en place autour de la scène de crime, bouclée toute la nuit, longtemps survolée par un hélicoptère de la gendarmerie. La route a été fermée à la circulation, les investigations devant se poursuivre encore toute la matinée de mercredi. Les enquêteurs ont rapidement fait le lien avec le dernier assassinat par balles commis en Corse.

La thèse du règlement de compte entre deux familles cortenaises

C’est en tout cas l’une des pistes priviligiées des enquêteurs. Le 7 août, à Ponte-Leccia (Haute-Corse), un village également proche de Corte, l’un des principaux dirigeants présumés du grand banditisme insulaire, Maurice Costa, 61 ans, présenté par la justice comme un pilier de la bande bastiaise de la « Brise de mer », y avait été tué au fusil de chasse dans une boucherie. Une voiture calcinée utilisée par les tueurs, qui n’ont pas été interpellés depuis, avait été découverte peu après au pont de Castirla, théâtre du triple homicide de mardi. Le neveu de Maurice Costa, Florian, 30 ans, avait été assassiné en décembre 2010 à Biguglia, près de Bastia, à bord de sa voiture où se trouvaient ses deux enfants âgés de 8 mois et 5 ans. En février 2011, deux cousins, Antoine et Jean-Baptiste Mattei, avaient été tués par balles à Corscia (Haute-Corse), près de Castirla. Antoine était le demi-frère de Sébastien Mattei tué mardi. Ce double assassinat avait été présenté comme une vengeance de celui de Florian Costa. Quatre hommes avaient été mis en examen dans l’affaire de Corscia dont Maurice Costa, qui portait un bracelet électronique lors de son assassinat en août.

« Je demande instamment à l’Etat de prendre enfin la mesure exacte de la situation. A ce niveau de violence, le grand banditisme n’est pas l’affaire de la Corse, seule ».

Le président de l’Assemblée de Corse a demandé mercredi au gouvernement français de s’emparer « de toute urgence » de la question de la violence qui sévit dans l’île, après le triple meurtre mardi à Castirla (Haute-Corse) d’hommes connus des services de police. « Je demande instamment à l’Etat de prendre enfin la mesure exacte de la situation. A ce niveau de violence, le grand banditisme n’est pas l’affaire de la Corse, seule », a affirmé dans un communiqué Dominique Bucchini (Front de gauche) en demandant au gouvernement de s’emparer « de toute urgence de cette question ». « Il s’agit d’une nouvelle escalade dans la violence en Corse et cette accumulation de règlements de comptes est selon moi l’indice d’une évolution alarmante et d’une mutation redoutable de la criminalité », a assuré Dominique Bucchini. « Cette violence est vécue à l’échelle de la Corse comme une dérive dangereuse, d’autant plus que le sentiment d’impunité ne contribue pas à rassurer nos compatriotes », estime-t-il. Le président du conseil exécutif de la Collectivité territoriale Paul Giacobbi a aussi déclaré avoir interpellé mercredi le président de la République François Hollande sur cette question de la violence, lors d’une rencontre à l’Elysée des présidents de régions où s’était rendu Dominique Bucchini.

Treize hommes ont été assassinés et neuf tentatives d’homicides ont été enregistrées depuis le 1er janvier en Corse, généralement dans des affaires de règlements de comptes liés au grand banditisme. Vingt-deux homicides avaient été commis en 2011 en Corse, contre 17 en 2010 – pour 16 tentatives enregistrées contre 15 en 2010 – la moitié de ces affaires environ ayant été élucidées, avait indiqué la préfecture de l’île en début d’année.

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Par Grégoire Bézie (avec AFP)

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