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L’idée selon laquelle notre ministre de l’économie Madame Lagarde pourrait succéder à Dominique Strauss-Kahn fait son chemin et la plupart des pays européens l’ont quasiment désignée comme candidate tandis qu’en France beaucoup de voix, y compris celle de Martine Aubry, se font entendre en faveur de cette candidature. En, théorie, l’affaire est dans le sac : les Etats-Unis, l’Europe et les pays développés en général représentent plus de 55% des droits de vote au FMI.

En réalité, l’affaire est loin d’être assurée et même si cela réussissait, il n’est pas certain que cela serve véritablement les intérêts français. Madame Lagarde est une personne remarquable et même si je lui ai longtemps publiquement reproché, depuis l’automne 2007, de ne pas avoir vu venir la crise puis d’en avoir minimisé les dangers et les risques, elle a réussi à se faire une place dans les négociations internationales et à y défendre avec talent les intérêts français. Le fait que son mari soit d’origine corse et qu’elle aime manifestement beaucoup Bonifacio ne diminue pas ma sympathie à son égard.

Cependant, sa nomination se heurtera à la réticence des pays émergents et du tiers-monde qui représentent 44,7% des droits de vote au FMI et qui sont choqués de ce que l’Europe revendique une chasse gardée. Par ailleurs, la situation financière de la France fait que notre pays risque, durant le mandat du prochain directeur général, d’avoir besoin du FMI, tandis que tout de même ce qui s’est passé avec l’affaire Strauss-Kahn n’est pas un avantage pour notre candidate. Enfin, l’affaire Tapie, bien que j’exclus une incrimination possible de Madame Lagarde et que je trouverais logique que la Cour de Justice de la République ne la poursuive pas, risque d’être exploité défavorablement par les autres candidats.

De surcroît, et même si l’on peut douter de la capacité des pays émergents à s’accorder sur un même nom, il ne manque pas de candidats de grande qualité issus de ces pays : un singapourien dont le nom traduit l’origine indienne, un mexicain, un sud-africain, toutes personnes qui pourraient légitimement prétendre à rompre avec une tradition européenne pour la direction générale du FMI. On comprend dans ces conditions que le président de la République tarde à donner son feu vert car même si Madame Lagarde était nommée, les pays émergents ne le verraient pas d’un bon oeil, même s’ils ont probablement une bonne opinion d’elle en tant que personne, de telle sorte que d’une manière ou d’une autre, ils nous en voudraient.

Cette candidature est donc une fausse bonne idée.

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