X

En rejetant le pseudo PADDUC de la précédente mandature, les forces progressistes, politiques et citoyennes de notre île ont d’ores et déjà dit clairement ce que les Corses ne veulent pas pour les 30 ans à venir. Parallèlement, ils ont ainsi dessiné, au moins en creux, les grandes orientations du futur Padduc.

À savoir :

– rejet de la notion d’économie « résidentielle »

– rejet de la notion de « tourisme de masse » et des phénomènes de dépossession au détriment de la valeur de la terre et du bien-être de la population corse.

– refus d’un aménagement du territoire et d’un développement ciblés sur le littoral au détriment de l’intérieur de l’île

– refus du déséquilibre dû au fort pourcentage de résidences secondaires par rapport aux résidences principales (population permanente) et nécessité de tenir compte de la capacité d’accueil du territoire

– attachement à la défense et la mise en valeur de l’environnement, qui ne doit pas être un secteur de plus mais bien un atout central à intégrer à toutes nos politiques

– attachement à la langue et à la culture corses, valeurs « piliers » de tout projet de développement

– attachement à l’équilibre des territoires (littoral /montagne ; territoire urbain /ruralité ; nord/sud)

– attachement à  l’agriculture insulaire et  à  ses savoir-faire et volonté de bâtir  une économie productive basée sur nos richesses agricoles, agro-alimentaires et artisanales notamment.

Femu a Corsica souhaite que ces orientations de principe soient actées comme principes généraux du futur PADDUC.

Au plan politique, nous veillerons bien sûr à ce que cette volonté largement exprimée de notre peuple ne soit pas remise en cause.

Rappel du débat de « cadrage »

De même, le « pré-débat » qui nous a occupé au titre du texte de cadrage du PADDUC a permis d’acter plusieurs points que nous voulons rappeler ici.

Lors de la session des 16 et 17 décembre 2010, en effet, conformément à la loi, nous étions consultés sur les modifications à apporter au projet de Loi.

Le groupe Femu a Corsica a été particulièrement actif dans ce débat et fait plusieurs propositions d’amendements :

– adopter une échelle de 1/25.000ème  pour la cartographie des lieux sensibles : espaces remarquables, espaces proches du rivage, espaces agricoles… (art. 1er 3ème alinéa).

– faire acter le caractère d’opposabilité du Padduc, y compris pour les cartes communales (non prévues au projet du gouvernement) (art. 2 2ème alinéa).

– prendre en compte les cartes Agripast et Amendier dans la cartographie des espaces agricoles (en conformité avec la volonté des acteurs du terrain).

– prendre en compte les risques environnementaux (amiante, radon etc) en se basant notamment sur le rapport Anses n° 2007-SA-408 (art. 3 1er alinéa), mais aussi le PPRI, le PPRIF, les risques climat et montée du niveau marin, les risques éboulements etc…

– associer aux réflexions sur l’élaboration du Padduc le CRPF et les associations de défense de l’environnement (art. 3 2ème alinéa).

Après de nombreux débats en commission, l’Exécutif territorial a intégré nos propositions.

Notamment, le caractère d’opposabilité du Padduc, étendu à tout document d’urbanisme, a été affirmé, ainsi que la nécessaire prise en compte des risques environnementaux, ou encore l’adoption des cartes Agripast et Amandier (intégrée à la feuille de route concernant la politique foncière).

De même, il a été acté que la cartographie sera adaptée à la stratégie de développement durable du territoire avec une échelle différenciée fixée par délibération de l’Assemblée de Corse.

Le texte amendé a été adopté à l’unanimité par l’Assemblée de Corse, puis par l’Assemblée Nationale (après  le processus de « navettes parlementaires ») et la Loi relative au PADDUC a été publiée au Journal Officiel le 5 décembre 2011 (n° 2011-1749).

Importance de la cartographie

Le débat sur la cartographie est évidemment essentiel. Pour Femu a Corsica, il est consubstantiel d’un débat général apaisé et conditionne l’application correcte des orientations que nous prendrons dans le futur PADDUC.

De la cartographie en effet, dépend par exemple la délimitation des terres agricoles, des espaces proches du rivage, des espaces remarquables. Un échelle grossière ne nous permettra pas d’échapper aux problèmes concrets qui se sont déjà posés, et notamment aux multiples procédures judiciaires qui conduisent à l’annulation de PLU.

Seule une échelle la plus fine possible pour ce type d’espace permettra de garantir leur caractère incontestable, et par suite une application effective du PADDUC.

Femu a Corsica reste attachée à l’adoption d’une échelle suffisamment précise pour éviter toute polémique sur la définition du zonage et demande donc soit une cartographie au 1/25.000ème soit que les cartographies soient fournies sous la forme de fichiers numériques SIG ce qui permettra une utilisation optimale à l’échelle adéquate.

Le Padduc comme première concrétisation majeure du pouvoir d’adaptation législative et réglementaire

La compétence d’écrire un PADDUC, et de l’écrire de manière largement concertée, est un pas en avant considérable pour notre Collectivité qui n’a pas su jusqu’ici s’emparer de cette chance.

Nous sommes désormais mis face à nos responsabilités. Pour Femu a Corsica, qui prône un pouvoir législatif et réglementaire de plein exercice et la responsabilisation des Corses dans tous les domaines de notre vie collective, c’est une occasion qu’il ne faut pas manquer.

Le statut particulier de la Corse organise un « droit d’expérimentation législative ou règlementaire » qui, lui aussi, a été totalement sous-utilisé jusqu’ici.

La définition et l’adoption du PADDUC sont une première concrétisation de ce droit en bien des domaines indispensables à l’épanouissement culturel, économique et social de notre pays.

Nous devons donc collectivement nous hisser à la hauteur de cet enjeu.

En matière de foncier, de langue, de transports, d’environnement, de santé, d’agriculture, de tourisme, de nos rapports avec l’Europe, d’organisation de la carte scolaire, et dans bien d ‘autres domaines encore…, la Corse doit pouvoir définir et mettre en œuvre les règles conformes à ses intérêts.

Pour ce faire, certaines mesures supposent une modification de la Constitution dont nous débattons au sein de la Commission des compétences législatives et réglementaires (reconnaissance juridique du peuple corse, coofficialité de la langue, statut de résident…). Certaines autres nécessiteront l’application de notre « droit d’expérimentation et d’adaptation ».

