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(Unità Naziunale – 27 septembre 2017 – 07h00Le deuxième semestre de l’année 2017 est d’ores et déjà marqué par quatre événements majeurs : la publication des ordonnances qui concernent la législation du travail, les effets politiques et sociaux des phénomènes climatiques, le refus du droit à l’autodétermination du peuple catalan par l’état espagnol et les tensions entre la dictature nord-coréenne et l’impérialisme nord-américain

Ces événements ont une influence directe et/ ou indirecte sur les élections territoriales de décembre 2017.

FACE A L’OFFENSIVE ULTRA-LIBERALE DE MACRON

            Le démantèlement du code du travail par le gouvernement Philippe sous la présidence Macron est une nouvelle étape qui caractérise l’offensive des forces du capital. Cette agression est destinée à déréguler plus encore le marché du travail. L’Etat allemand, sous l’égide des sociaux- démocrates et de leurs alliés écologistes, a entamé ce processus depuis une quinzaine d’années. Il est en tous points, similaire à celui initié par l’actuel gouvernement de la France. La paupérisation massive des travailleurs allemands, conséquence majeure de cette dérégulation, a comme corollaire l’augmentation des taux de profits dont bénéficient exclusivement, le patronat, les actionnaires et le monde de la finance. En s’alignant sur le « modèle » allemand, Macron et son gouvernement ultra libéral souhaitent donner un nouveau souffle à l’Europe du capital dans le cadre de la globalisation de l’économie planétaire, laquelle se traduit par  les profits colossaux réalisés par la classe dominante. Cette accélération s’inscrit dans une dynamique qui caractérise les politiques menées depuis des décennies, que ce soit sous l’égide de la droite ou de la social-démocratie.

Face à cette agression, le champ syndical classique est marqué par la collaboration des directions des centrales réformistes et les atermoiements de la direction de la CGT. Là où celle-ci devrait œuvrer pour la grève générale, n’est proposée aux travailleurs qu’une répétition de journées d’actions qui à terme participent de la démobilisation du monde du travail.
Au plan politique, Mélenchon en voulant s’imposer comme le seul leader de l’opposition à Macron, rejette toute possibilité d’union entre toutes les forces politiques qui se sont prononcées contre la casse du code du travail.

En Corse, c’est sur un champ de ruines que survivent encore de squelettiques mouvements et partis dits de « gauche », lesquels ne mobilisent leurs énergies que sur le plan électoral. Leur opposition déclarée à Macron, vise uniquement au maintien de dispositions sociales sans réellement remettre en cause le système capitaliste. Le principal syndicat de notre pays, le STC, se borne à quelques déclarations certes hostiles aux ordonnances, et à quelques rassemblements symboliques, mais en se gardant d’opter pour une réelle mobilisation.

Les formations nationalistes qui constituent l’actuelle majorité régionale évitent de se prononcer sur le sujet. La composition sociologique de leurs directions, quasi uniquement dominées par la petite bourgeoisie et donc par l’écrasante majorité du patronat insulaire, explique cette réserve toute d’apparence. Dans la réalité, ces forces sont favorables à la politique économique et sociale de Macron. Soucieux de préserver d’éventuelles possibilités de négociation avec le pouvoir actuel, les directions nationalistes ne s’engagent pas sur le chemin de la contestation. Tout au plus se contentent-elles de dénoncer la précarité ambiante, sans remettre en cause les fondements de l’économie de marché.

LE DÉRÈGLEMENT CLIMATIQUE, UN RÉVÉLATEUR POLITIQUE

            L’ouragan Irma en ravageant toute une partie des Caraïbes, a agi comme un formidable révélateur. Il a rendu manifeste la dégradation majeure du climat mais également la réalité des situations économiques des îles St Martin, St Barthélémy et plus largement, de la Guadeloupe et de la Martinique.

Face aux images terribles qui nous sont montrées, seuls les lobbies des énergies fossiles et les climatosceptiques tentent de nier les effets colossaux d’un réchauffement climatique qui nous interroge directement sur les modes de production et de consommation du système capitaliste. La cruelle réalité sociale de paradis fiscaux comme St Martin et St Barthélémy, confirme que le colonialisme français a induit par ses politiques des disparités en terme de logements, de moyens de vie et d’accès à la protection civile et aux soins. Les services publics, réduits à leur plus simple expression, n’ont pas permis aux classes populaires de trouver aide et secours véritables. Signes des tensions politiques et sociales qui couvent au sein de la jet set internationale, les attaques contre les commerces et des particuliers n’ont concerné que les moyens et les biens des colons.

