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(Unità Naziunale – 2 janvier 2018 – 18h00)  Voici le discours du Président Simeoni après son élection à la tête du Conseil Executif de cette nouvelle Collectivité Unique.

Les hasards du calendrier, et la volonté du législateur, font que la séance d’installation de notre institution se tient le 2 janvier.

Qu’il me soit donc permis, en ce début d’année, de renouveler mes vœux pour l’année 2018.

Des vœux qui s’adressent d’abord à celles et ceux qui sont dans des situations personnelles ou familiales difficiles : le deuil ou la maladie, ou encore la précarité économique et sociale, l’isolement, l’exclusion.

Des vœux qui vont ensuite, naturellement, aux prisonniers politiques et à leurs familles :

que le Noël qui vient de s’écouler soit le dernier qu’ils passent éloignés loin des leurs et de leur île et que le rapprochement permis par la loi et promis par les Gouvernements successifs soit enfin effectif.

Des vœux, aussi, bien sûr, pour les presque 5.000 fonctionnaires et agents de la nouvelle Collectivité de Corse. Je veux leur redire, en cette session d’installation, et en ma qualité de chef des personnels, ma fierté de travailler à leurs côtés.

La mission qui nous attend est la plus exaltante qui soit : faire vivre une institution nouvelle, conforter le service public, construire une administration moderne et efficace qui va faire entrer la Corse dans le XXIème siècle.

Des vœux, enfin, qui s’adressent à chacune et chacun d’entre vous, et naturellement à vous, mes chers collègues et amis :

Pace è salute per voi è tutti i vostri.
Chì 2018 sia un‘annata di pace è di divizia, per a nostr’isula, per a Francia, l’Europa, è per u mondu sanu.

Il me faut aussi, au seuil de mon propos, avoir une pensée émue pour celles et ceux, élus, fonctionnaires, militants, qui nous ont quittés durant l’année écoulée.

Et saluer à mon tour la mémoire du Dr Ruault, dont les obsèques ont eu lieu aujourd’hui, tout en assurant sa famille de notre soutien dans cette épreuve.

Je souhaite aussi remercier tous les fonctionnaires et agents qui se sont investis depuis de nombreux mois dans la préparation de cette séance d’installation et de mise en route des nouvelles institutions de la Corse, qui a nécessité un travail considérable, et particulièrement les secrétariats généraux des trois anciennes Assemblées territoriale et départementales et celui du Conseil exécutif de Corse, sans oublier celui du Conseil économique social et culturel.

Je salue amicalement tous les élus ayant siégé, lors de la précédente mandature, dans la Collectivité territoriale de Corse et les deux conseils départementaux de Haute-Corse et de Corse-du-Sud et qui ne siégeront pas dans celle-ci, et notamment et particulièrement les anciens Présidents de l’Assemblée de Corse Dominique Bucchini et José Rossi, deux figures majeures de la vie politique insulaire.

J’adresse, en notre nom à tous, nos remerciements à tous les fonctionnaires ayant désormais fait valoir leur droit à la retraite, avec une pensée particulière pour Paul Pellegri, ancien Directeur Général des Services de la Collectivité Territoriale de Corse, et pour José Colombani, mémoire et cheville ouvrière de l’Administration de cette maison pendant des décennies.

Enfin, au moment où nait la nouvelle Collectivité de Corse issue de la fusion entre la Collectivité territoriale de Corse et les deux conseils départementaux de Haute-Corse et de Corse-du-Sud, il est naturel et indispensable de rendre hommage à toutes celles et ceux, élus, fonctionnaires et agents, qui ont contribué, depuis l’origine, à la vie et à l’action de ces institutions.

Avec là encore un clin d’œil amical aux deux anciens Présidents Luciani et Orlandi, avec lesquels nous sommes heureux de siéger.

Nous lui devons d’ailleurs un des scoops de cette journée d’installation : le Président du Conseil exécutif de Corse, nationaliste, fait son discours en français, et le Président doyen d’âge de l’Assemblée de Corse, farouchement hostile aux nationalistes truffe le sien de phrases en corse… C’est donc, pour les observateurs parisiens, à y perdre son latin… !

Une séance d’installation revêt par nature une importance et une solennité particulières.
Je ne peux m’empêcher d’évoquer celle du 17 décembre 2015, qui a tant marqué nos cœurs et nos esprits.