Nous devons mettre en œuvre les mesures qui permettent à la Corse d’exploiter ses richesses, à son peuple d’en vivre, d’en jouir et d’en être collectivement responsable. Pour réussir, nous devons inventer un modèle politique progressiste et moderne menant à des évolutions audacieuses, adapté aux réalités d’aujourd’hui et à même d’anticiper sur celles de demain.

Ce préambule effectué, notre contribution s’organisera autour de trois grands chapitres :

–          les orientations structurantes du PADDUC (I) ;

–          les déséquilibres que le document doit viser à faire disparaître (II) ;

–          La déclinaison des secteurs concernés par celui-ci (III).

I. LES ORIENTATIONS STRUCTURANTES DU PADDUC

A – La prise en compte du contexte mondial

Lorsqu’on aborde la problématique de l’élaboration du PADDUC il est primordial de l’apprécier dans un contexte mondial, qui conditionne nécessairement notre réflexion et nos choix : nous devons certes nous attacher à bâtir une société plus juste, plus humaine et plus dynamique pour le peuple corse ; nous ne pouvons le faire efficacement qu’en intégrant notre lutte dans l’action d’ensemble menée face aux grands défis qui se posent à la planète.

Nous avons donc le devoir d’anticiper sur ce qui affectera inévitablement et durablement la Corse comme l’ensemble des territoires dans le monde du fait de facteurs désormais incontournables que sont le bouleversement climatique et les événements qu’il induit, tels la montée du niveau des mers et des océans, la baisse des nappes phréatiques et leur salinisation, l’accroissement des périodes de sècheresse, l’assèchement des rivières, les pluies torrentielles etc.

À plus long terme nous devons intégrer l’évolution de la démographie mondiale qui à l’horizon 2050 atteindra  9 milliards d’individus. Pour la Corse aussi – longtemps la moins peuplée des îles méditerranéennes  –  la courbe démographique s’est désormais inversée. Et cette problématique doit être anticipée sur le plan de l’aménagement du territoire et du développement durable, mais aussi sur le plan des mutations sociales et culturelles que cela induit.

De même, le contexte économique de crise française, européenne et mondiale qui impacte sensiblement notre économie est une donnée majeure.

En nous projetant pour les 20 ou 30 années à venir à travers un Padduc, nous devons concevoir un développement qui prend par exemple sa part dans la lutte contre le réchauffement climatique, mais aussi qui préserve au mieux notre terre et notre peuple de ses conséquences déjà irréversibles. Il va nous falloir apprendre à gérer nos ressources sur un temps long.

Les efforts qui seront ainsi fournis permettront aux générations qui viennent de mieux vivre les bouleversements qui s’annoncent.

Le littoral, par exemple, est un enjeu pour le monde. A fortiori pour la Corse et ses plus de 1.000 kilomètres de côtes, au cœur du bassin méditerranéen.

Il nous faut être inventifs et courageux. Il est  non seulement indispensable de faire respecter la loi littoral, mais il faut aller plus loin et oser nos propres dispositions afin de nous adapter aux zones à risques. Serions nous capables par exemple d’interdire les constructions sur le littoral, hors continuité de l’existant, au moins durant un moratoire de 10 ans, ceci afin de permettre la mise en place d’une politique foncière adaptée dans un contexte dédramatisé du « problème corse », de réorienter le développement vers l’intérieur, et de rééquilibrer ainsi entre littoral et intérieur nos choix de développement et d’aménagement ?

B- Rayonner dans notre environnement européen et méditerranéen

Il nous paraît indispensable de replacer l’élaboration du PADDUC dans une perspective européenne et méditerranéenne. Le futur PADDUC devra notamment appuyer ses orientations sur les politiques européennes en matière de développement durable et d’environnement ;  Il devra également faire l’objet pendant sa phase d’élaboration, d’une analyse comparée sur ce qui se fait dans ce domaine dans les régions méditerranéennes (Sardaigne, Sicile, Catalogne, Toscane … ).

Un PADDUC uniquement corso-centré ignorant de tout l’environnement géopolitique (crise systémique de l’économie libérale, crise écologique, problématique de l’après-pétrole et nécessité de circuits courts, enjeu de l’eau…) serait condamné à l’inefficacité et à l’échec.

FEMU A CORSICA propose l’organisation d’un colloque sur le thème du développement durable et de l’aménagement, invitant des exécutifs régionaux méditerranéens  (peut-être aussi contact avec l’embryon de l’Union pour la Méditerranée ?) ; en y associant très étroitement le CESC. Ce colloque compléterait utilement la consultation publique.

Le développement durable est certes le support d’un modèle de développement endogène mais aussi exogène.
l’analyse comparée est également gage d’efficacité, soit qu’elle permette d’identifier les concurrences éventuelles, soit qu’elle permette de préparer les nécessaires complémentarités avec les régions et pays voisins, dans des domaines stratégiques.

C – Compenser les handicaps naturels et historiques

La problématique démographique de la Corse doit être anticipée sur le plan de l’aménagement du territoire et du développement durable, mais aussi sur le plan des mutations sociales et culturelles induites (dépossession, acculturation…). Le paradoxe réside dans la faiblesse de la densité démographique et le déséquilibre entre zones rurales dépeuplées et pôles urbains sous pression spéculative.

« Une montagne dans la mer » : l’expression peut paraître galvaudée mais l’éloignement, l’insularité, le relief montagneux de la Corse, son sous-développement chronique, entraînent des difficultés importantes dans les échanges intérieurs et un besoin considérable d’équipements structurants (réseaux de voirie, d’alimentation en eau, difficultés de transports, réseaux électriques et télécommunications…). D’autant, comme nous le disions plus haut, que le monde est entré dans une période de crise économique appelée à durer.

Une politique de massif incluant un cadre fiscal et règlementaire dérogatoire est à envisager sur l’ensemble de la Corse

Au niveau macro-économique, on constate une forte distorsion entre une économie faiblement industrialisée et un secteur tertiaire très important (tertiarisation des emplois, dépendance vis-à-vis des importations).

La formation des hommes et les emplois offerts n’offrent pas les débouchés nécessaires à une jeunesse en mal être, souffrant de plus en plus de la précarisation et à la recherche de son identité.

Une assemblée territoriale, ses offices et annexes, deux départements, 360 communes, des établissements publics intercommunaux… une multitude d’élus… et toute la panoplie des administrations d’Etat, dans l’attente d’une réforme administrative, cette sur-représentation administrative induit de nombreux chevauchements de compétences, tout cela pour une efficacité limitée.

