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Il y a deux ans, les révélations de l’ex-collaborateur du préfet Erignac, qui vient à nouveau témoigner mardi, avaient fait trembler la cour d’assises spéciale de Paris. Pourtant, elles n’ont pas vraiment été prises en compte. Explications.

Le vendredi 13 février 2009, un quasi-inconnu fait vaciller la cour d’assises spécialement composée de Paris. Convoqué à la barre en tant que témoin dans le procès en appel d’Yvan Colonna, Didier Vinolas, ancien secrétaire général de la préfecture d’Ajaccio et proche collaborateur de Claude Erignac, assassiné le 6 février 1998, lâche sa bombe.

Du lourd. « Des personnes, qui ont pris part au complot ayant abouti à l’assassinat du préfet, sont toujours en liberté », explique-t-il en substance. Pour appuyer son propos, ce commissaire de police, détaché au sein de l’administration préfectorale, confie avoir reçu, de la part d’un mystérieux informateur, les noms de deux personnes suspectées d’avoir fait partie du commando et jamais entendues. Vinolas poursuit : courant 2002, il a avisé plusieurs hauts responsables de la police et de la justice, dont Yves Bot, devenu entre-temps procureur de Paris, et Christian Lambert, l’ancien patron du Raid. Il a même adressé deux courriers aux magistrats de la cour peu avant l’ouverture du procès… Stupeur sur les bancs de la défense : le président Didier Wacogne avoue n’avoir même pas ouvert le pli !

PANIQUE. Pendant 48 heures, un vent de panique souffle sur la deuxième édition du procès Colonna tandis que, en coulisses, on s’active ferme. Par voie de presse, des sources aussi anonymes qu’informées démolissent la bio de Vinolas. « L’homme de confiance » du préfet assassiné devient l’ « ex »-commissaire Vinolas, « personnage falot », désormais placardisé pour oublier les aigreurs d’une carrière préfectorale en berne. Un supplément d’information express est cependant confié à deux magistrats assesseurs et expédié en deux jours. Vinolas livre les deux fameux noms et révèle au passage celui de sa « Gorge profonde » : Michel Poirson, un ex des RG à la retraite. Convoqué, ce dernier explique n’avoir jamais évoqué de « suspects » avec Didier Vinolas. Christian Lambert, ancien patron du Raid, ne se souvient pas non plus d’une quelconque « révélation ». Yves Bot s’applique lui aussi à minimiser les propos du témoin. Histoire d’enfoncer le clou, la justice y va de son couplet. Les deux hommes cités ont déjà été entendus dans le cadre de l’enquête. « Des vérifications d’alibi et des auditions assez longues » ont eu lieu, affirme notamment Jean-Claude Kross, représentant le ministère public.

FAUX. Sur le papier, tout semble réglé : ces deux mystérieux individus ont été entendus, leur piste a été abandonnée. Une affirmation qui s’écarte quelque peu de la réalité, du moins pour l’un des deux hommes. Son nom : Erick A. Cet ancien militant nationaliste, inquiété après la découverte d’une cache d’armes attribuée au FLNC Canal-Habituel en 1998, a bien été interpellé, mais pas vraiment dans le cadre de l’affaire Erignac. Le 22 juin 2002, à 6h15, une patrouille de CRS l’a appréhendé sur le parking de l’hôtel Spunta di Mare, à Ajaccio, pour un banal contrôle routier. Sur lui, les policiers ont mis la main sur un pistolet automatique 11.43. Trois jours plus tard, il est condamné à cinq mois de prison ferme. Le rapport avec l’affaire Erignac ? Contrairement à ce qu’assènent les magistrats : strictement aucun, si ce n’est que l’intéressé a été, un temps, l’objet d’une vague surveillance policière pour sa participation présumée à la cavale d’Yvan Colonna. Pour la justice, l’essentiel est ailleurs. Il s’agit de désamorcer la « bombe Vinolas » et ne surtout pas répondre à cette interrogation lancinante : tous les membres du commando ont-ils été interpellés ?

Une question à laquelle le nouveau témoignage de Didier Vinolas, prévu mardi, ne devrait sans doute pas apporter de réponse.

05/05/2011 24 Ore n°299
Par Paul Luciani

http://24ore.club-corsica.com/vinolas-bis-repetita-_19302.html

 

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