Que nous l’ayons vécue dans cet hémicycle, depuis les bancs du public, ou grâce à la télévision, la radio, ou internet, ce sont les mêmes sentiments qui ont étreint des dizaines de milliers de Corses, de toutes générations, de toutes opinions, dans l’île, et en dehors de celle-ci : le bonheur suscité par un rêve devenu réalitéé, l’émotion en pensant à celles et ceux, disparus ou emprisonnés, ne pouvant partager ce moment, la conscience aiguë, aussi, de l’importance des défis à relever et des tâches restant à accomplir.

Sont également irréversiblement gravés dans nos coeurs quelques moments parmi les plus forts de cette journée historique : la solennité et la force du serment que nous avons prêté, la puissance du Diu vi salvi Regina spontanément entonné ici-même par la foule et repris par tous les élus, majorité et opposition confondus, les larmes, aussi, retenues ou versées, en pensant à ce qu’il avait fallu de sacrifices, de douleurs, de combats, pour en arriver à ces instants.. tamanta strada !

Oui, cela fut un long, un très long chemin, pour en arriver à ces instants magiques, à la fois points d’arrivée d’un demi-siècle de lutte, et points de départ d’une nouvelle période de l’histoire de la Corse.

La séance d’installation d’aujourd’hui est d’une autre nature.

Mais elle a une signification et une importance politiques toute aussi marquée.

Deux années se sont écoulées depuis le 17 décembre 2015.

Elles ont été denses, chargées, souvent difficiles.

Durant ces deux ans, nous avons, pour la première fois, eu la responsabilité de gouverner cette île.

Durant ces deux ans, nous avons eu l’occasion de confronter nos discours et nos idées à l’épreuve des faits.

Durant ces deux ans, les Corses ont eu l’occasion de juger notre travail et notre capacité à respecter les engagements pris devant eux et devant le suffrage universel.

On ne peut prendre l’exacte mesure de ce que nous vivons aujourd’hui, en ce mardi 2 janvier 2018, sans se retourner un instant sur une double temporalité :

Celle du temps long, qui explique à quelle matrice historique puise l’enracinement et la victoire de notre démarche ;
Et celle d’un temps plus court, caractérisé par une séquence politique et électorale qui a conduit à un basculement rapide et d’une ampleur imprévisible en faveur de la dynamique et des idées portées par le mouvement nationaliste.

Le temps long, car notre combat vient de loin, et ne saurait se résumer à une déclinaison insulaire du « dégagisme » à l’œuvre en France ou d’autres pays européens.

Notre combat vient de loin, car il puise ses racines dans cette première Révolution de Corse initiée au détour du XVIIIème siècle.

Une Révolution citée en exemple par l’Europe des Lumières, menée par un petit peuple façonné par une histoire tourmentée, amoureux de la liberté – Pasquale Paoli disait déjà : « la réaction contre l’arbitraire est une seconde nature chez les Corses », et capable de rédiger une Constitution dont s’inspireront les Révolutionnaires Américains et Français.
Notre combat vient de loin parce qu’il s’inscrit dans le fil historique de cinquante années de luttes contemporaines du peuple corse pour la reconnaissance de ses droits : droit à la langue et à la culture, droit à la mémoire, droit à la terre, droit à la justice, droit à la dignité, droit, tout simplement, à la vie.

Il faut avoir à l’esprit le poids et la force de cette histoire, pour mesurer la foi et la détermination qui nous habitent, et pour comprendre que rien, jamais, ne nous fera renoncer à notre idéal et à ce que nous sommes.

Et à ce temps long se superpose le temps court, et l’extraordinaire accélération de l’histoire qui a caractérisé ces trois dernières années.

Une accélération qui peut se résumer en quatre dates clés :

  • Mars 2014 : victoire électorale de Bastia 
  • Juin 2014, annonce par le FLNC de la fin de la clandestinité ;
  • Décembre 2015, victoire de la liste d’union Pè a Corsica (regroupant Femu a Corsica : 17,62% des voix au premier tour et Corsica Libera : 7,73% des voix au premier) avec 36% des suffrages exprimés.
  • Juin 2017 : élection, pour la première fois, de trois députés nationalistes : Ghjuvan’Felice Acquaviva, Michè Castellani, è Paul ‘Andria Colombani : je les salue amicalement, comme je salue le quatrième, le Dr Ferrara, également présent aujourd’hui ;
  • Décembre 2017 : victoire de Pè a Corsica avec 56% des suffrages exprimés ;

Au-delà de l’adhésion d’un grand nombre de Corses aux idées nationalistes, ce basculement politique exprime une aspiration plus large, transcendant les appartenances politiques traditionnelles : la construction d’une société insulaire démocratique, émancipée aux plans politique, économique, social, et culturel.