Les moyens financiers devant permettre à l’Assemblée Territoriale de combler les retards structurels sont limités malgré une épargne privée considérable (10-12Md€). La diaspora a des capacités en capitaux financiers et humains importantes mais difficiles à mobiliser. Le PEI offre des réponses mais reste largement inadapté et insuffisant.

Le PADDUC est une réponse stratégique fondamentalement politique. Il ne doit pas être le Cheval de Troie de la dépossession et de la spéculation.

Ce document a vocation à décliner notre vision collective, à nous Corses, de nous emparer de ce qui doit être le développement économique, social, culturel et territorial d’un pays à l’échelle d’une génération.

D – Préserver les terres agricoles et forestières

Un point sur lequel nous voudrions insister plus particulièrement est le recul des terres agricoles. Le monde va connaître une évolution profonde et inéluctable de l’agriculture et des écosystèmes. L’accroissement de la population mondiale entraîne une demande croissante d’espace au détriment des terres agricoles.

Ce problème est gravissime car à échéance de moins de 25 ans ces terres manqueront. En Corse, chaque jour nous voyons émerger de nouvelles demandes qui conduisent à sacrifier des terres à fortes potentialités agronomiques pour répondre à une urbanisation galopante des espaces périurbains notamment, tandis que la déprise agricole dans l’intérieur nous incite à promouvoir une gestion collective des terres non titrées (associations foncières)

Cela pèse déjà fortement sur notre économie (tertiarisation) alors qu’il faudrait valoriser les savoir faire de nos agriculteurs et transformateurs dans les différentes filières insuffisamment encore présentes sur l’île et mal exploitées. Avec les problèmes des transports et la nécessité de raccourcir les distances (crise des énergies fossiles), faire venir des productions du bout du monde sera de plus en plus difficile et de plus en plus cher. Nous nous devons d’anticiper.

Lutter contre le phénomène d’artificialisation des terres agricoles, à l’instar de tous les pays du Bassin méditerranéen doit être une des priorités du futur PADDUC.

Il faut acter le principe de l’inaliénabilité des terres agricoles et en acter le recensement cartographié.

C’est pourquoi, par exemple, notre groupe propose d’intégrer le concept de « zone de protection agricole » qui réservera les terres indispensables à relever les défis alimentaires et obligera les collectivités, au premier rang desquelles la Collectivité Territoriale de Corse, à mettre la priorité sur le secteur agricole, à revaloriser ses métiers et à impulser une économie tournée vers nos richesses ancestrales : l’homme et la terre.

Il faut mettre en adéquation les productions agricoles et la demande locale : cultures de base pour limiter l’importation des produits fondamentaux (maraîchage, agrumes, blé…).

Lancer un Plan de réduction des pesticides, tant pour l’agriculture que pour les jardiniers amateurs, l’horticulture, les collectivités…

De même, comme il est fondamental de préserver les espaces agricoles, il est tout aussi important de veiller à la préservation des espaces forestiers, autre pilier de la renaissance de la ruralité et d’une politique de développement durable.

La Corse est l’île la plus boisée de Méditerranée. Encore une richesse quasiment inexploitée ! 55 % de la superficie corse est couverte par la forêt (cf la cartographie des potentialités agricoles et forestières de Louis Amandier, dans le schéma agro-sylvo-pastoral tracé par la Sodeteg). 78 % de cette superficie est privée. La prise en compte des propriétés forestières privées est indispensable dans la bonne gestion de notre espace rural.

Les forêts représentent des réservoirs de biodiversité et jouent un rôle majeur dans la régulation du climat, la protection des sols de l’érosion, l’amélioration de la quantité et de la qualité des eaux. Outre ces aspects environnementaux, les forêts font l’objet d’enjeux sociaux majeurs par les emplois directs ou indirects que les activités forestières génèrent et par le bien-être que procurent ses paysages. Enfin, elles peuvent être une source de développement économique des territoires, et notamment des territoires ruraux, par la mise en valeur des produits forestiers.

Or, on assiste à l’abandon croissant des activités forestières et à la baisse générale de la valeur ajoutée des produits forestiers qui ne trouvent plus de débouché et n’incitent donc plus les propriétaires à gérer convenablement leur patrimoine. Il faut impulser une véritable politique forestière dans le cadre du développement durable que nous appelons de nos vœux.

Enfin, nous devons porter une attention particulière au problème de l’eau. Il n’est plus possible de laisser partir cette richesse à la mer ou de considérablement la gâcher du fait de la pollution des décharges sauvages, des élevages anarchiques, ou des constructions sans assainissement. Il faut adopter une véritable politique de gestion de l’eau, d’adaptation aux changements climatiques et de formation (agriculteurs, décideurs).

De même, l’eau doit rester un bien public.

E – Pour un PADDUC « citoyen »

Ce Padduc doit être l’occasion pour les Corses de dépasser leurs clivages et de maîtriser leur destin.

La méthodologie d’élaboration et la consultation citoyenne permettront-elles de dégager un large consensus ?

La transformation en profondeur, à laquelle nous aspirons tous pour notre peuple, doit redonner du sens et de la légitimité à toutes les actions publiques, qu’elles soient politiques, associatives, syndicales, etc.

Femu a Corsica réclame un PADDUC « citoyen », au plus proche des acteurs et des territoires.

La participation la plus large des Corses aux choix fondamentaux qui les concernent est indispensable. Le retard déjà pris dans le processus visant à préparer le débat d’orientation préalable à l’élaboration du Padduc  ne doit pas sacrifier cette consultation citoyenne pour des raisons de calendrier.

Le PADDUC est appelé à devenir le document de programmation de référence. Une continuité de consultation publique et experte durant tout le temps de sa réalisation est nécessaire. Elle a conduit l’Exécutif à mettre en place des concertations larges, telles les assises du littoral, ou les assises du foncier. Ces consultations se poursuivent dans la consultation citoyenne actuellement en cours. C’est une bonne chose et il faut à notre sens veiller à ce que tous les acteurs s’expriment.

De même, nous pensons que dans le processus prévu de révision du PADDUC, ces mêmes consultations doivent perdurer.  De sorte à conduire à une véritable appropriation par la population des grands choix que nous serons amenés à faire et à appliquer, aujourd’hui comme demain.

