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Celui que les policiers considéraient comme l’un des cerveaux du FLNC était devenu la maire respecté d’un village du Cap Corse. Retour sur cet homme atypique dont la mémoire a été saluée par l’ensemble de la classe politique.

Une souplesse qui a poussé presque l’ensemble de la classe politique corse à lui rendre hommage lorsqu’il est décédé, à 69 ans, le 14 juillet dernier. De Jean-Christophe Angelini à Sauveur Gandolfi-Scheit en passant par Paul Giacobbi. Sans parler de ses anciens « camarades », Jean-Pierre Santini et Léo Batesti. Ceux qu’il fréquentait lorsqu’il est entré au FLNC, qu’il n’a pas créé mais qu’il a très vite rejoint, en 1976, alors qu’il était devenu représentant de commerce à Bastia. Pour en devenir non pas l’un des poseurs de bombes, mais un conseiller politique influent qui participait à la rédaction des communiqués de revendication. En assumant son rôle à la direction politique du mouvement. Pourtant, à l’époque, ce n’était pas facile pour lui puisque nombre de militants le soupçonnaient d’être une barbouze. Tout cela parce qu’il avait été coopérant en Afrique où, licencié en lettres, il était prof, et parce qu’il avait souvent un niveau de connaissance politique plus affiné que les autres. Et surtout, parce que, dans les années soixante-dix, le « mouvement » voyait des barbouzes partout.

Pourtant, lors des premières vagues d’arrestations de 1978, Stella, qui avait été « balancé » par plusieurs clandestins, lui, s’est tu. Ce qui a provoqué la colère des policiers qui, pendant de longues années, lui en ont voulu. Le prenant sans doute, vu son niveau intellectuel, pour le véritable gourou du FLNC, d’où, sans doute, sa mise à l’isolement à la prison de Fontainebleau et sa condamnation à une peine de 15 ans de réclusion au terme de sa comparution au procès des 21 du FLNC, devant la Cour de Sûreté de l’État, l’été 1979.

Après trois ans passés à Fleury Merogis, l’amnistie de 1981 aidant, comme les autres il a été remis en liberté. Persuadé que « l’action clandestine a ceci de pervers qu’elle donne un pouvoir incontrôlé », il est, petit à petit, devenu un militant nationaliste agissant dans la légalité. Tout en prenant la direction de la maison de la culture de Bastia, il devient directeur du journal nationaliste « U Ribombu » et, en 1984, élu territorial à l’Assemblée de Corse – qu’il abandonnera en 1985 – avec Pierre Poggioli et Dominique Gallet.

Après un nouveau séjour en prison, en 1987, en tant que directeur du « Ribombu », il recouvre la liberté en 1989. Mais les querelles entre nationalistes ont déjà débuté et, en 1990, Stella en vivra l’un des épisodes marquants lorsque après la scission entre les amis d’Orsoni et ceux de Santoni et Pieri, ces derniers voudront récupérer le « Ribombu » que Stella, toujours directeur, veut garder « indépendant » et représentatif des deux courants. Enfermé à l’intérieur du journal, il résiste à Pieri et Santoni, tout en appelant à la rescousse Alain Orsoni et ses amis qui débarquent et braquent tout le monde avant d’emporter le matériel nécessaire à la fabrication du journal. C’est la guerre avec, sur le plan légal, la création du MPA du côté d’Orsoni pour concurrencer la Cuncolta de Santoni et Pieri, et sur le plan clandestin, l’apparition du FLNC Canal habituel (MPA) qui s’apposera au FLNC Canal historique (Cuncolta). Yves Stella, lui, rejoint le MPA au côté d’un autre bastiais, Léo Battesti.

Il deviendra le directeur de « Paese », le journal du MPA. « A l’époque on faisait 54 pages par semaine à trois, se souvient Léo Battesti. Et Stella, qui nous étonnait toujours par ses capacités intellectuelles, en rédigeait la plus grande partie ». En 1992, Stella qui trouve le journal trop suiviste par rapport au MPA, démissionne de « Paese » et crée un autre journal : « Agora ».

En 1995, il devient maire de Morsiglia, dans le cap Corse, où il était né en 1942 et dont il était déjà conseiller municipal. Une activité qu’il exercera jusqu’à l’aube de sa mort dans le respect de ses administrés et de ses collègues de la région. C’est à ce titre qu’il était intervenu, il y a trois ans, aux Journées de Corte, en expliquant la difficulté qu’avait tout maire à faire valoir son « droit de préemption » sur les terres de sa commune convoitées par des promoteurs. À cette époque Stella avait déjà rejoint la direction des « modérés » du PNC (Parti de la Nation Corse) plus proche de l’évolution de ses convictions. Persuadé que les dérives mafieuses du nationalisme s’expliquaient par le fait que « la lutte armée avait précédé la représentation politique » il ne croyait plus beaucoup à la clandestinité. Mais toujours à la Corse qu’il n’a cessé de défendre toute sa vie.

Gilles Millet

Yves Stella sur Corsica Infurmazione – Unità Naziunale

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