Les Corses ont majoritairement choisi de faire confiance aux nationalistes pour être la force motrice de ce changement. Ce qui n’implique pas, la lucidité politique et l’honnêteté intellectuelle commandent de le dire clairement, que tous les électrices et électeurs qui nous ont apporté leurs suffrages partagent la totalité de nos convictions.

– D’abord nous affirmer en véritable force de gouvernement, capable de répondre aux attentes des Corses dans tous les domaines, y compris ceux du quotidien. C’est ce que nous nous sommes efforcés de faire en travaillant sans relâche et dans tous les domaines. Nous avons notamment et par exemple refondé notre modèle maritime des transports, redonné une perspective d’avenir à nos territoires de montagne, travaillé à renforcer notre auto-suffisance énergétique, associé les forces vives de l’île à l’élaboration du plan de lutte contre la précarité, du SRDEII et du projet de statut fiscal et social dans le domaine économique, préparé l’avènement de la nouvelle Collectivité de Corse,

Dès 2015 et mon premier discours de Président du Conseil exécutif de Corse, j’ai souligné que pour être à la hauteur des enjeux et de la confiance manifestée par les Corses, nous avions une triple responsabilité à assumer : réaffirmé le rôle central de la formation, de l’enseignement, et donc de la jeunesse dans notre projet de transformation de la société corse.

– Ensuite dépasser les logiques partisanes : notre victoire politique ne devait pas être celle d’un camp sur un autre. Elle devait au contraire devenir chaque jour un peu plus celle de tous les Corses et de la Corse. Nous souhaitons être les artisans inlassables de cette émergence d’une Corse apaisée, capable d’offrir aux générations d’aujourd’hui et de demain des perspectives heureuses.

– Enfin engager avec l’Etat un dialogue sans tabou ni préalable, débouchant sur une véritable solution politique. Malgré les refus persistants qui nous ont été opposés sur ce point, nous avons choisi de maintenir une attitude constructive. Notre sens des responsabilités et notre opiniâtreté à défendre les intérêts de la Corse ont été salués publiquement par de nombreux membres des Gouvernements précédents. Ils nous ont permis de nouer des relations de respect et d’estime mutuels avec des interlocuteurs gouvernementaux aux idées et parcours radicalement différents des nôtres, comme le Ministre Jean-Michel Baylet. Le travail ainsi accompli a débouché sur des avancées significatives pour la Corse, comme la sauvegarde de notre régime spécifique en matière de droits de succession (dossier dit de l’arrêté Miot), la reconnaissance par la loi du statut d’île-montagne, ou encore la mise en œuvre de la nouvelle Collectivité de Corse. Reste un point, essentiel : nos demandes fondamentales sont à ce jour restées sans réponse et n’ont même pas fait l’objet de l’ouverture d’une discussion.

C’est donc au terme de deux années seulement – un mandat écourté, et dans ce contexte d’ensemble, que sont intervenues les élections territoriales des 3 et 10 décembre dernier.

Nos adversaires politiques, en Corse comme à Paris, ont voulu en faire une sorte de consultation référendaire, contre les nationalistes.

Un dessein qui les a conduits à chercher à susciter des peurs fantasmatiques, comme celle d’un glissement mécanique vers l’indépendance en cas de victoire de Pè a Corsica.
Ou à envisager une forme d’union sacrée anti-nationaliste entre trois listes aux visions politiques totalement opposées, mais prêtes à s’allier uniquement pour battre la majorité territoriale et mettre un terme au changement initié en 2015.

Concernant le premier argument, nous avons fait valoir que le pacte stratégique proposé à la validation des Corses par Pè a Corsica dès le premier tour de scrutin est clair.
Qu’il repose sur deux piliers essentiels : la démocratie comme clé de voute, et un statut d’autonomie de plein droit et de plein exercice au plan institutionnel.

Concernant le deuxième, nous avons rejeté avec force l’idée d’une classe politique, et a fortiori d’une société corse, coupées en deux camps antagonistes. Et réaffirmé notre volonté de travailler au service de notre île avec tous les Corses, qu’ils soient nationalistes ou qu’ils ne le soient pas.

