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(Unità Naziunale – 6 décembre 11h00) Une très forte proportion des électrices et des électeurs donne aux courants autonomo-régionalistes de la liste Pè a Corsica la première place.

  • Quatre phénomènes marquent le vote du 3 décembre 2017.
  • L’augmentation très importante du score nationaliste au regard des résultats de 2015.
  • Le chiffre à la hausse de l’abstention qui concerne quasiment la moité des inscrits.
  • L’effondrement des néo-fascistes du Front National
  • La disparition du PCF au niveau de l’institution régionale

Ce fait confirme la dynamique électorale entamée en décembre 2015. L’épisode des législatives de 2017 confirme cette tendance, dont l’aboutissement actuel se manifeste par le score réalisé ce 3 décembre 2017. En deux années, Femu a Corsica et Corsica Libera sont parvenus à gagner en crédibilité auprès d’une majorité d’électeurs nationalistes auxquels s’additionnent des votes aux origines disparates.

L’image de bons gestionnaires que se sont donnés les tenants de la majorité régionale sortante explique pour partie le résultat de l’heure. Le recentrage des thématiques portées par ce courant du nationalisme, l’autonomie dans le cadre des institutions françaises, contribue à attirer de nouvelles franges d’un électorat antérieurement ancré dans la droite traditionnelle et de façon moindre celles d’un électorat venu de la gauche réformiste. Sociologiquement ce sont les jeunes générations d’électeurs qui votent massivement pour les autonomo-régionalistes. La petite bourgeoisie qui occupe une place centrale au cœur de ce courant nationaliste, soutient très fortement cette tendance dont les options économiques vont dans le sens de ses intérêts. La disparition du clan radical-socialiste et de ses alliés à libéré un électorat qui se reporte désormais sur les réformistes nationalistes. En relativisant la perspective de l’indépendance ces derniers, notamment le courant Corsica Libera, ont perdu une partie de leur électorat radical au profit du Rinnovu.

Le 10 décembre prochain confirmera la poussée autonomo-régionaliste, ce qui lui donnera une responsabilité majeure dans les politiques qui seront entreprises avec les moyens de la nouvelle collectivité unique. L’état de grâce, phénomène qui survient lors de l’apparition d’une nouvelle majorité, sera de courte durée car les problématiques sociales qui minent la société corse exigent des réponses fortes que le programme de la nouvelle majorité ne contient toujours pas en termes de mesures concrètes. La petite bourgeoisie en attente d’un statut fiscal favorable à la satisfaction de ses intérêts, a quasiment déserté les rivages de la droite traditionnelle. En s’ancrant dans le néo-nationalisme, elle manifeste son besoin de protection face à une globalisation économique qui exacerbe la concurrence sur le terrain de l’économie de marché. La prolifération des grandes surfaces et les réactions qu’elle génère dans le secteur des petits et moyens commerces, témoignent des inquiétudes de cette petite bourgeoisie.

Sur d’autres sujets la nouvelle majorité est attendue. L’instauration d’une véritable co-officialité, une loi d’amnistie pour les emprisonnés et les recherchés, un plan de gestion des déchets et d’instauration de nouvelles formes de production d’énergie, la préservation des espaces naturels collectifs face à la spéculation foncière, un rééquilibrage entre les secteurs de l’industrie touristique et les autres secteurs, la sauvegarde de l’agro pastoralisme et la lutte contre la précarité, sont autant de problématiques auxquelles sont très sensibles aussi bien l’électorat traditionnel du nationalisme que les nouvelles générations qui se reconnaissent en lui.

La majorité autonomo-régionaliste va être mise dans l’obligation de mettre enfin en lumière son projet de société et compte tenu de l’hétérogénéité sociale de son électorat, cet exercice est potentiellement porteur de tendances très contradictoires. Il lui faudra donc trancher, ce qui augure de nouvelles recompositions, dont le relatif succès électoral du Rinnovu est le signe annonciateur.

La consultation électorale du 3 décembre 2017 est marquée par un très fort taux d’abstention. Ce phénomène a déjà fait l’objet d’un constat identique lors des élections législatives et présidentielles. Le profil de l’abstentionniste moyen à une de ces trois consultations n’est pas similaire. Il est manifeste que l’électorat nationaliste traditionnel se mobilise peu pour les présidentielles, suivant en cela les positions prises par les directions. Cet électorat s’est par contre fortement mobilisé lors des législatives et régionales car les enjeux lui sont beaucoup plus perceptibles.

En quelques années la courbe démographique s’est fortement accentuée sans que le solde « naturel » naissances/décès ne se soit modifié. Il s’agit donc d’un apport de populations aux origines diverses. Parmi ces nouveaux arrivants, ceux qui disposent du droit de vote se mobilisent plus sur les élections qui concernent les enjeux nationaux français que pour les problématiques corses. C’est ce phénomène qui a marqué pour partie les dernières consultations (régionales et législatives). Face aux difficultés sociales, il est vraisemblable, qu’un socle d’abstentionnistes issus des milieux populaires se soit durablement installé. C’est la distanciation avec les institutions et les formations politiques qui peut expliquer ces comportements, tant elles apparaissent comme ne répondant pas aux besoins des personnes concernées.

Sur ces régionales, il est également manifeste que des courants comme le PRG et le PS n’étant plus présents une partie de leurs électorats se refugie dans l’abstention. Les divisions au sein de la droite traditionnelles ont contribué à éloigner du vote nombre de ses électeurs.