En Corse, les effets de la dégradation climatique se constatent par des phénomènes de canicules dont la durée augmente et par la raréfaction du potentiel hydraulique. L’augmentation toujours croissante des flux touristiques participe de l’altération des écosystèmes. La production déjà très importante de co2 occasionnée par un parc automobile également en constante augmentation, est boostée par plusieurs causes. La surcharge des moyens de transports, terrestres, aériens et maritimes, occasionne un accroissement de la pollution atmosphérique et ce, dans les périodes de forte activité de l’industrie du tourisme. Le recours massif à des moyens de climatisation participe également d’une surconsommation d’énergie électrique, laquelle nécessite l’accroissement de la production des centrales au fuel lourd imposé par les lobbies productivistes.

Peu équipé en moyens d’isolation adaptés à ces bouleversements climatiques, le parc des logements et en particulier celui du logement social, ne répondent pas aux exigences de l’heure en matière de qualité de vie, particulièrement dans le champ sanitaire.

Si les incendies qui ont marqué la période estivale trouvent souvent leur origine dans des causes humaines (mises à feu volontaires ou accidentelles), c’est la désoccupation des espaces naturels qui en est la cause principale. Cette désoccupation est engendrée par l’effondrement des activités forestières et agropastorales. Confrontées à la concurrence, elles ne résistent pas au rouleau compresseur de l’économie de marché.

Les moyens financiers engagés dans la lutte contre les incendies sont jugés insuffisants par la quasi- totalité de la classe politique. Sans recul et sans analyse en amont, cette position peut apparaître de bon sens et donc légitime. Or, la course aux moyens ne favorise que les industriels de ce secteur sans que soient engagées des politiques fondées sur la prévention, sur une réflexion concernant l’urbanisme et le potentiel foncier. Cette réflexion doit assurer la promotion d’un système agropastoral fondé sur les besoins humains et non sur les profits.

LE COMBAT POUR L’AUTODÉTERMINATION EN CATALOGNE

            L’agression perpétrée à l’encontre du peuple catalan par l’Etat espagnol, n’est pas sans rappeler les sinistres heures du franquisme. En refusant l’exercice du droit à l’auto détermination, le pouvoir espagnol se refuse à faire le constat des politiques autonomistes, lesquelles ont corseté les nations et peuples concernés dans un schéma politique et économique, favorable aux forces sociales qui dirigent l’Etat central.

Il y a dans le bras de fer de l’heure des contradictions entre la bourgeoisie castillane et la bourgeoisie catalane. Cette dernière en souhaitant s’émanciper de la domination espagnole, souhaite préserver ses intérêts fondamentaux. Le développement de l’économie catalane engendre des profits que n’entend plus partager le monde du patronat et le système bancaire catalans. Cela n’exclut pas que la bourgeoisie et la petite bourgeoisie veuillent préserver une langue et une culture, mais ce seul argument ne résiste pas à une analyse conséquente. D’autant que la bourgeoisie et la petite bourgeoisie catalanes, pourtant mal récompensées par le conseil de l’Europe au regard du déni démocratique perpétré par l’Etat espagnol, sont néanmoins tout à fait en accord avec ses préceptes économiques.

Les classes populaires catalanes sont-elles particulièrement dépositaires de ce que fut la période pré-franquiste ? Pour mémoire le champ politique d’alors est marqué par les expériences autogestionnaires sous l’influence d’un fort courant anarchiste, révolutionnaire et de classe. Cette mémoire, qui intègre aussi ce qu’ont été les politiques des partis communistes staliniens, est faite de résistances aux totalitarismes et à l’impérialisme.

Le premier enseignement politique de cette situation de l’heure est la mise en évidence de ce qu’est la véritable nature d’un système politique. Ce système ne conçoit la « démocratie » qu’en fonction de ses seuls et uniques prérogatives et objectifs. Ce fut le sort réservé en 2005 en France au projet de constitution rejeté. Ce rejet massif s’est vu annihilé par un traité européen faisant fi des résultats de la consultation électorale.

En Corse, la question du droit de l’autodétermination est renvoyée aux calendes par l’actuelle majorité nationaliste. Le dernier contrat de gouvernance passé entre les formations qui la compose est uniquement fondé sur la perspective de l’autonomie, qui selon leurs souhaits, devrait être consacrée dans les trois années à venir. En ne tenant pas compte des expériences sardes et catalanes, qui font aujourd’hui l’objet de fortes contestions au sein des peuples concernés, la majorité nationaliste ne peut dissimuler ses véritables objectifs, lesquels ne concernent véritablement que les intérêts de la petite bourgeoisie.

