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 (Unità Naziunale – 11 novembre 2017 – 09h30) Après avoir publié un tribune sur Jean-Martin Mondoloni, l’interéssé avait répondu à Edmond Simeoni, qui à son tours lui répond.


J’ai dit depuis des années, en quelle estime je vous tenais sur le plan professionnel et, en dépit de nos orientations différentes sur la Corse, je ne vous tenais pas pour responsable des errements politiques de l’Etat en Corse qui, ligués de manière séculaire, ici et à Paris,-  droite et gauche confondues -ont ruiné l’île, la démocratie, son identité, son développement. La démonstration a été amplement faite depuis 50 ans ; elle sera rééditée sous peu de manière publique ;  je pense qu’elle est irréfutable et qu’elle permettra le débat, serein et argumenté. L’opinion publique corse – ici et dans la diaspora-, européenne appréciera et, in fine, les électeurs jugeront.
La droite et la gauche sont au pouvoir en France et en Corse depuis deux cents ans ; nous n’avons pour l’heure que des parcelles de ce même pouvoir depuis deux ans.
L’opinion publique  en Corse, en France continentale – ici et dans la diaspora-, et dans l’Union européenne appréciera et, in fine, les électeurs jugeront.

Je veux répondre brièvement à votre texte.

  • La Corse a connu des dynasties politiques, évidentes. Suggérer que les Simeoni en font partie est un exercice scabreux, voué à l’échec. Je vous rappelle que, avec des milliers de militants et de sympathisants, nous nous battons depuis 1960 contre l’Etat et contre le clan. Avec clarté dans le choix des moyens, démocratiques,  et dans les objectifs : Autonomie interne dans le cadre de la République Française et de l’Union Européenne. Aléria est le seul moment où j’ai pratiqué la violence. La situation était intolérable. J’ai toujours dit mon respect pour les victimes et ma compassion pour les familles. C’était indispensable et mon devoir vis à vis de la Corse me l’a imposé.

Dans les années 70, je me suis présenté, avec mon frère Max, à 2 élections cantonales en Haute Corse : nous avons eu respectivement 1 et 2 suffrages ! Singulier viatique pour introniser une dynastie, dans une Corse insultée et ridiculisée par le mépris du suffrage universel, mépris que nous avons été les seuls à combattre. On peut y ajouter que Max et moi-même, avons connu la prison, la répression et que jamais nous n’avons dérogé, comme médecins aux règles de la déontologie et comme militants aux règles impérieuses de la démocratie et de l’humanisme.
Gilles Simeoni, mon fils, est un militant depuis 20 ans et il a accédé à la responsabilité du Conseil Exécutif depuis 2 ans ; et il n’a trouvé, dès le départ ni fonds de commerce politique, ni legs politiciens, ni stocks de suffrages – bien souvent frelatés- , ni soutiens ou comportements douteux, ni réseaux clientélaires pour tracer son chemin, toujours avec le souci de respecter les fondamentaux éthiques et politiques de notre engagement familial.

  • Chacun sait que j’ai choisi, depuis 1976 – date de création du FLNC-  un cheminement différent de celui des nationalistes indépendantistes, tant au point de vue des objectifs que des moyens utilisés. Je me suis employé avec d’autres mais en vain et à prévenir les terribles affrontements fratricides et ensuite à ensemencer la réconciliation ; j’ai toujours désapprouvé les dérives et j’ai même démissionné de l’Assemblée de Corse pour incompatibilité avec la ligne et les actes des militants radicaux  clandestins. Depuis 1990, j’ai mené, à quatre reprises,  une action incessante pour faire arrêter définitivement la violence clandestine. Mon échec, malgré les promesses qui n’ont pas été tenues et m’ont valu des reproches,  m’a conduit à une attitude distancée. Et plus prudente.
  • Corsica Libera n’a pas fait partie de la nouvelle coalition municipale de Bastia, en 2014, tout simplement parce que le FLNC continuait à pratiquer la violence. La coalition a seule permis, sur une base publique claire, de soustraire la ville de Bastia, tellement en retard, à la tutelle ininterrompue d’un clanisme de gauche depuis 50 ans. Ce fut la seconde brèche- après Calvi et dans les années 1970- contre l’association néfaste entre l’Etat et le clan. Je m’en félicite et la brèche s’est par la suite élargie à telle enseigne que, aujourd’hui, nous avons gagné la bataille des idées, en matière de terre, d’identité, d’environnement, d’initiatives….. Presque toutes les listes aux prochaines élections se réclament de l’autonomie et la vôtre du régionalisme.
  • Je vous rappelle que le FLNC a renoncé définitivement à la violence, le 25 juin 2014, et que cela a permis notamment la paix et création d’un axe stratégique majeur, déjà souvent largement validé par les urnes (CTC en 2015 et 3 élections législatives sur 4 en 2017). Le bilan de la très courte mandature de 2 ans, à la CTC,  est déjà éloquent surtout si on le compare à l’immobilisme des décennies précédentes.

