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A la tribune des Ghjurnate di Corti, Jean-Guy Talamoni a révélé une véritable méthode de sortie de crise. A l’occasion de la trente et unième édition des Ghjurnate, il a été rappelé la solidarité politique avec les clandestins, le soutien aux prisonniers nationalistes et l’aspiration à l’indépendance.

L’ambiance était cependant loin de ressembler à celle tendue et défensive des années 1980 et 1990. Les sympathisants, les militants et les responsables affichaient un comportement « open » et une « positive attitude ». Lors de son discours de clôture, Jean-Guy Talamoni a d’ailleurs mis en exergue qu’avoir invité « les élus corses, dont les idées sont parfois très éloignées (de celles de Corsica Libera), et qui ont eu le courage politique d’être ici » représentait bien plus qu’un coup médiatique. Le leader indépendantiste a d’abord précisé que cette initiative était rendue possible par un contexte politique favorable : « Cette année, les Ghjurnate se déroulent dans une situation extrêmement particulière, puisqu’un espoir est né sur cette terre marquée depuis si longtemps par les échecs et par les drames. » Il a ensuite suggéré que le temps d’un consensus fondateur et salvateur était peut-être venu : « Si dice chì a rombu di pichja a petra rompe ». (…) Les autres responsables de l’île nous rejoignent aujourd’hui sur le constat, et même, souvent, sur les propositions. Depuis le début de cette mandature en 2010, un rapprochement des points de vue a pu être effectué. » Pour étayer cette vision optimiste, il a alors rappelé que des déclarations et des votes à l’Assemblée de Corse, avaient révélé que des élus de tous bords partageaient les grandes lignes des principales revendications nationalistes ; indiquant que le PADDUC présenté par Maria Giudicelli reprenait les orientations préconisées depuis longtemps par les nationalistes et que la nécessité d’une révision constitutionnelle était largement admise.

Une évolution stratégique

Les Ghjurnate 2012 ont aussi été marquées par une évolution stratégique. Egalement lors de son discours de clôture, Jean-Guy Talamoni a signifié aux autonomistes qu’il prenait acte de leur refus de constituer une force nationaliste de prise de pouvoir. Il a ainsi mis fin à une démarche de Corsica Libera ouverte lors des Ghjurnate 2011 qui – observant que 35% des électeurs corses avait opté pour le nationalisme en mars 2010 – préconisait une démarche de prise de pouvoir à partir d’un « programme commun », d’un découplage des finalités de chacun (autonomie, indépendance) et de synergies pouvant placer le nationalisme en situation d’être l’épicentre de toute évolution politique majeure.

Prenant acte que les autonomistes n’avaient pas manifesté l’intention d’aller en ce sens et précisant rester persuadé que « cette méthode aurait été la meilleure et que si les nationalistes avaient parlé d’une seule voix sur les principales questions, les choses seraient allé beaucoup plus vite », Jean-Guy Talamoni a donc indiqué qu’il convenait de se montrer réaliste : « Cette proposition ne convient pas au courant dit « modéré », dont nous aurions voulu faire un partenaire privilégié. Nous en avons pris acte » Mais il a aussitôt signifié que son mouvement disposait d’une stratégie alternative consistant à élargir le cercle des partenaires : « Nous avons donc décidé de procéder autrement, à savoir d’ouvrir des discussions, d’emblée, avec l’ensemble du paysage politique corse. Ces discussions sont actuellement en cours et nous comptons bien continuer à tenir toute notre place dans le débat sur l’évolution de la Corse. »

Il a par ailleurs ajouté que les indépendantistes, forts d’une légitimité fondée sur les suffrages obtenus, l’occupation des terrains de lutte depuis des décennies, les efforts déployés et les sacrifices consentis, ne renonçaient pas à peser sur les événements et à initier une solution politique : « Corsica Libera, sans doute davantage encore que les autres formations insulaires, est comptable de l’avenir des Corses sur cette terre. Nous en mesurons la responsabilité historique. C’est pour cela aussi que nous avons su tendre la main. Si nous ne l’avions pas fait, qui l’aurait fait ? »

Consensus corse pour convaincre Paris

Avec le réalisme, Jean-Guy Talamoni a prôné la maturité. « D’abord, considérant que cela mettrait toutes les chances du côté de la Corse, il a affirmé la nécessité du consensus : « Nous continuerons à œuvrer à la réconciliation de la communauté corse avec elle-même, mais aussi à la construction d’une solution politique. Le premier étage de cette construction sera bien évidemment le projet élaboré à l’Assemblée de Corse. »

En effet, selon le leader indépendantiste, seul un consensus gauche/droite serait de nature à éviter un blocage à Paris : « Le gouvernement français actuel risque de rencontrer une difficulté : l’arithmétique la plus élémentaire indique que ce gouvernement ne dispose pas des 3/5èmes du Congrès nécessaires à la révision de la Constitution (…) Aussi, un consensus intégrant la gauche et la droite s’avère nécessaire (…) Aussi, il est indispensable que l’ensemble des élus corses, y compris ceux de droite, soient pleinement partie prenante du projet de réforme, afin de convaincre Paris de la nécessité de tourner la page du conflit, en faisant droit à des exigences qui seront celles de l’ensemble des Corses. » Dans cette perspective, Jean-Guy Talamoni a d’ailleurs fait savoir que Corsica Libera demanderait à rencontrer les différentes formations politiques présentes en Corse et représentées au Parlement français. A suivre…

Pierre Corsi

http://www.jdcorse.fr/JDC2/Jean-Guy-Talamoni-Realisme-et

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