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(Unità Naziunale – 8 février 2018 – 18h00) On attendait une visite « historique » pour un premier voyage dans l’île du Président Emmanuel Macron, avec enfin une prise en compte de la « dimension politique de la Question corse » et, après tant d’années d’affrontements et de répression, l’amorce d’une démarche d’ouverture et de dialogue pour une véritable négociation entre l’Etat et les élus nationalistes, désormais majoritaires aux responsabilités de la Collectivité unique de Corse.

Il n’en fut hélas rien.

Cette visite s’avère la plus décevante de toutes les visites présidentielles, où même en période de tensions les plus extrêmes entre le mouvement nationaliste et l’Etat, la Corse était plus respectée au travers de certains symboles, par les différents présidents s’étant rendus dans l’île.

Au lendemain d’une telle déception, comment ne pas se laisser aller à une colère devant tant de condescendance « néo-coloniale », voire de mépris, affichés tout au long de ces deux journées…

Du point de vue de la forme d’abord

La symbolique : Ce fut un manque total de respect, voire de simple prise en compte « protocolaire » des élus nationalistes de la Corse, mis quasiment à l’écart (fouille à l‘entrée, pas de premier rang à Bastia.. simples « élus locaux » selon ses mots), de notre drapeau absent à Aiacciu et Bastia (lui qui parle de pacte girondin)… des paroles, des mots souvent « durs » dans ces déclarations, des attitudes souvent caricaturales, voire blessantes pour les Corses, comme si depuis des dizaines d’années il ne s’était rien passé ici, un manque effarant de respect minimum, voire de simple politesse, des gens et des élus de la Corse… Une méconnaissance des dossiers de la Corse (PEI, utilisation/consommation des crédits européens, relations corso-sardes et méditerranéennes.. une volonté plus ou moins camouflée de « recentraliser » la Corse par rapport à Paris..

Une attaque inadmissible quant aux droits de tout citoyen à une défense digne et légitime, allant même plus loin que Nicolas Sarkozy lors de l’arrestation d’Yvan Colonna…

Des accompagnateurs confinant à la provocation, tels que Jean-Pierre Chevènement, l’homme qui nous a imposé Bernard Bonnet, adepte d’une politique barbouzarde dans l’île…

Une « instrumentalisation » du rôle joué par Mme Erignac, qui au-delà du respect qu’on lui doit, n’avait pas à en « appeler à la République » pour poursuivre une vengeance d’Etat…

Une visite « protocolaire » à la mairie ajaccienne, dernier vestige institutionnel anti-nationaliste dans l’île, en contrepoint de son allergie affichée aux élus nationalistes, et sa non-visite « officielle » à la Collectivité unique de Corse, ne fut-ce que pour prendre en compte cette nouvelle institution mise en place par son prédécesseur, après avoir cherché la « petite bête quant à la présence somme toute « normale » d’un drapeau français dans le bureau où s’est tenue une discussion « plus ou moins officieuse » finalement acceptée .

Du point de vue du fond

Parmi les phrases fourre-tout, voire contradictoires, et les annonces financières comme toujours en de telles occasions, dont certaines étaient déjà actées depuis longtemps, ou revenant naturellemnt à l’île, sans oublier bien entendu, dans le droit fil des discours “de fermeture” tenus à Aiacciu, la « réaffirmation de l’unite de la République et de ses lois » dans l’île, surtout répressives (Statut de résident, amnistie/rapprochement/libération, coofficialité/langue corse, refusés ou plus ou moins vidés de tout contenu.., «sécurité» avec plus de gendarmes et de policiers, comme s’il n’y en avait pas déjà assez…- La Corse ayant en proportion le plus fort taux de policiers et gendarmes, et militaires par rapport à l’Hexagone, sans parler des retraités de ces corps quine partent plus et continuent à jouer un rôle dans le quadrillage répressif dans l’île-

et bien sûr la volonté de péreniser voire renforcer toujours les pouvoirs du préfet/gouverneur..

Une annonce inquiétante avec la perspective d’une simplification des règles urbanistiques pour faciliter les constructions, comme si le pare-paing n’était pas déjà le nouveau logo de l’île de beauté, avec les constructions s’érifgeant partout, n’importe où et n’importe comment, comme des petit pains….et ce alors que le problème est l’exclusion des locaux au logement et à la propriété, au vu des prix exhorbitants pratiqués ..

