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Poursuivis pour une dizaine d’attentats et de mitraillages commis en 2007 et en 2008, 22 jeunes de la région comparaissent devant la Cour d’assises spéciale de Paris à partir du 4 juin. Un procès politique sans politique.

– En 2008, lorsqu’ils avaient été interpellés et incarcérés après une série d’attentats et de mitraillages commis dans la région d’Ajaccio depuis l’automne 2007, certains journalistes avaient parlé de « FLNC canal gamins ». Sans doute parce qu’ils paraissaient jeunes et que leur inexpérience les avait poussés, lors des interrogatoires, non seulement à reconnaître un peu trop rapidement les faits qui leur étaient reprochés mais encore à se « balancer » entre eux.

C’était oublier qu’à la fin des années soixante-dix les premières vagues d’arrestations qui avaient touché le FLNC visaient des personnes du même âge (entre 20 et 30 ans) qui, eux aussi, avaient rapidement revendiqué leurs opérations, en se balançant souvent entre elles. Ce que l’on avait préféré oublier à l’époque. Il faut dire que le FLNC était en pleine période d’ascension, qu’il était soutenu par une part importante de la jeunesse corse et que ses « combattants » avaient de fortes motivations politiques qu’ils savaient exprimer devant les policiers ou les magistrats de la Cour de Sûreté de l’État. Avec les 22 accusés qui comparaîtront ce mois-ci devant la Cour d’assises spéciale de Paris, c’est une autre histoire. En effet, lors de leurs interrogatoires, devant les policiers, puis devant le Juge d’instruction Gilbert Thiel, ils ne se sont guère expliqués sur leur engagement ou alors de manière caricaturale puisque certains ont avancé qu’ils « se battaient pour défendre la langue corse ».

De vagues slogans, récupérés ça et là, remplaçant un véritable discours politique. Leur chef présumé, Paul Istria, 54 ans, défendu par Me Pascal Garbarini, niant l’ensemble des faits qui lui sont reprochés et s’étant même, jusqu’ici, prononcé contre toute action violente. Ainsi, l’ensemble des accusés ne sont visiblement pas à hauteur de la situation, sans doute, aussi, parce que la situation de la Corse a changé et que les attentats commis en 2007 paraissent aujourd’hui bien loin… Tout débute, semble-t-il, le 3 octobre 2007 par une tentative ratée d’attentat contre l’immeuble des douanes d’Ajaccio qu’ils avoueront lors de leur garde à vue et qui était passée inaperçue. Ce soir-là, non seulement la Kalashnikov qu’ils devaient utiliser pour mitrailler la façade s’enraye mais une douille, éjectée, blesse l’un des apprentis clandestins à l’oeil. Ça commençait bien.

Le lendemain soir, ils remettent ça et les huit impacts de balles qui seront retrouvés au niveau du deuxième étage de l’immeuble des douanes prouveront qu’ils ont réussi leur coup. Après cela va continuer : le 15 septembre, un attentat contre la caserne de CRS d’Aspretto à Ajaccio ; le 15 novembre, un second contre la trésorerie principale d’Ajaccio ; le 8 décembre, un autre attentat commis en plein jour contre une résidence en construction à Alata ; le 20 décembre, un jet de grenade dans le jardin de la préfecture de Région à Ajaccio ; le 1er janvier 2008, un attentat contre la banque Populaire Provençale et Corse BPPC) ; le 12 janvier, un mitraillage du palais de justice d’Ajaccio (suivant un autre commis le 14 novembre et précédant le mitraillage d’une annexe le 19 février 2008). Sans parler d’autres opérations ayant visé l’URSSAF ou la Direction Départementale de l’Équipement (DDE).

En tout une dizaine de mitraillages et d’attentats, commis en six mois, par un, deux ou plusieurs des accusés qui l’ont généralement admis lors de leurs interrogatoires. Leurs dires étant souvent confirmés par les nombreuses « erreurs » commises lors de leurs opérations : là, un des protagonistes vient récupérer ses copains dans la voiture de sa mère qui est immédiatement identifiée ; ailleurs, l’un des clandestins apparaît, le visage découvert, sur une bande-vidéo enregistrée par la caméra qui surplombe son objectif… Sans parler des vantardises des uns et des autres qui, parfois, dans les bars, se lâchaient.

Du genre : « Regarde le journal demain, il y aura un plasticage » ou « Tu vois ça ? c’est nous ! » (après l’attentat contre la préfecture de Région). Autant de confidences qui sont arrivées aux oreilles des policiers, d’abord des Renseignements Généraux puis de la section anti-terroriste de la PJ qui, à la suite d’une information plus précise, ont commencé à surveiller un box situé à la résidence « L’Orée du Bois », avenue Noël Franchini à Ajaccio.