Cette union, sur la base de la démocratie,  s’est faite dans la transparence et il existe déjà des résultats tangibles. Nos partenaires sont partisans de l’indépendance. Ils en ont parfaitement le droit du moment que leur combat s’exerce de manière exclusivement démocratique et pacifique. Je voudrais vous rappeler que le peuple corse choisira, in fine, son destin dans les urnes. C’est une garantie majeure, de droit universel, sécurisante et rassurante.

  • Vous me taxez de manichéisme qui est toujours le fruit du sectarisme ; je suis surpris quand j’examine mon long parcours de lutte, mes appels constants au dialogue et à la coopération entre des opinions politiques différentes ; sans oublier mon autocritique en 1987, (j’attends toujours celle de l’Etat et du clan) et la création fréquente de collectifs,- où cohabitent des gens de différentes tendances- ou encore la politique de la main tendue, toujours refusée. J’ai participé à la création du Collectif antiraciste «  Ava basta » et suis totalement partie prenante de la croisade de « Umani » contre la violence.

Je rends fréquemment hommage à de nombreux élus de droite, de gauche, du centre – et j’ai très souvent travaillé avec eux- et je suis un défenseur de la tolérance donc un adversaire du sectarisme.
Il devrait être possible, dans le souci de servir la Corse et son Peuple, de trouver, le moment venu et après les élections, indépendamment de leurs résultats, des passerelles et  de créer des synergies. Et surtout d’instaurer la confiance, entre nous mais tellement ébréchée avec la France, comme l’a reconnu Manuel Valls lors d’un voyage en Corse.
Si nous avons comme priorité commune exclusive d’installer la démocratie dans l’île, de préserver notre identité et notre terre, d’impulser le   développement concerté, plus réfléchi, plus juste, de s’ouvrir modestement au monde, je ne doute pas que vous serez présent et actif avec vos amis  -gagnants ou perdants- pour cet immense challenge, par  un dialogue élargi qui est la seule issue, démocratique et apaisée, à un conflit , très dur, trop long ; avec la garantie du respect des intérêts légitimes de toutes les parties.
A chacun sa vérité.

Avec mes sentiments cordiaux. 
  
Dr Edmond Simeoni 
10 novembre 2017 


La réponse du Candidat Jean-Martin Mondoloni (source

Cher Edmond Simeoni,

Dans une tribune datée du 8 novembre intitulée « la droite et Jean-Martin MONDOLONI », vous dressez un portrait flatteur de mes activités professionnelles et critiquez mon positionnement politique.

Autant vous dire en préalable que j’essaie simplement de vivre l’une et l’autre de ces activités avec la même intégrité que vous me reconnaissez et je vous en remercie.

Pour mieux asseoir un modèle critique désormais bien rôdé, vous convoquez des poncifs usés jusqu’à la corde qui ne résistent plus à une contradiction sereine et objective.

Vous évoquez en préambule « les pouvoirs dynastiques » et leur contribution immémorielle aux problèmes de la Corse. Pardon de mouliner des évidences, on n’en finirait presque par oublier que Gilles est le fils d’Edmond et le neveu de Max déjà présent sur les bancs de l’assemblée dans les années 80. Dynastie, quand tu nous tiens !

Vous faites ensuite référence au passé et sa part d’ombre exclusivement à la charge des forces claniques. La vérité commande de rappeler que les années 90, dites années de plomb, ses dérives, le sang versé, les menaces, le racket et autres turpitudes, distillées avec la complicité à peine voilée des dirigeants nationalistes font aussi partie de notre histoire et vous le savez bien puisque avec cette forme d’intelligence et de prescience qui vous caractérise, vous fûtes l’artisan d’un aggiornamento indispensable à la restauration d’une vie démocratique apaisée.

Enfin, vous révélez que des forces rétrogrades, dans une partie truquée et malsaine, organiseraient un front républicain, comme une insulte à ses adversaires. Je n’ai dans cette compétition démocratique, que des concurrents et pas d’adversaires. Au mieux, je revendique une divergence politique de fond avec tout ceux qui, de façon masquée ou plus visible nous entraînent sur le chemin de l’indépendance qu’elles qu’en soient les modulations et les temporalités. Ça ne fait pas de moi quelqu’un de plus respectable. Mais pas de plus blâmable.

