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A la suite de la mise en minorité du Rinnovu au sein de Corsica Libera, un FLNC bis a fait son apparition. Décryptage. C’est la réponse du berger à la bergère. Ou le contraire si l’on pense que la bergère est plus faible que le berger. Le 9 juillet dernier, un « FLNC bis » a fait son apparition au cours d’une conférence de presse dans un maquis de Haute-Corse.

Une sorte de double apparent du FLNC qui avait revendiqué une série d’attentats le 21 juin dernier et accordé une interview à Corsica quelques semaines après (voir Corsica 154 de juillet 2012), avant de revendiquer, le 21 juillet, l’attentat contre le domaine de Ballistra.

Comment ne pas voir, au travers de cette prise de parole qui ne se veut pas polémique mais qui veut « donner une structuration plurielle au FLNC », une réplique clandestine aux divisions qui ont récemment marqué le mouvement public Corsica Libera ? Une bagarre interne qui, après les événements sanglants de la plaine orientale et leur suite, avait conduit aux départs des militants du Rinnovu de l’exécutif de « Corsica libera » (voir Corsica 150 de mars 2012). Et donc au retour en force, à l’intérieur du mouvement légal, des anciens de Corsica Nazione appuyés par les ex-clandestins du FLNC canal historique qui avaient un moment fusionné avec une frange du FLNC dit du 22 octobre. Ou plutôt avec ceux qui, en mai 2008, avaient revendiqué une série d’attentats sous le sigle « FLNC 1976 » avant de se fondre dans la nouvelle union clandestine annoncée en août 2009 à Corte. Une annonce qui, sur le plan de la clandestinité, suivait l’union qui avait été faite, sur le plan légal, entre Corsica Nazione et le Rinnovu.

Lorsque cette double alliance politique et militaire a explosé publiquement, en février 2012, lors de l’assemblée générale de Corsica Libera, les minoritaires du Rinnovu ont d’abord décidé de faire le dos rond avant de tenter de repasser à l’offensive, via les clandestins qui leur étaient proches. D’où évidemment la conférence de presse du 9 juillet…

Et si le discours du « FLNC bis », que leurs adversaires ont déjà surnommé le « FLNC canal light » est peut-être plus politiquement élaboré que celui du FLNC « normal », il est sur le fond assez proche. Même solidarité avec « les patriotes emprisonnés ». Même analyse sur la Corse « qui traverse une crise politique, économique, sociale et morale sans précédent ». Même dénonciation « des groupes financiers qui s’accaparent de pans entiers de l’économie ». Même inquiétude sur les « flux migratoires » venus du continent.

Avec, sans doute, une petite différence sur l’analyse de la violence insulaire avec « la délinquance vécue par une partie de la jeunesse comme une promotion sociale », et des considérations sur « la consommation de la drogue » et « le nombre d’assassinats inégalé en Europe proportionnellement à la population ».

Le tout mâtiné d’une sorte d’appel au dialogue lancé aux « frères patriotes » modérés de Femu a Corsica, priés de « couper avec leur posture pragmatique et électoraliste ». Comme ses rivaux, ce FLNC conclut sa démonstration par une adresse au nouveau Président de la République qui, avec son gouvernement, « a la possibilité de commencer une ère nouvelle de partenariat ». À condition de s’engager sur plusieurs points : « Reconnaissance officielle du fait colonial français en Corse, ouverture d’un processus permettant à terme l’exercice des droits du peuple corse, révision constitutionnelle pour l’octroi de moyens structurels et juridiques donnant aux Corses la maîtrise démographique, foncière et économique ». Sans oublier « la citoyenneté corse, un code des investissements, un statut officiel de la langue corse » et, évidemment, « la libération de tous les prisonniers politiques corse ».

Pour le reste, pas de différence entre les deux FLNC, même si le dernier venu affirme que « le FLNC n’a plus à être ni une direction politique ni une avant-garde du mouvement national et de son fonctionnement ». Ce qu’il ne s’applique pas à lui-même puisque sa conférence de presse prouve qu’il agit « en avant-garde » de ses amis du mouvement légal.

Tout cela apparaît bien confus, mais démontre que des deux côtés de la frange nationaliste indépendantiste, ce sont les clandestins qui ont repris la main dans les mouvements. Alors qu’il y a plus de 20 ans, les anciens du FLNC, après avoir décidé de laisser la direction du mouvement à sa représentation légale, avaient finalement décidé de se saborder. Comme si la frange radicale du nationalisme opérait un retour en arrière pour le moins inquiétant.

Reste maintenant à savoir si ce retour sur le devant de la scène des minoritaires de Corsica Libera, via la clandestinité, restera une opération purement politique ou sera suivi d’opérations militaires. Même si leurs adversaires en doutent, au regard de leurs moyens en hommes et en matériel, tout reste possible. Surtout à l’approche des journées nationalistes de Corte.

 Gilles Millet

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