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(Unità Naziunale Publié le 4 décembre à 16h12) C’est fait, et c’est bien fait ! L’assistance qui a bondé l’amphithéâtre Landry ce dimanche a dépassé tous les pronostics. Gilles Simeoni a d’ailleurs commencé son discours par quelques mots qui marquaient son incrédulité face au nombre impressionnant de militant et de militantes qui avaient fait le déplacement jusqu’à Corti pour soutenir la création du parti politique Femu a Corsica.

Autant de monde dans cet amphi, et même davantage, que lors de la campagne électorale de décembre l’an dernier ! Le constat fait depuis la tribune par le Président du Conseil Exécutif en disait long sur l’engouement que continue de générer Femu a Corsica, en dehors de tout enjeu électoral, et malgré le pas en arrière effectué par le PNC qui, quelques jours auparavant, avait fait savoir qu’il n’en serait pas, tout en créant un groupe PNC, distinct du groupe Femu a Corsica, juste avant le week-end, durant la session de l’Assemblée de Corse.

La mission de Femu a Corsica sera essentielle pour l’avenir de la lutte du peuple corse.
Sa première mission est de rassembler. Treize mois interminables s’étaient écoulés depuis le 15 octobre 2017 avant que la décision de convoquer les militants pour la date du 02 décembre ne soit définitive, après que d’autres dates, en octobre puis en novembre aient été avancés sur les médias. Tous ces reports avaient pour motif de multiplier les tentatives pour « accrocher » le PNC et le faire renoncer à son cavalier seul. Mais l’effet de ces reports pouvait être aussi de potentiellement lasser les autres. Il n’en a rien été. L’immense majorité des militants a compris la nécessité de se rassembler au sein du parti Femu a Corsica, et de promouvoir à travers lui l’Union du Peuple Corse.

Sa deuxième mission est de hisser la démarche démocratique d’ensemble du mouvement national à la hauteur de la nouvelle donne historique que connaît la Corse depuis qu’une majorité absolue d’électeurs s’est engagée en votant pour la liste conduite par Gilles Simeoni. Les mouvements hérités du passé étaient « calibrés » pour un électorat éclaté plafonnant, tout cumulé, à 25% des voix. Femu a Corsica pourra proposer une offre politique beaucoup plus étoffée, conforme à l’objectif « d’un Paese da fà ».

Mais cette nécessité n’est pas uniquement quantitative. Elle est aussi qualitative. Car une autre mission du nouveau parti sera de relever le défi de l’esprit démocratique. Chaque Nation qui lutte pour son émancipation le fait contre un Etat qui refuse ses droits, mais elle doit aussi mener un combat pour se libérer elle-même. La Corse doit se libérer du clanisme, qui est une aliénation profonde instillée par des siècles de domination coloniale.

Un mouvement en plein essor comme le nôtre doit prendre en charge une démarche qui fasse sortir, une fois pour toutes, la vie publique corse de ce clanisme qui l’a conduite au sous-développement économique et social. En faisant vivre une démocratie interne authentique, Femu a Corsica doit aussi nous « libérer » des habitudes malsaines de la vie politique corse, condition sine qua non pour que nous nous inscrivions dans la durée.

Car inscrire la majorité de décembre 2017 dans la durée est une nécessité impérative pour l’avenir de notre combat. On connaît l’Etat français, hostile par essence à nos revendications, et on sait aussi le degré de fermeture du pouvoir en place, depuis le voyage officiel d’Emmanuel Macron. Le voyage annoncé d’Edouard Philippe, Premier Ministre, n’annonce aucune inflexion favorable, au contraire. En fait le pouvoir continue de refuser de négocier sur le fond, et il continue d’espérer, comme il l’a fait entre 2015 et 2017, que nous serons battus aux prochaines élections. Il y travaille même en sous-main, et il n’est pas un ministre en visite en Corse qui n’oublie d’aller serrer la main au Maire d’Aiacciu !

Aussi la durée que l’on doit viser n’est pas seulement celle de la prochaine élection. Soyons-en convaincus : ce n’est que lorsqu’il aura admis que le mouvement national en général, et Femu a Corsica en particulier, restera à la tête des institutions de la Corse pour une très longue période, bien au-delà d’un ou deux mandats, que le pouvoir politique en place à Paris acceptera d’engager une véritable négociation sur le statut de la Corse, pour aller vers une autonomie de plein droit et de plein exercice.

C’est désormais le rôle de Femu a Corsica de construire cet outil démocratique qui fera du mouvement national la force politique dominante en Corse sur le long terme, au-delà des victoires d’hier et d’aujourd’hui, pour bâtir l’avenir du peuple corse sur sa terre de Corse.

François Alfonsi
4 décembre 2018