Reste quelques phrases dans le discours de E. Macron, dont il faudra attendre de plus amples informations sur le pourquoi et le comment dans les semaines et les mois à venir, quant à une nscrition de la Corse dans la constitution, par le biais de l’Art 72..

Dans ce domaine, comme dans d’autres, c’est maintenant aux élus et à leurs mouvements de « donner le La » et d’éclairer les militants, les électeurs et le peuple corse sur les suites à donner et à venir, en veillant aussi à répondre aux attentes fortes des Corses dans leur quotidien..

Une révolution “culturelle” qui nous incombe

Prenons-nous en mains

Car si les Corses ne se reprennent pas en mains, ne changent pas leurs comportements dans le travail, les relations entre eux, leur rapport au profit et à l’argent, en nous respectant entre-nous, en respectant et défendant notre patrimoine individuel et collectif, (troppu lascia corre : basta) en privilégiant le sens de la solidarité, de l’entraide, de l’intérêt collectif en toute chose, en donnant l’exemple en toute chose, en toute action, en refusant les passe-droits et les compromissions, en rejetant des comportements, qu’ils critiquent à juste titre, dignes de la société hexagonale, ou de certaines banlieues des villes hexagonales, en étant solidaires les uns des autres face à “u Francisumu” qui gagne du terrain chaque jour…

s’ils n’arrêtent pas d’attendre tout de l’Etat pour construire chaque jour la Corse de demain, rien ne sera possible et nous seront condamnés à terme !

Car comment demander à certains de s’intégrer à nous si nous ne sommes plus que des caricatures de Corses, dans nos atittudes, nos actes et nos modes de vie qui n’ont rien à envier à ceux de l’Hexagone que nous critiquons et pointons du doigt en permanence, alors que nous les imitons tous les jours, au point d’en etre, nolens volens, leurs simples clones…

Regardons nous en face, et faisons notre auto-critique

Depuis quelques années, la Corse et les Corses au quotidien ont délaissé leurs valeurs, des valeurs qui faisaient leur spécificité et leur force.. Ils ne mettent plus guère en pratique au quotidien ce qu’ils revendiquent et souvent attendent de l’Etat, reponsable pour eux de tous les maux.. à l’image des nos villages où les mentalités ont tellement changé que nombre de Corses les quittent, dégoutés, alors qu’ils étaient jusqu’à il y a peu “les gardiens de nos valeurs et de nos traditions” ancestrales.

Aux élus nationalistes aussi d’etre irréprochables ( l’exemplarité pour ligne de conduite) et de s’atteler à construire ce pays, en continuant à revendiquer auprès de l’Etat, certes, mais surtout à utiliser dans le sens collectif les compétences et les finances à leur disposition pour changer les choses et construire la Corse que nous revendiquons depuis des années…en veillant à ne pas reproduire des politiques et des pratiques que nous avons toujours dénoncées quant elles émanaient des partis clanistes, veillant à ne pas se laisser entraîner dans le piège retomber d’un “néo-clanisme” en refusant et combattant l’installation de nouveaux réseaux clientélistes, remplaçant ceux qui ont tant fait de mal à la Corse..

La “morale, le sens du devoir, la défense du bien commun” en politique, cela existe et ce sont les élus nationalistes qui doivent le mettre en pratique. C’est une des attentes du peuple corse, c’est pour cela que les Corses les ont élus

Cela peut se faire avec des signes forts à la société corse et à court terme autour de quelques projets allant dans le sens d’une remise en cause du système et de la situation économique et sociale de l’île, (en prenant ses distances et en dénonçant notamment les nouveaux monopoless’installant dans l’île même s’ils sont d’origine nustrale) qui est vécue difficilement et insupportable pour la majorité des Corses aujourd’hui (logement, emploi, formation, salaires..).

Le temps joue pour en faveur des politiques de négation et de mépris tels qu’affichés durant cette visite, car les Corses sont de plus en plus dilués sur leur propre terre… Et quand les derniers détenus politques seront enfin dehors, cela arrivera tôt ou tard, le problème corse en “l’état” risque de n’être plus qu’un souvenir, car les Corses n’auront plus leur mot à dire sur leur terre, et si par malheur un référendum serait programmé alors, au vu de l’état de diliquescence de notre société, l’Etat français n’aurait guère de soucis à se faire quant au résultat, le corps électoral ayant scellé notre minorisation…

Poggioli Pierre

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