Le débat démocratique a eu lieu pendant le temps de la campagne électorale.

Le suffrage universel a parlé. Et il l’a fait avec une force et une clarté sans précédent.
En notre faveur, et dans des proportions jamais atteintes pour une élection territoriale : 56,46% des suffrages exprimés, le pourcentage et le nombre de voix les plus élevés obtenus dans l’histoire de la Corse.

Une analyse plus fine révèle des résultats homogènes dans toute la Corse, en zone urbaine et péri-urbaine comme en milieu rural et montagnard, dans les grandes villes comme dans les plus petits villages, avec des résultats, dans des régions entières, allant jusqu’à 70 ou 80 % des suffrages exprimés.

Ce résultat nous honore.

Nous en sommes fiers, bien évidemment, car il est aussi la récompense du travail que nous avons accompli collectivement pendant les deux années qui viennent de s’écouler.
Nous le recevons également avec humilité, car nous savons que le plus difficile reste à faire.

Les Corses nous ont en effet donné mandat pour mener de front, avec l’ensemble des forces vives de l’île et de la diaspora, deux chantiers immenses, et complémentaires :
D’abord la mise en œuvre du projet de transformation profonde de la société insulaire voulu par une majorité de Corses ;

L’objectif que nous nous sommes assignés se résume en quelques mots : un paese da fà ! Nous avons en effet un pays à construire.

Il existe aujourd’hui dans notre peuple, dans l’île comme dans la diaspora, un enthousiasme, un espoir, une volonté qui vont nous permettre de réussir.

Mais pour cela, il faudra répondre présent dans trois domaines :

1er domaine : celui de la méthode

Plus que jamais, l’implication de toutes les forces vives et le renforcement de la respiration démocratique de la société corse sont des impératifs absolus.
Le score historique que nous venons de réaliser aux élections territoriales nous donnent beaucoup plus de devoirs que de droits.

En premier lieu, il serait dangereux et illusoire de penser que les défis qui se posent à une société peuvent être relevés par une seule institution ou un seul courant de pensée.
En deuxième lieu, nous avons à l’esprit que nous ne représentons pas tous les Corses et que nous n’avons pas le monopole de l’amour de cette terre, ni de la légitimité pour la défendre ou en porter la voix.

Le pluralisme de la société corse est une réalité, et aussi une richesse. Il nous appartient de le prendre en compte et de le faire vivre.

Ceci se traduira d’abord dans le fonctionnement de notre institution : comme cela a été le cas lors de la précédente mandature, l’opposition, désormais représentée par trois groupes, sera bien évidemment respectée dans ses choix et dans ses prérogatives.
Je salue amicalement nos collègues de l’opposition.

Vous savez que nos idées peuvent être différentes, voire opposées. Elles n’empêchent pas le respect réciproque, l’estime, ou l’amitié.

Au-delà de la qualité de nos rapports personnels et humains, la campagne électorale et les prises de position publiques postérieures au scrutin ont laissé entendre que l’opposition, ou certaines de ses composantes, seraient dans une posture de combat contre la majorité territoriale.

Si cela devait être le cas, nous respecterions là encore totalement cette décision.
Mais sachez que nous sommes prêts, chaque fois que cela sera possible, à travailler avec vous au service de la Corse.

A vous de nous dire, dans les semaines et les mois à venir, comment vous concevez votre rôle et vos rapports avec la majorité territoriale.

Quoi qu’il en soit, la majorité absolue dont le suffrage universel nous a dotés au sein de cette Assemblée ne conduira pas à un affadissement du débat démocratique, ni à une diminution des moyens d’action et d’expression de l’opposition.

Au-delà du fonctionnement interne à la nouvelle Collectivité de Corse, nous n’oublions pas que des forces politiques significatives ne sont pas représentées au sein de cette Assemblée, notamment parce qu’elles n’ont pas pu franchir l’obstacle du premier tour de scrutin.

Il ne serait ni juste, ni souhaitable, qu’elles soient tenues à l’écart des chantiers qui nous attendent.

C’est d’abord le cas au sein de notre propre famille politique.

Comme nous l’avons écrit dans notre accord stratégique, et répété pendant la campagne électorale, nous avons la volonté d’avoir avec la démarche « Core in Fronte » des relations apaisées et constructives.

Sur le fond, il nous apparaît naturel et souhaitable que toutes les forces issues du combat historique pour l’émancipation et la reconnaissance du peuple corse convergent et s’unissent pour bâtir la Corse d’aujourd’hui et de demain.

