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Bernard Bonnet, qui avait succédé au préfet de Corse Claude Erignac assassiné le 6 février 1998 à Ajaccio, a exprimé mercredi ses craintes que « toute la vérité ne soit pas connue » à l’issue du procès d’Yvan Colonna, notamment sur les « instigateurs » du crime. « Quelle que soit l’issue du procès d’Yvan Colonna, qu’il soit déclaré coupable ou innocent, toute la vérité ne sera pas connue », a déclaré M. Bonnet devant la cour d’assises spéciale de Paris, qui rejuge le berger de Cargese. Préfet de Corse du 13 février 1998 à début mai 1999, quand l’affaire des paillotes a provoqué son départ avant sa condamnation en justice, M. Bonnet s’est interrogé sur l’identité des « instigateurs » du crime, et sur celle des auteurs du communiqué de revendication. « Je crains qu’on ne sache pas qui a armé le bras des assassins », a-t-il dit.

« J’espère que de ce procès pourra naître un sursaut de vérité de la part de ceux qui savent », a-t-il ajouté. « Il en est un qui sait tout, c’est Alain Ferrandi », le chef du commando. « J’espère qu’il répondra aux questions restées en suspens ». Interpellé en mai 1999, Alain Ferrandi a été condamné en 2003 à perpétuité comme co-auteur de l’assassinat. Il doit être entendu au procès le 24 mai. Comme aux précédents procès d’Yvan Colonna, en 2007 et 2009, M. Bonnet a par ailleurs affirmé avoir mis la justice sur la piste des assassins dès la fin 1998, à partir d’ »informations » obtenues d’un « visiteur » surnommé « Corte », dont il a toujours refusé de dévoiler l’identité.

Les enquêteurs se concentraient alors sur la piste dite « agricole » des syndicalistes agricoles nationalistes. M. Bonnet a dit avoir transmis ces informations au procureur de Paris d’alors, Jean-Pierre Dintilhac. Il lui a donné en novembre 1998 le nom du chef du commando, Alain Ferrandi. En décembre 1998, M. Bonnet a dit avoir remis un document à M. Dintilhac contenant « la clé de l’élucidation de l’assassinat ». Il y précisait qu’Alain Ferrandi avait recruté ses complices parmi d’ex-membres du FLNC de Cargese-Sagone, et mentionnait notamment le nom de Stéphane Colonna, le frère d’Yvan. Selon lui, « l’implication » d’Yvan Colonna pouvait alors être déduite.

« Ces informations ne signaient pas la culpabilité d’Yvan Colonna. Mais dès ce moment-là, son implication était crédible », a-t-il affirmé. « Ce document permet de manière raisonnée d’affirmer qu’Yvan Colonna avait le profil ». Interrogé après lui, l’ex-procureur Dintilhac a confirmé avoir reçu ces informations de M. Bonnet, et a dit les avoir transmises au juge d’instruction Jean-Louis Bruguière, sans identifier leur source. « J’ai transmis une retranscription que j’ai tapée moi-même, pour assurer la confidentialité » de ces informations, a-t-il précisé à la défense, qui s’étonnait que ces notes n’aient « pas été versées au dossier » et qu’on ne les ait « jamais retrouvées ».

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