 

II. Des déséquilibres à faire disparaître

Le PADDUC, dans tous ces choix de développement et d’aménagement du territoire, doit veiller à contenir trois grands déséquilibres :

A – Les déséquilibres démographiques, sociaux et sociétaux

Il y a nécessité absolue de définir et mettre en place la notion de citoyenneté de résidence pour conserver la maîtrise du foncier ; d’obtenir la reconnaissance juridique du peuple corse afin de garantir le respect et la prise en compte de nos intérêts collectifs ; de placer au cœur de notre projet de société la langue et de la culture pour créer du lien social, produire des corsophones, permettre l’intégration effective et réussie des nouveaux arrivants.  L’objectif étant de construire une société naturellement bilingue par une politique volontariste et le statut d’officialisation pour faire de la langue corse le ciment commun à chaque individu vivant sur cette terre.

De même, la solidarité doit être un objectif du PADDUC, dans l’équilibre des territoires comme des populations (principe de subsidiarité, équité, lutte contre la précarité, répartition démographique entre littoral et intérieur, politique de reconquête de l’habitat rural en déshérence, équipements de proximité,  etc…). Notre projet de société ne doit laisser personne au bord du chemin. La solidarité est une priorité pour Femu a Corsica, car c’est un élément déterminant pour construire une société plus juste.

B – Les déséquilibres environnementaux : préserver nos richesses environnementales et notre cadre de vie exceptionnel suppose la prise en compte des défis planétaires avec la lutte contre le réchauffement climatique (montée du niveau des eaux et redéfinition du trait de côte, sècheresse, incendies…) ; la mise en place de mécanismes auto-protecteurs pour lutter contre la spéculation foncière et les phénomènes de dépossession ; la programmation du développement de manière spatial également avec ses répercussions sur l’organisation de l’habitat, les transports, la répartition des infrastructures…

L’aménagement du territoire doit s’appréhender aussi sous la forme de l’économie des réserves foncières, de la préservation de la biodiversité et des trames écologiques. Nous suggérons la mise en place d’une stratégie régionale pour la biodiversité.

C – Les déséquilibres économiques et territoriaux : sortir de la dépendance économique en réduisant le déséquilibre entre l’économie de production et les services ; veiller aux grands équilibres territoriaux, littoral/montagne, urbanité/ruralité) ; afficher la volonté d’un « avenir agricole » en luttant contre la disparition de  l’agriculture de proximité et des savoir-faire ancestraux ; ce qui implique de vrais choix de développement, de se pencher sur la problématique de l’eau, d’inventer une nouvelle approche du secteur touristique (de manière valorisante et non pas contraignante), de promouvoir nos atouts dans le domaine agro-alimentaire ou de l’artisanat, d’impulser une véritable économie de production avec la volonté de produire localement ce que nous sommes en capacité de consommer ou de faire consommer par le tourisme…

De même, gommer les déséquilibres économiques, c’est aussi, jouer la carte des nouvelles technologies pour mettre à égalité nos différentes régions (la Corse doit se projeter comme un territoire pilote du fait de sa géographie éloignée) ; afficher l’objectif d’autonomie énergétique y compris au niveau de la production microrégionale (ENR éolien, solaire-toit, minihydraulique) ; viser le rayonnement économique et culturel au cœur du bassin méditerranéen : prendre le leadership des coopérations inter îles… ; affronter la problématique « transport » de manière offensive (autoroutes de la mer, continuité territoriale européenne, le train comme vecteur de développement et de liaison des territoires…), développer les activités tertiaires, reconquérir la ruralité (tourisme vert ou tourisme culturel) etc…

« Grandes infrastructures, tourisme, aménagement de l’espace, transports…le Padduc doit définir dans les principes la localisation des grandes infrastructures et des grands équipements. Il fixe les objectifs du développement économique, agricole, social, culturel et touristique de l’île et ceux relatifs à la préservation de l’environnement. Il définit les orientations fondamentales en matière d’aménagement de l’espace, des transports dans une approche multimodale, de valorisation des ressources énergétiques, de protections et de mise en valeur du territoire » (cf site CTC).

Ces missions, confiées par la loi, doivent se décliner dans le cadre des trois grands objectifs définis plus haut (contenir les déséquilibres démographiques, environnementaux, économiques).

Ainsi, on ne peut pas à la fois donner la priorité à une économie de production tout en sacrifiant par ailleurs les meilleures terres agricoles aux infrastructures du tourisme. On ne peut viser l’excellence environnementale sans préserver nos sites les plus emblématiques.

De même, on ne peut veiller aux grands équilibres territoriaux et parler de « développement durable » sans mettre la priorité sur une desserte efficace de nos transports intérieurs et extérieurs. Ou encore vouloir maîtriser la problématique foncière en restant soumis aux lois du marché de la spéculation et ne pas se donner les mécanismes juridiques et techniques indispensables pour les réguler.

III La déclinaison des secteurs ayant vocation à être intégrés dans le PADDUC

 

 

A – La méthode

Chaque chapitre est à décliner selon la méthodologie suivante que nous ne détaillons pas ici et qui fera l’objet de débats, mais cela nous semble évident qu’il faut procéder avec une approche en cinq points :

  1. Diagnostic de territoires
  2. cartographie thématique
  3. objectifs visés
  4. outils à mettre en œuvre
  5. évaluation des politiques

 

B – Le fond

Cette contribution n’a pas vocation bien sûr à se substituer au PADDUC lui-même, tant du point de vue de la méthode que du fond des propositions – mais aspire à convaincre notre Assemblée sur les grands enjeux à prendre en compte et les principales orientations à arrêter.

Aussi, nous nous contenterons de rappeler en termes généraux chacun de ces grands enjeux, en résumant le plus brièvement possible pour chacun d’entre eux l’état des  lieux,  les objectifs recherchés et les mesures et/ou outils à mettre en œuvre.

Les débats qui nous ont portés jusqu’à ce jour résument en effet nous semble-t-il les « priorités » du peuple corse :

–          foncier

–          identité (langue et culture)

–          transports

–          logement

–          énergie

–          eau

–          déchets

–          précarité

–          développement pérenne

Cette liste n’est bien sûr pas exhaustive.