De façon générale, et au-delà de notre famille politique, nous proposerons à l’ensemble des forces politiques d’être associées aux réflexions et aux travaux de nos institutions.
Cette volonté d’impliquer tous les acteurs dans les grands dossiers à poursuivre ou à mettre en œuvre s’étendra bien sûr à l’ensemble des forces vives et des chambres consulaires.

Qui pourrait imaginer un plan de lutte contre la précarité réussi sans l’implication des associations oeuvrant dans le secteur ?

Un statut fiscal et social efficace sans avoir été co-construit avec les acteurs du monde économique et les partenaires sociaux ?

Une Corse ouverte sur l’extérieur et rayonnant en Europe et en Méditerranée sans soutien actif de la diaspora ?

Une Collectivité de Corse dont l’action n’impliquerait pas pleinement les institutions nouvelles ou désormais renforcées qui la composent : le Conseil Economique, Social, Environnemental et Culturel, la Chambre des territoires, l’Assemblea di a Ghjuventù ?
Là encore, nous aurons à proposer aux élus locaux et particulièrement aux maires n’appartenant pas nécessairement à notre majorité territoriale de s’impliquer activement dans la définition et la mise en œuvre des politiques publiques de la nouvelle Collectivité de Corse, deuxième chantier majeur de la mandature à venir.

2ème domaine : réussir la nouvelle Collectivité de Corse

Nous vivons aujourd’hui une étape nouvelle dans le processus initié en 1982 par le premier Statut particulier de la Corse et prolongé en 1991 par le statut Joxe, puis par la loi relative à la Corse de janvier 2002, dans le cadre dit du « processus de Matignon ».

Le 1er janvier 2018, hier donc, est entrée en vigueur la nouvelle Collectivité de Corse, née de de la fusion entre la Collectivité territoriale de Corse et les deux conseils départementaux de Haute-Corse et de Corse-du-Sud. Il faut remercier toutes celles et tous ceux qui ont travaillé à sa mise en forme, avec une mention particulière pour notre collègue Pierre Chaubon, qui en fut un des maîtres d’œuvre au plan juridique.

Cette Collectivité exercera désormais l’intégralité des compétences jusque là réparties entre les trois collectivités, sans pour autant, il faut le rappeler, en acquérir de nouvelles.
L’enjeu est de construire une institution nouvelle, performante, proche des citoyens et des territoires. Elle pourra compter sur près de 5.000 fonctionnaires et agents. Ils seront impliqués activement dans la construction et le fonctionnement de la nouvelle Collectivité. De même, en conformité avec les principes et méthodes mis en œuvre depuis notre accès aux responsabilités au sein de la CTC, leurs droits et prérogatives seront pleinement garantis : équité, transparence, non-immixtion du politique dans l’administration, dialogue social, respect des engagements pris en matière de protection sociale, de régime indemnitaire, d’absence de mobilité forcée.

La création de la nouvelle Collectivité de Corse a aussi une dimension politique forte.
Notre courant de pensée a historiquement plaidé pour la suppression des conseils généraux, devenus ensuite départementaux. La multiplication des structures a en effet aggravé les logiques clientélaires, le fractionnement de l’intérêt général en une kyrielle d’intérêts particuliers, et l’éparpillement et le saupoudrage des crédits et des actions au détriment d’une vision claire et globale des politiques publiques.

En cela, la nouvelle institution doit marquer un progrès vers la rationalisation et l’efficacité de l’action publique.

A condition que nous inventions ensemble des cadres d’action qui garantissent l’équité entre les citoyens et les territoires, et répondent à l’exigence forte et légitime de proximité manifestée par les citoyens de l’île. C’est là la condition sine qua non de la réussite de la nouvelle institution, et un objectif qui nous mobilisera fortement dans les mois à venir.

3ème domaine : Un changement de modèle à réussir

Nous avons, lors du bref délai de deux ans qui nous a été imparti, engagé de multiples réformes et posé les jalons des orientations stratégiques que nous entendons mettre en œuvre.

Je tiens à rendre hommage aux femmes et aux hommes qui ont composé le précédent Conseil exécutif de Corse.

Particulièrement à Agnès Simonpietri, qui a décidé de ne pas solliciter le renouvellement de son mandat, et à Fabienne Giovannini, à qui j’ai demandé d’occuper de nouvelles et importantes fonctions.

