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(Unità Naziunale Publié le 17 février 2019) Européennes, Municipales, Territoriales… une mêlée de deux ans et demi qui va tenir en haleine les trois composantes de la majorité « absolue ».

La campagne électorale est ouverte en trois rounds :

dans quatre mois le 1er round, les élections européennes faisant office d’échauffement ; moins d’un an après les municipales, bataille générale ; l’année suivante les territoriales décisives pour le pouvoir local de la CdC.

Bref, une mêlée de deux ans et demi qui va tenir en haleine les trois composantes de la majorité « absolue» (Corsica Libera, PNC, Femu a Corsica), Core In Fronte, et les bourgeons des partis hexagonaux de droite et de gauche menacés par le gel.

C’est dire que toute l’île sera un forum électoral de place publique et de jeux de coulisse.

L’année perdue depuis octobre 2017, les deux partis autonomistes ne fusionnant pas, ont conduit Inseme à finalement faire Femu a Corsica sans le PNC et en appliquer les statuts votés conçu comme un grand parti démocratique de gouvernement.

De gouvernement ? Oui, quand il aura le pouvoir législatif et les moyens financiers de l’exercer.

De gestion pour le moment. Démocratique ?Absolument nécessaire tout de suite.

Les élus natios, gestionnaires « locaux », ne sont pas en situation de faire les réformes qui « sauveront le Peuple Corse ». Ils pourront tout au plus freiner un peu sa chute. Croire que cette Assemblée Unique va permettre d’avantage est une grave illusion, voire de l’aveuglement. Certes garder la CdC, mais avant tout obtenir la reconnaissance légale du Peuple Corse et l’autonomie est la priorité incontournable et elle est historique.

Comment ne pas comprendre que pour affronter la pyramide étatique des républicains jacobins un mouvement de fond du Peuple Corse est la première condition et elle ne peut passer que par une organisation politique de militants à cette fin.

Comment qualifier dès lors une majorité « absolue » qui n’est qu’une coalition électorale et qui veut le rester pour, sous des prétextes de circonstances, se disputer des mandats, des postes et des fonctions flattant les égos avec quelques avantages comme si le Peuple Corse était hors péril et qu’on n’avait plus qu’à le reconstruire.

Peut-on penser que ce comportement électoraliste restera longtemps non perçu ? Que l’opinion va continuer à donner une majorité « absolue » aux natios agités de prurit autour des urnes pour être des élus d’institutions insuffisantes en regard de leur objectif historique.

Certains trouveront mes propos exagérés. Je ne condamne pas la foi patriotique de quiconque. Je ne doute pas de l’attachement à la Corse ni la bonne volonté de la servir.

Simplement, j’exprime mon inquiétude. J’ai le sentiment que l’on sous-estime le danger, qu’on se laisse endormir par ce succès électoral « absolu », et qu’on ne tire pas les leçons.

Certes, passer localement d’opposants au rôle de dirigeants majoritaires « absolus » a de quoi griser. Qui aurait pu prévoir un tel bond il y a 7 ou 8 ans ? Oui la longue marche a fini au sprint mais ce n’a été qu’une première étape… gagnée quand les circonstances générales ont été d’un coup favorables, quand la crise des partis de la Ve République alternant à l’Élysée n’a plus tendu de cordes aux clans suspendus dans le vide et qu’elle a consacré un homme jeune et neuf…

La majorité « absolue » s’est crue incontournable, elle a vite déchanté, le fringant Président l’a repoussée d’un pied dédaigneux dans les locaux des gens de maison. La période de grâce a été courte. Les difficultés s’accumulant, il interroge le Peuple, il fait planer l’idée d’un référendum… il lâchera peut-être des osselets à ronger pour les « Régions »… Évidemment bon à prendre mais la première course, celle qui compte, historique, ne sera gagnée que quand le Peuple Corse sera reconnu avec l’autonomie interne pleine et entière pour assumer son destin.

Qui peut dire combien encore d’étapes faudra-t-il disputer et en combien de temps ?

D’ici là, majorité plus ou moins « absolue » de coalisés, l’effort doit rester le même pour franchir victorieux la ligne d’arrivée de la première victoire historique vers l’émancipation du Peuple.

Il convient après cette étape électorale d’éviter le piège de l’électoralisme. On s’y est laissé prendre ce qui s’est soldé par plus d’un an perdu pour tenir mal l’engagement pris en octobre 2017 de fusionner les mouvements autonomistes. Femu a Corsica est en chantier pour mettre en oeuvre les statuts votés en octobre. C’est donc les élus qui mettent en place la base militante qui manque.

Telle est la conséquence du succès de la coalition électorale qui n’a pas su devenir une organisation politique cohérente. Le souci des statuts se retrouve. Ce sont les élus sans base qui l’enfantent et ils assurent la continuité de leur prédominance en étant majoritaires dans l’ensemble des rouages (les cercles) statutaires.

Il fallait en passer par là sans doute même si la conduite la plus rationnelle aurait été de crever l’abcès beaucoup plus tôt et de lancer Femu a Corsica avec une AG constitutive consacrée à des statuts pour un mouvement normal de terrain où les mandats lui appartiennent. Dans l’euphorie ambiante d’une telle victoire inespérée, les militants, les votants auraient du mal à saisir cette logique. Mais que l’euphorie atténuée se mue en une ignorance de l’effort de la route à faire, du danger qui persiste avec tous les mécanismes d’érosion de la démographie (vieillissement et flux migratoires), de la spoliation et la dégradation du patrimoine nature, pour céder trop de place dans les élections à venir à un électoralisme interne serait une aberration. Et pourtant faire une base à la hauteur du défi historique du sauvetage d’un Peuple en partant d’un toit de branchages soumis aux intempéries des lunes électorales est très difficile. Il n’est possible que si on en ressent l’impérieuse contrainte. Celle d’un nationalisme catalyseur au sein du Peuple appelant ses forces, toutes ses forces potentielles restantes à la grande marche de l’émancipation.

On ne sauve pas un Peuple par procuration. Même si elle est cédée à une nomenclature électorale.

MAX SIMEONI SUR ARRITTI 

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