Produit CORSU E RIBELLU

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(Unità Naziunale – 15 janvier 2018 – 06h00) Le peuple corse n’existerait donc pas en soi. Aucune donnée réellement objective, incontestable, qui viendrait en attester. Ceci vaut finalement pour l’ensemble des peuples car le concept et ce qu’il recouvre, est subjectif, labile, aléatoire.

Par conséquent, nous devons confronter notre problème à au moins trois données : l’historicité, la territorialité et l’auto-reconnaissance.

Du côté de l’historicité, on peut dire qu’il y a un certain nombre de faits sédimentés dans l’Histoire qui donnent du sens et font référence de manière collective pour les Corses. Ce sentiment de commune appartenance n’est donc pas pulsionnel, juvénile ou fugace. Il s’inscrit dans une durée qui ne peut être réduite à la conjoncture liée à tel ou tel gouvernement. 

Du côté de la territorialité, on peut facilement situer ce sentiment d’existence, le circonscrire à un territoire commun pourvoyeur de sens : l’île de Corse. Sauf à nier le fait que la Corse soit une île porteuse de frontières et que chaque Corse de l’île ou de la diaspora s’y réfère. Et au-delà du territoire physique délimité, il s’agit d’un territoire fonctionnel, social et symbolique de référence. 

Enfin d’un point de vue politique, il y a un fait, le plus important selon nous car l’histoire et la géographie peuvent être relativisées elles aussi. Il s’agit là d’un fait qui donne au peuple corse une existence avec une force dirimante : la volonté politique exprimée par l’organisation pacifique d’un corps social qui, directement ou par le biais de ses représentants, se prononce régulièrement sur ledit sujet.

Cela s’appelle la démocratie

Et celle-ci affirme, selon un mouvement d’auto-reconnaissance depuis près de 30 ans pour la période contemporaine, que le peuple corse existe. Elle a renouvelé l’expression de cette existence encore très récemment en donnant une nette majorité à une liste dont la reconnaissance du peuple corse constitue le fondement de son engagement politique.

L’existence du peuple corse ne relève donc pas que de faits subjectifs mais d’un fait politique. Sauf à nier le droit des Corses à s’exprimer, sauf à nier le contenu de cette expression, sauf à nier la représentation légitime des Corses, sauf à se faire l’unique décideur de ce qui a le droit à l’existence ou non, sauf à nier 30 années d’histoire politique, sauf à être un pourfendeur de la démocratie… l’État doit prendre en compte ce fait politique majeur. Encore une fois, non pas parce que le peuple corse existerait en soi mais simplement parce que les Corses, singulière communauté humaine et politique, ont décidé démocratiquement qu’il existait.

Romain Colonna