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Si Henri Palazzo a fermé les persiennes de sa résidence hôtelière E Caselle, ce n’est pas seulement pour se protéger du soleil. Le décor de carte postale de Patrimonio (Haute-Corse) tranche avec la tension sourde qui y règne. Le 30 mai, son ami et employé Pierre Casanova a été visé par un tireur embusqué à quelques mètres de l’entrée.

Deux balles, dont l’une lui a frôlé le front. Miraculeusement, il n’a pas été atteint. Dans le champ qui a servi de poste de tir, il y a encore la trace de la moto des tueurs. Deux hommes qui se sont d’ailleurs trompés de cible. C’est Henri Palazzo et non Pierre Casanova qui était visé. Mais, ce matin-là, c’est exceptionnellement Pierre qui est allé chercher le pain et les croissants pour les clients de la résidence au volant de la Peugeot de son patron.

Équipé pour voir arriver l’ennemi

Henri Palazzo est un personnage connu sur l’île. A 58 ans, c’est aujourd’hui un grand-père à la barbe poivre et sel, avec ses lunettes autour du cou. Le paquet de cigarettes n’est jamais loin, et son engagement politique reste intact, lui le soldat du FLNC dès sa création, dans les années 1970. Il est revenu sur la scène politique l’an dernier dans le mouvement Corsica libera en reprenant le poste de Charles-Philippe Paoli, emporté dans la vague de règlements de comptes.

« Dès que j’ai repris sa place, j’ai reçu un colis contenant des balles de 9 mm avec mes initiales. Cela m’a amusé », lâche Henri Palazzo. Peu après, Christian Leoni est assassiné. Réputé proche de la Brise de mer, Leoni a été tué sur ordre d’une branche du FLNC qui, fait rarissime, revendique d’ailleurs le meurtre en déclarant la guerre aux « mafieux ».

« Quelques jours plus tard, on est venu dessiner un cercueil sur le mur du bâtiment réception de la résidence, puis en février un tag Racketteur assassin FLNC a été découvert sur un autre mur. » A partir de là, Henri Palazzo n’a plus goûté la « plaisanterie ». Il a quitté son domicile de Bastia pour venir s’installer dans sa résidence de Patrimonio, où il se relaie depuis avec des proches pour monter la garde.

Le 3 mars en soirée, il surprend deux hommes cagoulés près de sa piscine. « L’un d’eux avait une charge explosive à la main », se souvient Henri Palazzo, qui réussit à les faire fuir. Entre ses jumelles infrarouges et ses puissantes lampes torches qu’il montre comme un trophée, Henri Palazzo est parfaitement équipé pour voir l’ennemi arriver.

Pourquoi un tel acharnement ? « Sincèrement, je ne sais pas, dit-il. Il y a bien sûr l’hypothèse qu’on s’en prend à moi parce que j’ai pris la suite de Paoli. » Il sait aussi qu’il est un proche ami de Jean-Guy Talamoni, figure emblématique du nationalisme, et il hausse les épaules quand on lui demande s’il n’est pas aussi visé à ce titre. Palazzo affirme qu’il n’est en rien lié à la guerre déclarée par le FLNC aux « mafieux », même s’il n’a pas de mots assez durs pour condamner ceux qui « mettent en coupe réglée la Corse ».

Henri Palazzo veut malgré tout tenir tête à ceux qui l’ont inscrit sur la liste des hommes à abattre. « Certains me conseillent de partir. Pour aller où? Ici c’est chez moi. De toute façon, s’ils veulent m’avoir ils m’auront. »

Le Parisien

Damien Delseny et Marion Galland | Publié le 17.06.2012, 08h53

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