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(Unità Naziunale – 26 octobre 2017 – 11h30) Voici le discours du Président de l’Assemblée de corse pour la session du 26 octobre 2017 :

Chers collègues,

Avant de débuter notre séance, je voudrais que nous ayons une pensée pour la journaliste maltaise assassinée la semaine dernière. Le pluralisme et la liberté de la presse sont une condition de l’exercice de la démocratie.

En tant qu’insulaires, qu’Européens, que défenseurs de la démocratie, je vous invite à observer une minute de silence en mémoire de Daphne Caruana Galizia.


Dans cette société de l’information, chaque jour un chiffre nous décrit l’état du monde. La publication des derniers chiffres du chômage et du PIB de la Corse nous invite à réfléchir, à analyser des indications contradictoires. En même temps que le PIB de la Corse augmente, de manière importante depuis trente ans, le chômage et la précarité augmentent aussi, de façon disproportionnée.

J’y vois, au moins, cinq raisons :

– le modèle de développement qui s’est emparé de la Corse,
– l’absence de prise en compte de nos spécificités géographiques, démographiques et physiques via le silence de l’Etat quant à notre projet de statut fiscal et social,
– la ligne antisociale du Président Macron qui pense qu’encadrer les indemnités de licenciement permettra de favoriser les recrutements,
– la faiblesse des dispositifs d’accompagnement de ceux qui rencontrent des fractures dans leur vie,
– le changement de la fonction, du statut et de notre rapport au travail, lié au chômage de masse depuis les années 70 et aujourd’hui à la révolution technologique.

1. Le modèle de développement de la Corse : tout tourisme à certains endroits, BTP et grands magasins hors des villes entraînent la précarisation d’une part importante des Corses. Prenons l’exemple dans l’actualité du conflit social de Carrefour, qui s’est terminé hier soir. Le travail ne préserve plus de la pauvreté, ne permet plus de se loger correctement et d’assurer toutes les dépenses du quotidien. Je veux saluer à ce propos l’engagement actif des associations et de leurs bénévoles en faveur de la solidarité et de la fraternité. Ce sont des valeurs de notre île que nous devons soutenir, même si notre mission est de combattre la misère par l’engagement et les résultats de nos institutions. Nous aurons bientôt une institution nouvelle. Je veux réaffirmer, après la délibération de notre Assemblée, après lecture de la loi, de son texte et de son esprit, que l’Office Public de l’Habitat de Corse-du-Sud ne peut pas être déconnecté de l’ensemble de l’action sociale de la future collectivité unie de Corse.

2. Pour changer le modèle économique et social, il faut changer les règles. Sans parler du faux rattrapage historique du PEI, nous en parlerons suffisamment dans la journée, l’article 174 du traité sur le fonctionnement de l’Union Européenne, reconnaît des droits à la Corse. La seconde loi montagne de décembre 2016 reconnaît elle aussi des droits que nous devons mettre en oeuvre dans les domaines de la santé, de l’éducation, des institutions, du social et de l’économie également. C’est dans ce cadre que nous avons à défendre le projet de statut fiscal et social pour la Corse, malgré le silence du gouvernement concernant notre île. Plus j’observe notre île, plus je constate que les tourments de nos anciens sont devenus nos forces, nos ressources. Plus j’observe le monde, plus apparaissent des solutions pour notre pays et ses habitants. Prenons l’exemple de la mer. Nous aurons, dans les mois à venir, à construire une véritable stratégie car elle est source, non seulement de plaisirs, mais aussi d’économie et de bien-être. Avec les nouvelles technologies, elle peut aussi nous apporter l’électricité et demain, peut-être, être une contribution sûre à l’indépendance énergétique de la Corse par des productions sans émission de dioxyde de carbone ! Ce sont ces petites avancées cumulées qui permettront de changer notre modèle social et sociétal.

3. La Corse n’a pas connu les trente glorieuses comme ailleurs. Sa modernisation a trop tardé et, parfois, elle s’est opérée trop rapidement, de manière très maladroite. C’est la raison pour laquelle le modèle français apparaissait comme une réussite. Combien de Corses furent convaincus qu’il fallait être français en raison de la puissance de ce pays ? Mais ce modèle appartient au passé. L’actualité récente montre que le droit du travail est transformé par le Président Macron. C’est un nouveau mauvais coup selon moi, surtout lorsque l’on ne donne pas aux travailleurs tous les moyens d’être défendus et accompagnés tout au long de leur vie.

4. Les jeunes occuperont plusieurs emplois pendant leur carrière. Nous le savons. Nous ne défendons pas un vieux modèle importé. Nous nous interrogeons sur la société de demain. Nous sommes là pour apporter des réponses audacieuses et nouvelles. Chacun peut rencontrer des fractures dans sa vie : une séparation, un licenciement, une volonté de changement… Ce sont parfois des opportunités. Ce sont parfois des drames. Je crois que, durant cette courte mandature, nous avons ouvert de nouveaux espaces, exploré de nouvelles solutions au coeur du débat public. Je pense au revenu de base avec Marc de Basquiat, au dispositif Territoire Zéro Chômeur de Longue Durée avec l’ancien député Laurent Grandguillaume, à la « carte retraite » pour les transports, qui sera mise en oeuvre avant la fin de l’année, ou encore à la charte de l’emploi local. Les fractures de la vie, nous voulons les transformer en tremplins pour rebondir. Je pense là, par exemple, au micro-crédit sur lequel nous avons travaillé et qui peut aider la création d’entreprises. J’espère que la future Assemblée pourra développer et mettre en oeuvre tous ces projets.

5. Chacun donne sa propre définition du changement. Chacun choisit sa façon de vivre. Le rapport au travail va connaître des mutations importantes. Dans le pré-rapport que je lui ai commandé et qu’il m’a remis le mois dernier, Sébastien Simoni l’explique. Nous avons transmis ce document à l’Assemblea di a Giuventù afin qu’elle s’empare de ces questions. Les technologies vont détruire et créer de nombreux emplois. Elles portent des solutions nouvelles telles que le crowfunding, capable de soutenir des projets de toute nature. La révolution est derrière nous mais ses conséquences sociales sont devant. Dans ce contexte mondial et local, je pense que notre courte mandature a tout de même placé la Corse sur le chemin du développement économique. Celui-ci ne se résume pas à des indicateurs mensuels. Le développement, c’est une vision commune, c’est un projet collectif, c’est une route ouverte.

Faisons-la ensemble.

Je vous remercie.

Jean Guy Talamoni
Président de l’Assemblée de Corse

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