Le FN s’est écroulé sur ses bases. Sans implantation militante locale, il n’a su bénéficier jusqu’alors des retombées nationales françaises, précisément aux niveaux des présidentielles au travers des succès de la famille LEPEN.

A première vue cet effondrement peut apparaitre comme un fait très positif. Mais au-delà de ce tassement de circonstances, demeurent les thématiques de ces néo-fascistes qui polluent le champ politique et sociétal et ce bien au-delà de leurs frontières traditionnelles.La remise en cause du concept de « communauté de destin » par une fraction du nationalisme, y comprise présente au sein de l’actuelle majorité nationaliste a été occasionnée par la porosité de celle-ci aux discours sécuritaires, islamophobes et xénophobes jusqu’alors « marques de fabrique » du FN.

Le PCF n’a plus de représentation au sein de l’institution régionale. Au regard de la liste qu’il présentait en décembre 2015, l’érosion constatée est de faible intensité. Son alliance de circonstance avec une fraction d’ex-mélenchonistes autoproclamés ne lui pas apporté de gains substantiels. Ces dirigeants comme la tête de liste de ce premier tour du 3 décembre, invoquent l’ostracisme dont ils se disent victimes de la part des médias, et/ou les déclarations de JL Mélenchon. A aucun moment l’essentiel n’est abordé : le PCF et les ex PCF regroupés aujourd’hui sous le sigle « la corse insoumise » se sont tenus très éloignés des revendications portées par le mouvement nationaliste, y compris lorsque celles-ci portaient sur des problématiques sociales. Comme leurs ainés qui en 1968 sont passés à côté de tout un pan de la jeunesse, ils sont restés éloignés de la jeunesse corse.

Les alliances avec les clans Giacobbi et Zuccarelli ont également donné à ce parti le profil d’une structure ossifiée dans les politiques clientélistes en particulier en Haute Corse. Le PCF et ses alliés de l’heure ont tenu à se distinguer de ce qu’ils nomment eux aussi « l’extrême gauche » en se donnant un profil responsables de bons gestionnaires. Dans les faits ils se sont tenus aussi éloignés d’une véritable rupture avec le capitalisme qu’ils se sont tenus éloignés du « Riacquistu ».

Faute d’une critique de fond sur ce que fut une grande partie de la réalité de l’ex pays du « socialisme réel », le PCF s’est crispé sur un noyau militant en constante réduction. Dans cette posture, il a été et est encore un obstacle aux recompositions politiques qui devraient déboucher sur l’émergence d’une vraie gauche anticapitaliste et autogestionnaire ancrée au sein du peuple Corse.

Position pour le second tour

Nous confirmons ce jour notre appel à un vote pour la seule liste nationaliste encore présente. Le danger que fait courir au minimum démocratique le projet de Front Républicain est toujours réel. Certes les scores réalisés par les deux listes nationalistes le 3 décembre ont considérablement freiné les velléités des inspirateurs de cette manœuvre. L’incapacité des deux listes de Droite à s’unir pour le second tour montre également que ce plan parisien ce heurte à la réalité des intérêts particuliers insulaires. Il n’en reste pas moins vrai que la capacité de nuisance à l’encontre des droits du peuple Corse et de nos espaces naturels, demeure.

A contre sens de l’histoire actuelle de notre pays, des démocrates de circonstance se refusent encore à considérer que la majorité du peuple s’est prononcée pour le changement. De notre point de vue c’est cette volonté de changement qui s’est exprimée au premier tour. Au deuxième tour il faut que cet espoir se trouve encore renforcé.

Notre position n’est pas un alignement sur l’ensemble du programme proposé par la nouvelle majorité qui sortira des urnes. Il s’agir d’envoyer un message dans deux directions. A l’interne, nous l’avons déjà dit, il est question de mettre en échec des forces qui mixent en leur sein, les soutiens aux spéculations foncières et immobilières, les adversaires acharnés des droits historiques du peuple corse et des pseudos « modernistes » qui soutiennent la régression sociale mise en œuvre par l’actuel gouvernement.

Le deuxième message concerne précisément celui-ci, son premier ministre et son président. Des dizaines de milliers de femmes et d’hommes de notre pays se sont prononcés pour le rapprochement des emprisonnés, la cessation des procédures vis à vis des recherchés, une loi d’amnistie, la co-officialité, la reconnaissance du peuple corse et l’obtention d’un statut d’autonomie. Ces revendications légitimes s’inscrivent pleinement en tant que revendications démocratiques. Ignorer ce minimum reviendrait à fouler aux pieds celles-ci et donc à générer de nouvelles tensions. La balle est donc dans le camp des représentants de l’Etat Français.

Partisans du droit à l’autodétermination et de l’autogestion nous affirmons que cette étape ne constitue pas une fin en soi, mais elle ne peut être négligée.Nous mettons cependant en garde, toutes celles et ceux qui, de bonne foi, investissent des espoirs démesurés sur le seul champ électoral. Le rapport de force incontournable qu’il nous faut collectivement organiser passe par la revitalisation des luttes de terrain et ce quelques soient les sujets. Confier l’avenir à des institutions et ce quelques soient leurs couleurs va à l’encontre du puissant mouvement de désaliénation dont notre société a un besoins vital.

A Manca
5 décembre 2017

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