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(Unità Naziunale Publié le 21 septembre à 13h05) Arritti : Comment un militant qui était opposé à la stratégie d’ETA, s’est retrouvé avec d’autres, avec dix caisses d’armes et d’explosifs, arrêté par la police anti-terroriste du RAID à Louhossoa en 2016?

Jean Etcheverry: On était dans une situation assez suréaliste et dangereuse en cette fin d’année 2016. Depuis plus de 5 ans, l’organisation ETA qui était née sous la dictature franquiste en mouvement de résistance et de lutte pour le droit à l’autodétermination du peuple basque, avait au bout de 60 ans d’existence, décidé d’arrêter définitivement la lutte armée. C’était suite à la conférence d’Aiete, en 2011, présidée notamment par Kofi Anan décédé il y a quelques semaines et qu’on peut saluer pour son inlassable travail pour la paix et la justice dans le monde.

Plus de 5 ans après donc, non seulement rien n’avait changé, non seulement les deux États français et espagnol n’avaient manifesté aucun signe d’accompagnement en adoucissant la politique pénitentiaire par exemple, mais on avait l’impression qu’ils jetaient de l’huile sur le feu en multipliant les provocations, les agressions, les actes de répression et en continuant à mettre une pression terrible sur ETA

Pourtant des signes forts étaient donnés dans la société basque…

Il y avait notamment sous l’égide d’une commission internationale tout un processus de vérification que l’arsenal n’était pas utilisé, et au contraire faisait l’objet d’un inventaire puis d’une mise sous scellés. Or plusieurs opérations policières et judiciaires ont été menées pour arrêter les militants qui procédaient à cet inventaire, jusqu’à convoquer les membres de la commission internationale devant les juges ! Rien n’était mis en place pour aider ETA à avoir une fin ordonnée, organisée, sécurisée. C’était un vrai problème politique.

Qu’est-ce qui vous amène à agir en 2016?

Il y avait des caches d’armes et d’explosifs un peu partout dans la nature, et cette question du désarmement empêchait toutes les autres d’avancer sérieusement. Les militants qui n’étaient pas du monde d’ETA, voire qui y étaient opposés, voyaient avec inquiétude apparaître des dissidences, même si elles étaient ultra minoritaires. Dans quelles mains allaient tomber ces armes ? On se méfiait aussi des risques de manipulation. Et puis l’Etat espagnol jouait la montre, il cherchait une espèce de défaite totale, de déroute, d’humiliation de l’organisation ETA, en arrêtant jusqu’au dernier de ses militants.

On savait cette logique dangereuse à moyen et long termes. Quand un conflit s’arrête par l’écrasement total d’une des parties, forcément on sème des germes d’une prochaine revanche et la volonté pour la génération suivante de revenir à la charge, souvent dans des conditions encore plus exacerbées.

Il fallait faire quelque chose.

Comment vous y êtes-vous pris ?

Ça n’était pas évident, après des années de divisions sur des visions stratégiques différentes, il n’y avait pas forcément des rapports de confiance. Mais cette discussion a eu lieu avec une organisation que l’on a trouvée particulièrement réaliste, pragmatique et qui a tenu tous les engagements qu’elle avait pris. Le point central était qu’ETA déléguait la responsabilité du démantèlement de la totalité de son arsenal à la société civile, par le biais de trois représentants qui étaient Michel Berhocoirigoin, ex-président de la Chambre d’Agriculture alternative du Pays Basque, ancien secrétaire national de la Confédération Paysanne, Michel Tubiana, président d’honneur de la Ligue des Droits de l’Homme et moi-même. Nous nous engagions à mener ce désarmement jusqu’au bout. À Louhossoa, on avait une partie significative de l’arsenal, 15%, que nous nous apprêtions à neutraliser.

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