Foncier

Etat des lieux :  dépossession (multiplication des ventes au profit d’acquéreurs extérieurs), spéculation effrénée (plus values importantes), hausse des prix (loyers, terre), non respect des règles d’urbanisme, développement anarchique, croissance exponentielle des résidences secondaires (de 6.000 en 1968 à 71.000 en 2007 ; combien aujourd’hui et combien au jour de l’entrée en vigueur des dispositifs de contention.. ?), indivision et  bâti à l’abandon, disparition des terres agricoles, utilisation insuffisante des outils fiscaux existants…

Objectifs : maîtrise et réappropriation de la terre pour et par le peuple corse ; priorité à la conservation de notre potentiel foncier agricole et de nos sites les plus sensibles ; prise en compte de la modification du trait de côte à venir…

Mesures : Reconnaissance juridique du peuple corse et statut de résident (lutte contre la dépossession) ; généraliser l’adoption des documents d’urbanisme ; encourager le regroupement de l’usage des terres à travers la création d’associations foncières (gestion collective du foncier non titré) ; obtenir le transfert de la compétence fiscale (taxation des plus values, définition des droits de successions dans l’esprit de l’Arrêté Miot, taxation du gel des terres agricoles, exonération de taxes des terres louées aux agriculteurs, taxation des résidences secondaires (hors statut résident ou ascendant de propriétaire) ; contribution participative à la gestion des grands sites, revalorisation des espaces agricoles, restitution des terres par les grands groupes)…

Instauration d’un fonds foncier corse et élargissement des réserves foncières publiques ;optimisation du fonctionnement des outils techniques de maîtrise du foncier rural (Safer, Odac, futur Etablissement public foncier territorial, agence de l’Urbanisme) ; mise en application de la loi sur les terres incultes ou manifestement sous exploitées ;

Ouvrir la possibilité à la Collectivité Territoriale de racheter les terres, par le biais d’un financement mixte (CTC-Fondations-épargne populaire) pour les mettre à disposition des agriculteurs souhaitant s’installer ; ou encore d’identifier l’habitat abandonné pour contraindre ou inciter les propriétaires soit à restaurer leur bâti, soit à le céder aux communes sur la base d’estimation des domaines ; constitution de réserves foncières par les communes par leur droit de préemption sur toute vente de terrain bâti ou non bâti etc…

Adoption des cartes Agripast et Amandier sur les potentialités agricoles des territoires ; prise en compte des espaces remarquables (expertise scientifique des atlas) ; augmentation de la bande littorale des 100m en fonction de la géographie et des risques environnementaux (prévenir la modification du trait de côte) ;

Mécanismes de subsidiarité (gommer les déséquilibre économiques entre territoires mitoyens du fait de choix de développement différents)…

Identité

Etat des lieux : perte de la langue et des repères culturels, désintégration du corps social, montée des communautarismes, perte de sociabilité et de dynamisme économique, …

 

Objectifs : riacquistu , notamment auprès des jeunes générations ; retrouver le « prestige de la langue », « fabriquer » des Corses ; faire du « peuple corse », communauté de destin, le cœur de cible du développement économique de la Corse.

 

Mesures :  coofficialité de la langue ; office de la langue et de la culture corses aux pouvoirs et moyens conséquents ; renforcement des moyens audiovisuels (une vraie télé corse sur lesquels bâtir non seulement un outil au service de la langue, mais aussi une vraie filière de développement économique) ; renforcement de la formation des enseignants ; développement de la formation pour adultes ; soutien à un maillage associatif dynamique avec une intervention sur la coordination de toutes les actions de terrain ; intégration de la langue et de la culture corses à tous les programmes sociaux ; faire de l’identité, non seulement un lien intergénérationnel et interculturel mais aussi un atout économique et social, un « outil » du développement de la Corse…

Retrouver notre identité, c’est aussi réapprendre la langue des pierres, du bois, des métaux, des paysages, des forêts, des maquis… bref de notre terre, de notre culture et de nos savoir faire…, c’est savoir que l’òpara ou l’aiutu sont des pratiques d’entraide pour réaliser ensemble des constructions, pour moissonner, pour récolter, retrouver ces pratiques de la vie quotidienne…

Transports

Etat des lieux : aucune maîtrise ; surcoût exponentiel pour la collectivité ; surcoût exponentiel pour l’usager ; dérives de l’enveloppe de « continuité territoriale » ; intérêts des grandes compagnies qui supplantent les intérêts du peuple corse ; sur-équipement de l’île en ports et aéroports ; gâchis d’argent public…

Objectifs :  maîtrise des transports et de leurs coûts ; redéfinition des objectifs afin de soutenir le développement économique ; allier rentabilité et service public ; viser l’étalement de la saison touristique…

Mesures : redéfinition des objectifs et des moyens ferroviaires : objectifs réduction de CO2, désengorgement des grandes villes, raccourcissement des délais et augmentation des fréquences pour rendre le train attractif, développement du frêt… ; pour cela renforcer l’existant, confirmer le développement vers la plaine, diversifier l’offre par le transport des marchandises, développer la desserte suburbaine…

Définition des objectifs et moyens aériens et maritimes : réorganisation des ports et de leur destination ou spécification ; réorganisation des infrastructures disponibles (suffisamment nombreuses) pour optimiser leurs performances ; redimensionnement des navires ; création d’une compagnie régionale maritime ; développement du concept « carrefour de la mer » ; développement du concept de « continuité territoriale européenne » ; fonctionnement à revoir de l’enveloppe de « continuité territoriale » ; internationalisation des dessertes ; priorisation de l’étalement de la saison (réorganisation du trafic maritime et aérien, revalorisation de la « destination Corse » en dehors de la saison d’été, incitations fiscales auprès des professionnels du tourisme pour développer l’accueil « hors saison », réorientation de la communication,  etc) ; mise en place de mécanismes et de protocoles de concertation, avec les compagnies maritimes notamment (dialogue social)…

Mise en place une offre « multimodale » de transports (train+automobiles+bus) avec des plateformes à la sortie des grandes villes, comportant arrêts train, grands parkings automobiles et gares routières ; mise en place d’un programme routier de « partage de la route » (favoriser la création de pistes cyclables, sécuriser le réseau…) ; mise en place de mécanismes d’évaluation de la politique de transports afin d’en connaître la performance etc…

 

Logement

Etat des lieux : déficit logement social et précarisation, non accès à la propriété pour les Corses, déséquilibre résidences principales /résidences secondaires, coût des loyers et de l’immobilier, développement architectural anarchique, non respect des règles d’urbanisme et des risques environnementaux (amiante, risques incendie, risques éboulements)…

Objectifs : 25% de logement social (la loi prévoit 20%. Nous sommes largement en deçà) ; rééquilibrer la construction entre littoral /intérieur ; Contenir le prix des loyers et de l’immobilier ; respect du cadre de vie (architecture, patrimoine) ; prise en compte des risques environnementaux ; réflexion poussée sur la densification de l’existant pour éviter le mitage et rendre le logement moins impactant sur les réseaux et les transports…