Aussi, envisager de dresser des passerelles et des axes de gouvernance avec des hommes et des femmes qui ont on partage un idéal ne saurait être une insulte, sauf à avoir l’indignation sélective. Dans ce cas, il faudra faire œuvre de pédagogie active pour expliquer comment les nationalistes dit modérés, laissant sur le chemin leurs frères indépendantistes, firent union avec l’UMP et le Parti socialiste en mars 2014 à Bastia. Il faudra déployer des trésors d’argumentation pour nous expliquer en quoi cette union relevait d’un axe progressiste et en quoi un pacte de confiance à l’état d’hypothèse serait d’emblée rétrograde. Au fond, vous le savez bien, cette dialectique manichéenne arrive à bout de souffle: Il ne saurait y avoir d’un côté des élus drapés des oripeaux de la vertu et de l’autre des élus couverts de tous les vices. Il n’y a que des hommes animés par leurs convictions. Et c’est sur cette diversité d’opinion que se bâtit fragilement la démocratie qui n’en finit pas de se heurter aux tumultes de l’histoire.

Dans cette part d’adolescence qui m’a construit, j’ai comme beaucoup d’hommes de ma génération, vibré aux accents identitaires qui imprégnaient votre militantisme d’alors. Ma trajectoire de citoyen puis de militant gaulliste m’ont rapidement détourné de votre action dont je pressentais les risques.

Mais je reste un enfant du riacquistu, imprégné de corsitude et des codes culturels qui fondent notre façon d’être au monde.

L’humilité commande en l’espèce de ne pas donner de leçons. Je n’entends pas en recevoir de ceux qui ont fait de l’anti France un fonds de commerce électoral. J’ai toujours pensé pour ma part qu’on pouvait « être soi en étant ensemble ».

Vous le voyez bien, mon chemin reste la trajectoire ordinaire d’un homme engagé, avec sa part de doutes, mais aussi de convictions chevillées au corps. Celles qui me conduisent dans le respect de nos différences à solliciter la légitimité des Corses le 3 décembre prochain

Cù amicizie

Jean-Martin Mondoloni
9 novembre 2017


(Unità Naziunale – 9 novembre 2017 – 13h00) Dans une tribune intitulée « La droite et Jean-Martin Mondoloni » Edmond Simeoni critique le positionnement politique de Jean-Martin Mondoloni, candidat à l’élection Territoriale de décembre prochain. Dans une réponse publiée sur Facebook, Jean-Martin Mondoloni livre sa « part de vérité »… 


La tribune d’Edmond Simeoni (source)

Jean Martin Mondoloni est un homme de qualité, intègre, démocrate qui apporte, depuis des années, comme élu et comme citoyen, sa contribution respectable à la construction de la Corse nouvelle. Proviseur in Corti, il a créé une  « classe terminale d’excellence » qui réussit et permet aux jeunes corses –avec l’aide passionnée de leurs enseignants- de se former et de se distinguer.

Récemment, J.M. Mondoloni,  a déclaré au quotidien régional  « Il n’y a pas besoin d’être nationalistes pour avoir des idées ».

La saillie est pré-électorale et compréhensible. C’est un truisme et il est heureux qu’il en soit ainsi ; sinon cela aurait signifié – l’imaginer est stupide- qu’une grande partie des Corses- non-nationalistes- étaient privés de réflexion, de cerveau, de capacités d’initiatives. Cependant l’affirmation du proviseur m’interpelle.

Il n’est pas question de prétendre que la Corse ne vit et n’a vécu que par les nationalistes – certes Pasquale Paoli reste un phare, reconnu, du siècle des Lumières- qu’il n’y a jamais  eu, avant nous, aucune  réalisation valable ni des élus de qualité ; ce serait une contre-vérité. Mais le constat objectif montre que depuis deux siècles, la Corse cumule des retards préoccupants, objectivés par des données incontestables (économie précaire, région la plus pauvre de France, chômage important, retards majeurs d’infrastructures, une démocratie bancale, l’intérieur de l’île, anémique, économie résidentielle avec près de 80.000 résidences secondaires !!!! etc ) ; et nul ne peut contester surtout, que depuis cinquante ans, l’île a commencé à secouer les cocotiers, sous l’impulsion des nationalistes.

Les dynasties clanistes en Corse, droite et gauche confondues – Rocca-serra, Giacobbi, Zuccarelli-, dans le droit fil de leurs prédécesseurs (Landry, Pietri, Gavini…) ont eu tout le loisir, sous leur propre direction et sous la direction  de la gauche et de la droite hexagonales,  alternativement au pouvoir en France, de faire la preuve de leurs capacités, de leur créativité, de leur volonté de changement et de rénovation de la démocratie et de l‘éthique en Corse.

