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(Unità Naziunale – 19 janvier 2018 – 07h00) Le Président Macron va débarquer le 8 février pour la cérémonie à la mémoire du Préfet Erignac. Beaucoup l’espère animé d’un souci d’apaisement et disposé à ouvrir un dialogue avec une majorité de natios élus largement à la CTC qui se réclament du Peuple Corse depuis des décennies.

On l’attend, on pense qu’il a commencé à comprendre.

Personnellement, je suis certain qu’Emmanuel Macron a compris, mais je crois qu’il restera le Président de la République française jacobine. Lors de ce voyage ou à une autre occasion on aura droit à quelques concessions de forme girondines mais aucun recul sur les principes jacobins de la République française.

Le rejet jusqu’à nos jours de la coofficialité et du statut de résident s’inscrit dans toute l’histoire du jacobinisme de la République française qui interdit toute reconnaissance légale entre une communauté historique et son territoire ce qui est une entreprise volontaire de les néantiser. «Un seul pays, une seule nation, une seule langue ».

La France républicaine a maintenu depuis la dernière Guerre Mondiale (39-45) ce cap à contre-courant de l’évolution qui se renforçait pour les autonomies régionales et les droits des Peuples minoritaires au fur et à mesure que la décolonisation s’achevait et que l’Europe faisait ses premiers pas.

Le 5 mai 1949 le traité de Londres, face au rideau de fer soviétique, crée le Conseil de l’Europe (à ne pas confondre avec le Conseil européen des chefs d’État ou le Conseil des ministres des Affaires Étrangères de l’Union Européenne). C’est une organisation intergouvernementale de 47 membres dont 28 de l’Europe qui veut promouvoir la démocratie et une prise de conscience de sa diversité. Son siège est à Strasbourg. Son assemblée parlementaire est faite de représentants désignés au sein des divers Parlements. Elle propose des traités à signer par les États puis à ratifier par leurs Parlements tel que la Charte des Langues Régionales ou Minoritaires en 1992 qui sont à considérer comme patrimoine culturel européen et en promouvoir l’usage privé et public.

La France la signe mais ne l’a pas ratifiée à ce jour. Dans son préambule, la Charte contribue « à la paix, aux droits de l’homme, au renforcement de la démocratie et à la diversité culturelle ».

En 2008, le Comité économique et sociale des Nations Unies invite la France à la ratifier.

En vain.

« Le français est la langue de la République », article 2 de la Constitution n’a été introduit qu’en 1992 et 1994 par modifications de la Constitution. Il n’existait pas jusqu’à cette date. Le Garde des Sceaux certifiant aux parlementaires « que cette précision ne nuirait aucunement aux langues régionales ».

Le Statut de la Collectivité Territoriale de Corse voulait entre autre un plan de développement de l’enseignement et de la culture corse. Le Conseil Constitutionnel acceptait mais qu’il n’y ait rien d’obligatoire.

Même attitude pour le tahitien en Polynésie.

Le Conseil Constitutionnel décrétait que la Charte des Langues Régionales et Minoritaires avait certaines clauses qui étaient contraires à la Constitution « en ce sens qu’elles tendaient à pratiquer une autre langue que le français dans la vie publique » (Justice et services publics notamment) et qu’elle portait atteinte « aux principes d’indivisibilité de la République, d’égalité devant la loi et d’unicité du Peuple Français ». La révision Constitutionnelle du 23 juillet 2008 consentait à reconnaître les langues régionales à l’article 75-1 de la Constitution et non à l’article 2 comme pour le français. « Les langues régionales font partie du patrimoine de la France ».

L’Unesco s’intéresse dès 1980 à la diversité culturelle, patrimoine culturel et immatériel de l’humanité.

En 2001, une conférence internationale sur les langues en danger à lieu à Kyoto.

De 2001 à 2003, elle diligente un groupe de linguistes qui font rapport1 sur la vitalité et la disparition des langues, son rôle pour la sauvegarde et la diversité linguistique et culturelle de l’humanité avec comme objet d’en dégager les moyens. Ils proposent 9 facteurs pour le diagnostic de la situation d’une langue et en déduire les actions nécessaires.

Les 6 premiers essentiels pour aborder ce problème.

En 2009, l’Unesco publie le livre rouge des langues en voie de disparition.

En se référant à ces travaux on peut avoir une idée précise du sort de la langue corse: elle est gravement menacée de disparition.

Consulter ce rapport en ligne et vous perdrez toute illusion.

La 1re partie du rapport de 2003 traite des motifs et des circonstances de l’étude.

La 2e partie énonce 9 facteurs pour établir le degré de vitalité des langues régionales et minoritaires qui fondent un diagnostic et permettent d’intervenir.

Je les ai appliqués pour notre langue. Selon moi elle est en phase finale de disparition dans deux décennies. Sauf bien entendu si on peut mener une politique de sauvetage grâce à la coofficialité et l’engagement fervent de tous les Corses. On ne peut pas s’en remettre à l’Etat jacobin qui est l’ennemi jouant le faux ami.

Brièvement, je vous donne ma lecture de ces 9 facteurs, les 6 premiers étant les premiers à considérer quant à la vitalité.

Facteur 1 : la langue n’est plus enseignée comme langue maternelle à la maison ce qui correspond au degré 3 sur 6. Langue en danger de disparition.

F2 : le nombre absolu de locuteurs. Une petite communauté est toujours à risque.

F3: le taux de locuteurs. Précaire quand presque tout le monde la parle. Danger si la majorité parle la Langue.

F4: utilisation de la langue dans les domaines publics et privés. Extrêmement limité : peu de domaines et peu de fonctions.

F5 : nouveaux domaines et médias ne font qu’étendre le champ d’action de la langue dominante.

F6: accessibilité a des matériels écrits.

F7 : attitudes et politiques linguistiques du gouvernement et des institutions. Assimilation forcée : « seul la langue dominante à un statut officiel ».

F8 : la majorité du groupe est favorable au maintien. (Nombreux sont ceux qui n’osent plus dire qu’ils sont contre, ceux qui s’en moquent et se taisent, et ceux qui acceptent le bilinguisme de l’État par méconnaissance des données scientifiques linguistiques).

F9 : évoque le type et la qualité de la documentation.

La coofficialité sur le territoire insulaire est indispensable pour sortir du statut d’assimilation forcée comme l’affirme le facteur 7 ci-dessus du rapport de l’Unesco.

Statut de coofficialité, de résident, fiscalité feront-ils l’objet de négociations avec le gouvernement ? Le Président en parlerat- il lors de sa venue ? De toute façon ce sera un test pour mesurer la distance et l’effort qui seront à faire pour atteindre le but pour sauver le Peuple Corse condamné à la mort culturelle, sciemment voulue par le jacobinisme totalitaire de la République française. Un statut d’autonomie pleine et entière est la condition de base pour sauver notre Peuple au même titre que la coofficialité l’est pour sauver la langue.

Ou l’assimilation se poursuit ou on change de statut.

L’incompatibilité est totale. C’est la mort lente ou l’espoir de survie. Les Corses sont face à leur destin collectif. Ils n’ont pas d’alternative. La mission des natios est de le leur faire comprendre car sans une majorité de Corses convaincus et déterminés, la cause est perdue.

1 : Cette Charte est consultable ici.

Max Simeoni sur ARRITTI