Mesures : quota de résidences secondaires par rapport aux résidences principales dans les communes ; objectifs de densification au détriment de l’habitat pavillonnaire ; instauration d’une taxe sur les résidences secondaires destinée à financer les programmes de construction de logements sociaux ; programmes de rénovation de l’habitat ; Charte d’engagement pour les professionnels du BTP (constructions conformes au patrimoine architectural, prise en compte des risques environnementaux, utilisation de matériaux locaux, prise en compte de l’agenda 21, priorité aux ENR, rationalisation des fourreaux…) ; programme d’isolation des parcs HLM ; création d’un observatoire des loyers : accompagnement législatif en conseils et formation pour les collectivités locales ; programme de logement social dans le rural ; interdire le chauffage électrique pour toute nouvelle construction ; fiscalité incitative (soutien à l’accès des Corses à la propriété, maintien du patrimoine et du bâti villageois, etc) ; soutien aux coopératives d’auto-constructeur…

Énergie

Etat des lieux : non maîtrise ; sécurité aléatoire (crise énergétique) ; pollution ; dépendance ; coût du gaz et de l’électricité ; gâchis de nos richesses en eau ; destruction des forêts (incendies, déclassements…)

 

Objectifs : maîtriser (réduire) la demande d’électricité ; viser l’autonomie énergétique ; réduire les GES ; dépolluer le territoire ; valoriser nos richesses en eau ; optimiser le service public ; appréhender la forêt comme un atout du développement…

 

Mesures : Bannir le fioul lourd et à terme toute énergie polluante sur notre territoire ; prioriser le développement des ENR (faire sauter le verrou des 30% d’objectif, renégocier les tarifs de rachat (solaire, éolien) développer la mini-hydraulique, étudier avec la Région sarde un projet d’installation d’hydroliennes dans le détroit de Bonifaziu ; développer les petits générateurs électriques pour chaudières à bois ; restaurer les sites d’anciens moulins à eau et les équiper de micro-turbines  etc) ; favoriser notamment les structures de petites dimensions (soutien aux entreprises locales) ; miser sur les STEP (station de transfert d’énergie par pompage) ; Développer une fiscalité incitative ; mise en place d’un plan de développement et de gestion de la forêt corse et de revalorisation par la biomasse (convention avec tous les partenaires, notamment privés, programmes d’exploitation, mise en place d’un programme de création de micro-chaudières à plaquettes forestières par micro-région et soutien à la filière bois, etc)…

Viser la maîtrise de la consommation énergétique : mettre à l’étude un scenario « Negawatt ».

Déchets

Etat des lieux : saturation de l’enfouissement ; tri insuffisant ; multiplication des décharges sauvages et pollution ; ressources économiques largement sous exploitées ; surcoût pour la collectivité ; tentation d’un retour en arrière…

Objectifs : traitement localisé des déchets, limitation drastique des transports et de l’enfouissement, rationalisation et mutualisation des installations destinées aux traitement de différents types de déchets pour parvenir à une gestion efficace, pérenne, pourvoyeuse d’emplois et de richesse économique ;  ; réduction des GES.

Mesures : cartographie du territoire pour la création de centres d’enfouissement ultime de proximité, de déchèteries et de centres de valorisation pour chaque région ; généralisation et optimisation du tri (mesures incitatives ; porte à porte ; plan général de compostage ; mise en place d’un plan de ramassage des fermentescibles dans les villes ; création d’installations décentralisées de  tri mécano-biologique à échelle de chaque territoire ; programme de réduction des emballages (partenariats public/privés, plateformes de déballage dans les supermarchés, développement de la vente de produits en vrac, campagnes de sensibilisation, généraliser l’abandon du sac plastique…) ; généralisation de l’utilisation du papier recyclé (administrations, écoles, entreprises) ;  sensibilisation et communication permanente ; plan de résorption des décharges sauvages ; plan de gestion des déchets toxiques ; mise en place d’une fiscalité incitative auprès des collectivités et des professionnels etc…

Plans de communication sur les déchets toxiques et incitations fortes à utiliser des produits de substitution (piles), plans de communication sur les dangers du brûlage sauvage des déchets.

Réduction de l’utilisation des pesticides et interdiction e la commercialisation auprès des particuliers et des collectivités. Développement local de solutions alternatives de traitement.

Précarité

Etat des lieux :  10% de la population corse vit sous le seuil de pauvreté. 4% perçoivent le RMI, plus de 20.000 la CMU, 30.000 l’aide au logement (dont 11.000 l’aide au logement social), 14 /1000 l’aide au parent isolé, 22,3/1000 l’allocation adulte handicapé (chiffres 2009 du CESC) ; Chômage en hausse (17.300 en mars 2012 avec la progression la plus importante sur le territoire français, soit +6,2% en un an selon l’INSEE) ; plus fort taux de minima sociaux après les DOM-TOM ; forte saisonnalité de l’emploi ; prix des produits de consommation courante parmi les plus hauts de France (notamment pour l’essence, le lait, la farine) avec des salaires parmi les plus bas ; crise du logement, etc… : la précarité touche les plus faibles (personnes âgées, femmes, jeunes) et induit des comportements anti-démocratiques : assistanat, clientélisme, déresponsabilisation des Corses, spirale de la misère etc…

Objectifs : réduire la précarité ; réduire les inégalités et lutter contre les abus ; développer les solidarités ; lutter contre le clientélisme ; ne laisser personne au bord du chemin.

Mesures : blocage des prix de première nécessité ; mise en place de mécanismes de contrôle sur le coût des carburants ; création de logements sociaux (quota 25%) ; mainmise territoriale sur la gestion HLM (mise en place de mécanismes de contrôle) ; incitation au développement de maisons de retraite de proximité (par le levier de la fiscalité par exemple (permet de ne pas déraciner les personnes âgées et de créer de l’emploi dans les micro régions) ; action sur le surendettement (convention avec les Banques) ; développement du micro-crédit ; politique touristique (allongement de la saison ; favoriser l’embauche saisonnière locale) ; politique agricole (pluriactivité, mesures foncières) ; réduction des coûts voire gratuité des transports pour chômeurs, jeunes et personnes âgés ; soutien à la mise en place de « Maisons de santé » (convention avec le monde médical) ; recréer du lien social (politique de la langue, formation des adultes et lutte contre l’illettrisme, renforcement du tissu associatif, soutien à l’économie solidaire…) ; favoriser l’auto-production alimentaire (jardins familiaux ; jardins collectifs avec mise à disposition des terrains par les communes) ; réhabiliter les pratiques d’aiutu ou d’operata ; soutenir les confréries ; favoriser la mise en place d’associations pour rétablir les liens intergénéartionnels (jeunes agriculteurs, retraités, etc)…