Et aujourd’hui, après des luttes sévères, notre peuple a adopté et validé des idées, réalisé des projets qui appartiennent déjà à la société, dans sa diversité.  La langue, l’Université, le chant, l’écologie ( les boues rouges en 1973 déjà !!), le Padduc, les Nouvelles technologies, les Energies renouvelables, la protection du littoral et le rejet de l’incinération, l’assainissement démocratique, la gestion rigoureuse de l’argent public, les Arrêtés Miot, la résilience des vins corses, la lutte contre la précarité, la défense de la diaspora doivent beaucoup, et à toute  la famille nationaliste et, à un degré moindre,  aux forces de progrès tant au niveau des concepts – l’autonomie devient une revendication commune ; le peuple corse est une évidence- qu’à celui des projets et des réalisations. Ce n’est pas par hasard que nous avons démocratiquement gagné, avec nos partenaires, la mairie de Bastia,  la responsabilité de la CTC ; que nos compatriotes lors des dernières élections législatives ont choisi trois députés nationalistes sur quatre sièges ; ce n’est pas par hasard que la Commission des Iles de l’UE est présidée par le Président de l’Exécutif de la Corse, un gage de crédibilité et de confiance générée par l’espoir de voir enfin reconnaître et corriger les handicaps liés à l’insularité, la distance, le caractère montagneux…

Je sais, pour l’avoir vécu, que le Parc Naturel Régional de la Corse est dû à la volonté visionnaire de François Giacobbi, que Nicolas Alfonsi a été le responsable de l’action remarquable du Conservatoire du Littoral, que des présidents de la CTC et les présidents de l’Exécutif ont tous apporté depuis 1982 et à des degrés divers, leur contribution à la mise en place de l’architecture et du fonctionnement de l’Assemblée de Corse.

La campagne électorale actuelle permettra de juger le bilan des responsables en place aujourd’hui.

Je sais que la Corse change parce que le monde change, parce que ses forces vives – économiques, sociales, culturelles, écologiques ses entrepreneurs, ses salariés, ses retraités, ses étudiants, ses innombrables associations, les Corses de la diaspora…. – sont le moteur du changement.

L’élection territoriale de décembre 2017 a une importance majeure parce qu’il y a un nouveau Président de la République, parce que va être créée une Collectivité Unique – absorbant les 2 départements,  avec un changement de taille considérable et des nécessités organisationnelles majeures-  et surtout parce que les nouveaux élus doivent créer la confiance , bien ébréchée et impulser le changement,  indispensable,  tant espéré.

Leur action sera déterminante pour le succès ou l’échec de la Corse qu’il vaut mieux ne pas envisager tant les risques sont évidents (mal développement, chômage, affaiblissement de la démocratie, de l’aggravation du climat de violence, de  la tentation de radicalisation…).

Il est légitime que les parties en présence tentent, chacune avec ses moyens, de l’emporter. Mais il ne serait avoir de place, pour une partie truquée ou malsaine.

Le « front républicain » serait une insulte à vos adversaires, et donc à nous-mêmes qui sommes très attachés à la République ; une insulte aussi à l’éthique, à la démocratie, surtout si elle a pour dénominateur commun, la haine des nationalistes et, pour moteur le choix de moyens tortueux,  dont Paris a une expérience séculaire. La quintessence de l’engagement partisan et illégal au service prétendument de la France  a culminé avec la création et l’impunité des polices parallèles de Francia qui nous ont infligé  plus de 60 attentats de 1977 à 1980 ; Paris contrôle étroitement la politique de la Corse, fixe les règles du jeu ; personne ne peut disconvenir que les grands partis politiques corses ont toujours été assujettis inconditionnellement à cette tutelle serrée, complice du clanisme et hostile ensemble à toute démocratisation réelle et à toute émancipation de la Corse. Cette structure a démocratique et son mode de fonctionnement ont ruiné la Corse et nous ont conduit au bord du gouffre.

L’élection doit désigner un vainqueur et un perdant, par le jeu d’un exercice démocratique normal, ne laissant aucune amertume et ne donnant prise à aucune contestation. Un avenir paisible et plus souriant serait alors possible pour notre Peuple.

Je ne doute pas que ce soit un objectif commun sensé que vous partagez avec les Corses de l’île et de la diaspora, quel que soit leurs opinions et avec nous naturellement.

Dr Edmond Simeoni 
Ajaccio le 08 novembre 2017 

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