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La crise économique s’installe et met l’Europe sous pression. La rentrée politique européenne est lourde d’incertitudes. Depuis trois ans, face à la crise économique, l’Europe pilote à vue, selon le vieil adage : «aide-toi et l’Europe t’aidera», avec l’espoir affiché par tous que la fin des turbulences sera suffisamment rapprochée.

Pour les uns, c’est la purge de l’austérité, pour les autres la participation à un fonds de solidarité, et, pour tous, l’espoir de réussir à «joindre les deux bouts» rapidement et à moindres frais. Pour ceux qui peinent à trouver un équilibre, la solidarité n’apparaît pas assez forte, et pour ceux qui garantissent les emprunts, c’est bien sûr le contraire. Et, comme la fin de la crise économique semble toujours différée, tout cela évolue inévitablement vers une crise politique, qui, si on n’y prend garde, peut aller très loin. Cette crise politique se cristallise avec la ratification du traité européen instaurant le MES (Mécanisme Européen de Stabilité), et sa contrepartie de retour obligé à l’équilibre des comptes publics. Signe que tout s’est inscrit jusque là dans le provisoire, le MES vient en remplacement du Fonds Européen de Stabilité Financière dont la disparition avait été programmée pour 2013.

2013 est arrivé ou presque, la crise est toujours là, et le MES, qui n’est plus un dispositif transitoire, doit passer par la procédure de ratification d’un traité européen. La fracture économique entre pays bénéficiaires et pays contributeurs se retrouve ainsi sur le terrain politique. Côté contributeurs, les déficits des pays en difficulté doivent cesser impérativement et rapidement, sinon ils craignent de devoir les financer sans fin. Côté bénéficiaires, la crainte est là d’un effondrement économique. Ils sont un peu dans la situation d’un cycliste essoufflé que l’on oblige à ralentir jusqu’à ce qu’il retrouve son souffle. Sauf que s’il ralentit trop, il finira par se casser la figure !

Tout ce débat se retrouve dans des chiffres abstraits pour l’opinion, mais aux effets concrets dans la réalité économique. Ainsi le chiffre «magique» de 3% de déficit des comptes publics préconisé par le traité de Maastricht, mais non respecté jusque là, y compris par la supposée très vertueuse Allemagne, est devenu l’objectif majeur des politiques européennes. Jusqu’à ce nouveau traité qui veut durcir encore cet objectif en le ramenant à 0,5%, ce qui, pour beaucoup des pays en crise, conduirait à «l’accident de vélo» décrit ci-dessus.

Ce durcissement est lié à deux réalités objectives. D’une part les réticences de plus en plus marquées des opinions du nord de l’Europe face à l’effort de solidarité qui leur est demandé, et dont, trois ans après le début de la crise, elles ne savent toujours pas de façon certaine jusqu’à quels niveaux cela peut les amener. Cette inquiétude perturbe les opinions publiques qui renforcent les partis populistes et qui se détournent de la solidarité européenne. D’autre part, la gouvernance majoritaire de l’Europe est depuis la dernière décennie très marquée à droite, surtout dans les pays contributeurs, où les partis au pouvoir font face au «siphonnage» de leurs électeurs par les partis de l’extrême droite populiste. Qui, pour leur part, redoublent de surenchère pour réclamer la fin de l’euro, ou même la fin de l’Europe tout court.

Le traité européen est le résultat de cette réalité politique contradictoire et peu porteuse pour l’Europe et son idéal de solidarité. Faut-il pour autant le rejeter ? Pour cela il faudrait mêler nos voix à celles des partis populistes, en France avec le Front National ou le Front de Gauche, et risquer de leur faire la courte échelle. Les conséquences seraient incalculables, économiquement, et politiquement car l’Europe entrerait alors dans une phase de décomposition durable.

À l’opposé, la ratification du traité n’en signifierait pas pour autant la fin de toute possibilité d’assouplissement ultérieur. Les évolutions politiques des mois à venir peuvent changer la donne dans plusieurs pays du nord de l’Europe, notamment l’Allemagne, comme cela a été le cas en France récemment.

La crise s’installant dans la durée, la gestion de la crise devra en faire tout autant, à condition bien sûr que la continuité de l’Europe soit assurée. Ne pas ratifier le traité serait prendre le risque maximum. Voter sa ratification ne sera certes pas très agréable, mais cela préserve l’essentiel, à savoir la continuité d’une politique européenne qui, malgré tout, a mis, et pourra continuer à mettre, à disposition de la Grèce, de l’Irlande, du Portugal, de Chypre ou de l’Espagne, et éventuellement d’autres encore demain, de quoi éviter une situation de faillite totale qui enlèverait toute stabilité politique dans une zone absolument cruciale pour l’avenir de tous les Européens, l’espace méditerranéen

Tel est l’enjeu de la ratification du Traité Européen. Il faudra voter pour.

François ALFONSI

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