Développement pérenne

Etat des lieux : Hypertrophie du secteur tertiaire ; disparition programmée de l’agriculture, de la pêche artisanale, de l’emploi dans l’intérieur… ; sur-représentation administrative ; outil de formation inadapté ; hausse du chômage et des emplois précaires ; économie d’assistanat ;  économie importatrice ; taux PIB parmi les plus faibles ; atouts et richesses inexploitées ; …

Objectifs : inverser la courbe du déclin ; redynamiser l’intérieur ; redynamiser l’agriculture et ses dérivés ; créer de l’emploi ; créer du bien-être ; produire ; impulser un développement pérenne, équitable et créateur de richesses ; redonner sa place à la Corse au cœur de l’Europe et du bassin méditerranéen…

Mesures : à décliner plus précisément par secteur :

– Agriculture : revalorisation des terres agricoles (action sur le coût du foncier agricole, sur la mise à disposition des terres ; mise en place de « zone de protection agricole », fiscalité incitative pour la mise en valeur des terres, associations foncières…) ; revalorisation des métiers agricoles (structuration cartographiée des filières, rôle reconnu d’aménageur de l’espace de l’exploitant agricole, de l’éleveur, ou du forestier, soutien à l’agro-sylvo-pastoralisme pour repeupler la montagne…) ; aide à l’installation des jeunes agriculteurs par des mesures spécifiques ; aide à la modernisation des outils de production ; action sur les circuits de distribution (création d’une coopérative régionale de distribution, création d’un marché d’intérêt régional pour les produits de la pêche et de l’agriculture) ; action sur le transport des produits agricoles et leur commercialisation ; poursuite de la valorisation des savoir-faire (démarches AOC, AOP,  AB,  recherche de valeurs ajoutées et développement de l’agriculture de niches…) avec contrôle renforcé pour lutter contre les infractions ; redéfinition du statut de travailleur agricole (pérenniser, organiser et valoriser l’emploi saisonnier) ; promotion de l’agriculture biologique et du concept d’agriculture paysanne (label AB, soutien fiscal aux producteurs et transformateurs, objectifs annuels…) ; plan d’irrigation des terres agricoles pour garantir la mise en valeur des terres ; limitation de la construction de golfs (toujours pour gérer la ressource en eau)…

Déclarer la Corse « Territoire sans OGM ».

– Forêts : fiscalité adaptée à l’enjeu de la renaissance de nos espaces agricoles et forestiers ; reprise des cartographies existantes (Amandier notamment) ;  développement du bois-énergie (plaquettes granulés) ; développement de la sylviculture ; partenariat avec les professionnels du bâtiment pour encourager (y compris fiscalement) l’utilisation des bois locaux et leurs dérivés : objectif 30% d’utilisation dans la construction ; partenariat poussé avec les propriétaires forestiers privés (CRPF) ; adapter nos politiques aux cycles longs de la gestion d’une forêt ; développement de formations aux métiers de la forêt etc…

– Intérieur : priorité au maintien des commerces de proximité et des services publics (partenariats public/privé, mutualisation par microrégions des besoins et des services, maisons de la santé, maisons de la culture, intercommunalités) ; fiscalité incitative (type zone franche par exemple) pour favoriser l’installation d’entreprises dans l’intérieur (artisanat, PME-PMI, services) ; lutte contre l’indivision ; soutien à l’installation de jeunes ménages (zone franche, transport en commun, logement social, écoles, crèches et gardes d’enfants, loisirs) ; développement de partenariats offensifs public/privés (Chambres d’agriculture, Chambres de métiers, CRPF, banques etc) ; création d’un statut de pluriactif…

– Environnement :  sanctuariser nos sites les plus fragiles ; limiter et/ou étaler la fréquentation ; instituer une contribution participative à la gestion des grands sites pour la fréquentation terrestre et maritime (semblable à la taxe Barnier pour la navigation maritime) ; fixer un quota pour les mouillages et sanctionner les mouillages sauvages (corps de contrôleurs assermentés relevant de l’OEC ou d’un futur Office de la Mer ; cf chapitre Mer) ; lutter contre les décharges sauvages ; bannir les pesticides du territoire de Corse ; bannir les OGM ; lutter contre les pollutions de toute nature (et notamment des microparticules) par une implication à tous les niveaux (administration, entreprises, citoyens, qu’ils soient touristes ou locaux) ; lutte contre les incendies (réorganisation et régionalisation des moyens de lutte, politique de prévention et de revitalisation de l’intérieur, développement de la recherche sur les mécanismes du feu…) ; inclure le risque environnemental dans la construction (risque amiante notamment, mais aussi incendie, trait de côte, éboulements…) ; programme de développement des emplois verts ; mise en place d’une comptabilité CO2 parallèle à la comptabilité financière (méthode d’évaluation des politiques publiques pour les discussions budgétaires, cf Ecosse) ; régionaliser le contrôle de la qualité de l’air et développer des protocoles d’alerte avec le monde médical et les différents acteurs ; mettre en place une stratégie régionale de préservation de la biodiversité…

– Patrimoine : Prise en compte la richesse archéologique de la Corse et la nécessité d’améliorer la connaissance des sites, de les préserver et de les mettre en valeur (adoption d’une carte archéologique) ; développement d’une politique de rachat par la collectivité des sites sensibles ; mise en place de chartes paysagères opposables à tous les types de constructions (publiques ou privées) n’excluant pas la créativité ; programmes de conservation et de restauration du bâti villageois…

– Eau : garantir une gestion publique de ce bien capital pour la société ; protéger la ressource par une gestion qualitative et quantitative ; optimiser les procédés pour économiser la ressource ; mesurer l’impact des activités humaines (activité agricole, industries agro-alimentaires, eaux usées) ; soutenir les collectivités locales pour l’analyse de la qualité de l’eau des nappes phréatiques ; améliorer la distribution d’eau brute sur tout le territoire ; développer les capacités d’irrigation des terres agricoles ; faire une priorité de la gestion des eaux usées partout sur le territoire ; dissocier l’eau potable de l’eau d’arrosage en remettant en état les bassins et circuits d’eau d’arrosage des villages, et en créant des bassins de retenue d’eau d’arrosage pour toutes les constructions nouvelles ; lutte contre l’assèchement et la pollution des rivières (aménagement rural, soutien aux élevages de montagne dans le cadre de la politique de création d’emplois verts etc) ; plan de nettoyage et d’entretien de l’ensemble des canaux et ruisseaux, notamment sur nos plaines inondables…