Une véritable caverne d’Ali Baba dans laquelle la bande planquait des voitures, des armes, des explosifs et tout matériel nécessaire à leurs activités. Après quelques semaines de surveillances physique, technique (une caméra allait êtres planquée près du boxe) et téléphonique sur les suspects identifiés lors de leurs allers et retours dans le box, les enquêteurs procédaient aux premières arrestations le 21 avril 2008 : Joseph Nasica, Jean-Marie Pitilloni, Ange-Marie et Antony Pais, Marcel Caggiari, Jean-Baptiste Battini, Jacques-Jean Papini. Puis, les 23 et 24 avril, Joseph Gheraldi et Marc-Antoine Colleoni. Forts de leurs aveux et alimentés par d’autres surveillances, notamment téléphoniques, les enquêteurs poursuivaient le travail en arrêtant, le 7 juillet, ceux qu’ils considèrent comme les donneurs d’ordre : Christophe Giannesi et Paul Istria, qui tenaient « A Tana », un bar situé dans la vieille ville d’Ajaccio et que fréquentaient nombre de nationalistes dont une partie de ceux qu’ils avaient arrêtés. Istria niait tout en bloc, Giannesi ayant une attitude plus ambigüe. Et si, lors des interrogatoires, un certain nombre des mis en examen les avaient mis en cause, lors de l’instruction, ils allaient les innocenter. Certains sur le thème connu : « Ce sont les policiers qui nous ont poussés à les mettre en cause. »

Ultérieurement, d’autres arrestations allaient avoir lieu. Celles d’Antony Rossi, de Jean-Christophe et Julien Alessandri, de Michèle Gozzi, de Jean-Dominique Mattei, de Michaël Lando, de Patrick Tessi, de Thomas Grimaldi et de Jean-Philippe Zani (le père des frères Alessandri).

La plupart n’avaient vécu jusque-là que de petits boulots. Les plus chanceux ayant trouvé des places de barman, de manutentionnaire, de chauffeur, de conducteur d’engin. Certains étaient associés dans des bars, l’un d’entre eux ayant même travaillé dans une boîte de nuit que possédait son père. La plupart n’ont jamais été condamnés, à moins qu’ils n’aient déjà été poursuivis dans le cadre d’affaires de violence, de port ou de détention d’arme. Seuls quelques-uns, dont Giannesi et Istria, ayant déjà été condamnés dans des affaires relatives aux activités du FLNC.

Un FLNC à l’époque « Union des combattants » qui, le 24 novembre 2007, avait revendiqué une partie des opérations réalisées par la « cellule ajaccienne » constituée, selon les policiers, autour d’Istria et de Giannesi. Avant de se faire bien discrets sur les actions de ce groupe un peu trop remuant et pas assez discret. D’ailleurs, selon l’accusation, Istria avait même, un moment, tenté de « recadrer » les plus agités, dont Jean-Marie Pittiloni qui, tout en étant trop bavard, était à l’origine des opérations les plus « chaudes » (grenade à la préfecture de Région et mitraillage du palais de justice d’Ajaccio) et avait même commis un braquage, « pour son propre compte » à Agosta, avec du matériel de « l’organisation ». Et qui, toujours selon l’accusation, aurait envisagé de balancer une grenade sur un fourgon de CRS, ce qui aurait pu causer la mort de plusieurs policiers…

Ce jeune père de famille, qui avait 20 ans à l’époque des faits et qui, travaillant souvent en solitaire, a fait une ascension fulgurante au sein de la « cellule ajaccienne », est l’un de ceux qui risquent le plus gros devant les assises spéciales. Sans doute avec Giannesi et Istria que la justice veut faire passer pour les chefs du groupe. Quant aux autres accusés, ils seront condamnés à des peines qui, sans doute, correspondront à leur niveau d’implication dans la dizaine d’attentats ou de mitraillages ; certains ayant directement participé aux opérations, d’autre n’ayant donné qu’un coup de main. D’ailleurs, sur les 22 personnes poursuivies, 9 ont déjà été remises en liberté et comparaîtront donc libres. Dans cette affaire, les qualifications des faits varient selon les mis en examen. Certains étant poursuivis pour « tentative d’assassinat » et « complicité de tentative », d’autres pour « destruction, dégradation de biens immobiliers », voire pour « vol en réunion », « recel en bande organisée », « détention d’armes » ou « usage de fausses plaques d’immatriculation ». Toute une série de qualifications habituelles dans ce genre de dossier ou tous, sont évidemment poursuivis au titre de « l’association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme ayant pour objet des crimes d’atteinte aux personnes ou des destructions par substances explosives ou incendiaires susceptibles d’entraîner la mort de plusieurs personnes ».

Le procès qui débutera le 4 juin devrait s’achever au tout début du mois de juillet.

Gilles Millet

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