Le travail qu’elles ont l’une et l’autre initié sera bien sûr poursuivi, en conservant les mêmes axes stratégiques dans deux secteurs essentiels relevant des compétences qui leur étaient attribuées :

Celui des déchets, où nous poursuivrons la rupture avec le système du tout enfouissement pour aller dans les meilleures conditions possibles au tri généralisé ;

La mise en œuvre du PADDUC, avec la défense des espaces stratégiques agricoles et de l’ensemble des mécanismes prévus pour lutter contre la spéculation et la désanctuarisation.
Vous venez d’élire, à mes côtés, dix femmes et hommes qui auront à exercer les fonctions de conseillère ou de conseiller exécutif.

Je suis certain de leurs compétences, et de leur volonté de servir au mieux la Corse et le peuple corse.

Ils auront à mettre en œuvre une politique globale que le Conseil exécutif proposera de mettre en oeuvre lors de la mandature à venir, et dont j’aurai l’occasion de présenter les axes, lors de la session de l’Assemblée de Corse du 16 janvier prochain.
Notamment en insistant sur la place essentielle que tiendront la formation, l’éducation, et la mobilisation de nos ressources humaines, qu’elles se situent en Corse ou à l’extérieur de l’île, dans notre projet politique.

Nous avons souvent dit que la jeunesse est un atout majeur de cette île et de son peuple.
Le moment est venu de lui permettre de s’impliquer pleinement dans la construction de ce pays, et l’intégration dans le Conseil exécutif d’une très jeune femme est un premier signe tangible de ce tournant.

Dès demain après-midi, le Conseil exécutif tiendra une première réunion de travail.

Chaque conseillère ou conseiller exécutif sera appelé à proposer une feuille de route proposant des objectifs de court, moyen et long terme, qui fera l’objet rapidement d’un arbitrage aux fins de proposer à l’Assemblée de Corse, dès ses premières sessions, une vision globale et phasée des objectifs de la mandature.

Parallèlement à ce travail de fond que nous devons mener, les Corses nous ont également donné mandat pour engager le dialogue avec l’Etat.

Jamais il ne s’est trouvé une situation aussi favorable au règlement durable et négocié d’un conflit politique qui dure depuis un demi-siècle.

Nous sommes des interlocuteurs raisonnables, pondérés, dont la légitimité démocratique et politique est forte et incontestable.

Nous avons eu l’occasion de le dire souvent, y compris aux plus hautes autorités de l’Etat : la question corse n’est pas seulement économique et sociale, même si le développement économique et la justice sociale sont des priorités. Elle n’est pas non plus uniquement institutionnelle, même si les institutions sont les fers de lance de l’action publique. Elle est une question fondamentalement politique, qui touche à l’existence d’un peuple, et à la reconnaissance juridique, politique, et symbolique de cette donnée centrale.

Nous nous souhaitons, au plan institutionnel, co-construire avec l’ensemble des forces vives insulaires et l’Etat un statut d’autonomie de plein droit et de plein exercice, incluant l’exercice d’un pouvoir législatif.

Cela impliquera sans doute de modifier la Constitution, mais ne l’a-t-elle pas été à dix reprises depuis 2000 ? Et une nouvelle révision n’est-elle pas envisagée dans les mois à venir ?

Nous attendons donc également avec sérénité la venue de Mme Gourault, en charge du dossier corse, et nous rencontrerons probablement dans le courant du mois de janvier le Premier Ministre.

Mais nous savons également qu’aujourd’hui en France, c’est le Président de la République qui fixe le cap, et qui, aujourd’hui connaît le mieux le dossier corse.

Emmanuel Macron s’est fixé comme objectifs de mettre en œuvre un pacte girondin, de modifier profondément les paradigmes de l’action publique, de modifier le visage et les structures de la France et de l’Europe.

Il peut être aujourd’hui, s’il en a la volonté, l’homme d’Etat, qui ouvrira la voie à une solution politique négociée permettant de tourner définitivement la page du conflit, et de construire entre la Corse et la République française une relation nouvelle et apaisée.
Nous y sommes pour notre part disposés.

Avemu un paese à fà !
E l’emu da fà, ind’è a gioia è l’allegria, per e generazione d’eri, per quelle d’oghje, è per quelle chi so à vene !

Evviva u Populu corsu !
Evviva a demucrazia !

U Presidente Gilles Simeoni