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(Unità Naziunale Publié le 13 novembre 2000) « Les « orientations » de Matignon ont enclenché chez certains « républicains » une véritable crise d’hystérie verbale.

Si par hystérie l’on entend : le comportement violent d’une personne qui ne peut plus se contrôler. Quelques rappels historiques nous permettront peut-être, non pas de relativiser le problème soulevé, il est trop fondamental pour la vie heureuse de notre pays, mais de prendre un peu de recul pour qu’enfin : « raison advienne en politique ».

C’est d’abord l’histoire qui nous dira ce qu’il faut penser de la constitution française, du problème constitutionnel français, car problème il y a !

De 1789 à nos jours, la France a connu quinze constitutions écrites. Leur succession n’est pas faite par « raison démonstrative », par le dialogue et la réflexion politique.

« L’incapacité à s’adapter »

Il a bien fallu quatre révolutions sanglantes, deux coups d’État (plus celui, plus en douceur de 1958 !) et trois interventions de l’étranger. La France s’est payée aussi le luxe de deux épurations : la terreur et celle de 1945-1946 (peut être cent mille exécutions sommaires !). L’incapacité à s’adapter aux nouvelles données politiques et historiques, telles est la constante du problème français.

La constitution du 28 septembre 1958 a été conçue essentiellement pour mettre un terme à la faiblesse du pouvoir exécutif en France, depuis que ce pays, après avoir connu deux Républiques, deux monarchies constitutionnelles et deux empires, en moins de cent ans, a, en 1975, opté pour le régime parlementaire et ses équivoques.

En 1958, elle conserve ce régime et l’organise de manière à rétablir un certain équilibre entre les pouvoirs. Cette nouvelle constitution est une nouvelle tentative de stabilisation. C’est une des obsessions françaises !

Mettre un terme à la faiblesse du pouvoir exécutif et constituer la « communauté française » voilà ce que se proposait la constitution de septembre 1958, issue d’un coup d’État habillement négocié du 13 mai. « La République et les peuples des territoires d’Outre-Mer qui par un acte de libre détermination adoptent la présente constitution, instituent une communauté.

La communauté est fondée sur l’égalité et la solidarité des peuples qui la composent (article 1er en 1958 !).

« De quoi la France républicaine a-t-elle peur ? »

Cette communauté n’a jamais existé politiquement. Quant au pouvoir exécutif, il est déstabilisé qu’on le veuille ou non par des rivalités ridicules, triviales entre le Président et le Premier ministre.

Mais surtout, si normalement la constitution que se donne un peuple se présente comme une barrière contre l’arbitraire, cette barrière peut n’être que purement formelle. La constitution peut ainsi n’être que la façon juridique derrière laquelle se dissimule, en fait, une volonté de puissance.

Angoisse de la stabilité, volonté de puissance, voilà ce qui explique peut-être l’hystérie française.

Si elle pose les principes du pouvoir, la constitution n’en détermine pas impérativement la réalité politique.

« Ce colosse au pied d’argile… »

Tout comme l’État, elle peut n’être qu’un artifice servant d’alibi. Cette république dite parlementaire et démocratique se veut une puissance, est-ce vraiment compatible ?
Mais surtout ce colosse aux pieds d’argile sait son unité artificielle, et il sait quelle histoire a façonné cette unité.

De quoi donc la France républicaine a-t-elle peur ? Des Corses, des Basques, des Bretons ou d’elle-même ?

Nous pensons que les « orientations de Matignon » pourraient la libérer de sa camisole de force et lui permettre de respirer un peu plus librement.

Quant à la violence, c’est la politique, si elle se veut l’art de civiliser, qui doit y mettre fin. Il ne faudrait pas mettre la charrue avant les bœufs !

MM. les Républicains on attendrait de vous un peu plus de courage et de politique de réflexion.

Mais surtout vous avez la mémoire courte ! »

Prete Mondoloni
Corse Matin du 13 novembre 2000