– Mer : prise en compte des problèmes du littoral et de l’érosion marine (recul du trait de côte ou ensablement) ; lutte contre la salinisation des nappes phréatiques ; agir contre la surpêche européenne ; soutien à la pêche artisanale (mise en place de mécanismes de régulation du coût du carburant, soutien fiscal à la modernisation des flotilles…) ; action sur les circuits de distribution (création d’une coopérative régionale de distribution, création d’un marché d’intérêt régional pour les produits de la pêche et de l’agriculture, action sur le transport des produits de la pêche et leur commercialisation…) ; mise en place d’un véritable service, de type « office de la mer » pour développer une politique de mise en valeur de la mer et de protection du milieu marin (transferts des services concernés de l’OEC pour ne pas créer d’outils et de budget supplémentaires pour la CTC) ; soutien à l’économie de la mer tout en contenant les nuisances de la fréquentation touristique ; etc…

– Tourisme : définir un « seuil critique » de la fréquentation touristique (en mer et sur terre) en période estivale et/ou agir sur l’étalement de la saison (réorganisation du trafic maritime et aérien, revalorisation de la « destination Corse » en dehors de la saison d’été, incitations fiscales pour développer l’accueil « hors saison », réorientation de la communication…) ;

Développement maîtrisé de la plaisance (augmentation et démocratisation de l’offre d’anneaux pour lutter contre les mouillages sauvages ; encadrement des mouillages autorisés ; création d’un corps de contrôleurs assermentés et aux moyens conséquents…) ;

Se substituer à l’Etat défaillant pour développer le sentier littoral et « forcer » la démocratisation du DPM ;

Mise en place d’une « Charte pour lotissement de vacances » (engagement des promoteurs par rapport à l’environnement, l’architecture, les services publics nécessaires (assainissement, déchets)…) ; création d’un centre de formation aux métiers du tourisme ; soutien à l’installation dans le rural de micro entreprises basées sur la découverte du territoire, de ses savoir-faire et de son histoire ; soutenir l’économie de production et les PME-PMI (agriculture, artisanat…) afin d’offrir des produits locaux aux touristes ; mise en place d’une commission regroupant les métiers du tourisme et les élus et permettant de faire un point régulier de la situation de la filière, de mesurer ses retombées et d’atténuer les nuisances pour la population résidente et pour l’environnement ; instauration d’un « label » ou « certification » fiscalement intéressant pour le professionnel engagé dans des objectifs régionaux (action sur l’étalement de la saison, action sur la préservation de l’environnement, action sur la réduction des nuisances à la population etc) ; Développer la complémentarité agriculture /tourisme ; Mettre en valeur les sites archéologiques de Corse et sensibiliser les visiteurs à cette richesse …

– Santé : incitation au développement des Pôles de santé (en particulier les maisons de santé) dans les régions rurales en favorisant les projets portés par les professionnels de santé eux-mêmes, gage de réussite de ces projets ; Fiscalité incitative pour l’installation de nouveaux médecins et pour les médecins déjà installés dans les régions sous-dotées ou dites fragiles (vieillissement du corps médical) ; Promotion des partenariat public/privé pour la mutualisation des besoins et des coûts dans le cadre des intercommunalités et des pays ; aide au maintien des personnes âgées à domicile ; Organisation territoriale de la mise en place de maison de retraite médicalisée par région (EPHAD) ; soutien au thermalisme (fiscalité incitative)…

Contrôle du traitement des déchets médicaux ; Implication des collectivités (CTC, CG, Communautés de communes) en coordination avec les professionnels de santé, concernant la veille sanitaire et la prévention des pathologies environnementales (surveillance des épidémies, organisation des luttes anti-vectorielles (aedes albopictus, anophèle, moustique tigre…) antiparasitaire (dengue, chicungunia…)

Mise en place d’un registre des cancers.

– Sport : développement de « pôles sportifs » par microrégion ; développement des partenariats public/privé ; soutien renforcé aux réseaux associatifs des clubs ; piscine olympique ; généralisation de pistes cyclables ; revoir l’application des protocoles de la santé dans le sport…

etc…

CONCLUSION

Le chantier est immense, et urgent : c’est bien pour cela que FEMU A CORSICA milite pour la construction d’une démarche novatrice, centrée sur les intérêts collectifs du peuple corse, et rassemblant l’ensemble des forces vives et de progrès de ce pays.

Plus globalement, le développement durable est un défi pour notre île comme pour le monde afin de concevoir le développement dans une approche non plus seulement économique mais désormais aussi sociale et environnementale.

Dans le rapport Brundtland, publié en 1987, la Commission mondiale sur l’environnement et le développement préfère parler de « développement soutenable » et donne la définition suivante à ce concept :  « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins. Deux concepts sont inhérents à cette notion :

–  le concept de « besoins », et plus particulièrement des besoins essentiels des plus démunis, à qui il convient d’accorder la plus grande priorité,

–  l’idée des limitations que l’état de nos techniques et de notre organisation sociale impose sur la capacité de l’environnement à répondre aux besoins actuels et à venir ».

 

Femu a Corsica est attachée à cette définition et souhaite la placer au cœur des choix stratégiques que notre pays doit faire, et donc au cœur du PADDUC, Plan d’Aménagement et de Développement Durable de la Corse :

Respect de l’homme, dans sa dimension individuelle (solidarité, équité) comme dans sa dimension collective (priorité à la défense de l’identité et des intérêts du peuple corse).

Respect de l’environnement et de notre devoir de le transmettre intact aux générations futures.

Nous ajoutons que nous devons être conscients des richesses majeures de notre pays, de la possibilité de les mettre en valeur et d’en jouir sans les altérer.

Notre île dispose de tous les atouts nécessaires. Elle peut devenir un exemple (et sans doute un « laboratoire » en bien des secteurs) dans l’application de ce concept de « développement durable ».

Il nous appartient aujourd’hui collectivement de dire, et de faire, ce que nous voulons, dans un domaine essentiel.

Notre Assemblée peut compter sur Femu a Corsica pour s’impliquer, comme elle l’a fait jusqu’ici, de manière constructive dans les débats à venir, et dans la mise en œuvre des décisions qui seront prises dans l’intérêt de la Corse et de son peuple.

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