UNE MENACE IMPÉRIALISTE ACCRUE SOUS TRUMP

            En proie à des difficultés économiques et sociales, la dictature post stalinienne de la Corée du Nord tente de détourner l’attention populaire en agitant le spectre de l’ennemi extérieur. En parallèle, l’actuel gouvernement des États-Unis d’Amérique du Nord et en particulier son président, se sont lancés dans des politiques destinées à préserver leur leadership sur la scène internationale et donc, leur domination économique.

Sur le plan militaire, la disproportion des moyens, n’autorise en aucun cas le gouvernement nord-coréen à espérer un quelconque succès. Mais cette tension renvoie à une question de fond, laquelle concerne l’existence et la prolifération des armes nucléaires. La menace prétendue que représente l’infâme dictature de la Corée du Nord est uniquement préjudiciable à son peuple. Les velléités bellicistes de Trump font quant à elles courir un grave danger à l’échelle planétaire, tant il est limpide que l’épisode actuel ne représente que les prémices à d’autres objectifs qui visent pour leur part, le continent asiatique et la Chine en particulier.

AUTODÉTERMINATION COLLECTIVE OU TUTELLE INSTITUTIONNELLE ?

          « Penser local, agir global », ce slogan propre aux courants altermondialistes garde toute sa pertinence. A Manca pense la Corse dans un perspective plus large car les interdépendances et les interactions relatives aux réalités du monde d’aujourd’hui doivent faire l’objet de toutes les attentions. Elles fondent en effet les analyses indispensables à l’élaboration d’un projet politique.

Notre société subit les grands désordres qui affectent les écosystèmes et y participe. Si nous souhaitons en tant que personne, et au-delà, en tant que peuple participer pleinement du concert universel, encore faut-il que nous nous cherchions à porter un projet qui soit à la fois culturel, politique, économique et social. Pour être libres, il nous faut la maîtrise collective de tout ce qui intéresse le bien commun. En renouant avec le fil d’un histoire propre, interrompue par l’annexion française, nous pouvons et devons construire un présent et un avenir, éloignés autant que faire se peut, de toutes les formes de domination. Mais les éléments qui participent d’une aliénation aux contours individuels et collectifs, concernent les rapports entre le peuple corse et l’Etat français, et tout autant, les rapports de classes entre les couches populaires et les bourgeoisies et petites bourgeoisies. Ces contradictions fortes ne seront dépassées que par un changement radical dans la perspective de l’instauration des fondements d’une alternative en rupture avec le capitalisme. Le droit inaliénable à l’autodétermination des peuples répond à une exigence démocratique afin que soient levées les tutelles qui entravent un choix libre en pleine responsabilité. Ce n’est pas un processus qui peut être résumé à une consultation électorale. Il s’agit d’une dynamique populaire basée sur la conquête de nouveaux droits. C’est sur la base d’une communauté de destin et donc d’une nouvelle citoyenneté, que ce droit doit s’exercer.

A l’heure où les tentations populistes fomentées par les courants néo-fascistes menacent gravement notre société, il s’agit de leur opposer une détermination sans faille. Toutefois,  sans projet alternatif, cette opposition ne fait que repousser les échéances sans s’attaquer aux racines des problèmes. Par leur nature de classe et par leur adhésion au modèle de l’économie de marché, les directions nationalistes, n’ont ni la volonté, ni la capacité de promouvoir une alternative qui répondent aux besoins fondamentaux du plus grand nombre qui forme le monde du travail. La force susceptible de porter un projet réellement émancipateur reste à construire.

Elle ne peut se construire que par un double phénomène qui lier indissolublement l’action et la réflexion. Cette force en devenir doit impérativement tirer les enseignements du passé. En ce qui concerne les idées propres à la gauche, elle ne peut que prendre en compte ce qu’ont été les expériences réformistes et staliniennes. En ce qui concerne le nationalisme, les expériences des peuples sont là pour qu’en soient tirés de précieux enseignements.
La tâche peut paraître immense. Mais si elle est partagée par le plus grand nombre, elle peut alors concrétiser un objectif devenu vital, bien loin de toute vision dogmatique.
C’est sur cette base et dans cette perspective que A Manca fonde ses réflexions et ses actions.

Concrètement cela signifie que le terrain des luttes dites institutionnelles ne répond en aucune manière aux exigences de l’heure. Sans rien rejeter du précepte « un homme, une voix », nous sommes convaincus qu’une démarche à visée électorale ne peut que consacrer un rapport de force, lui-même engendré par des mobilisations dans tous les domaines. Ces conditions ne sont pas réunies. C’est pourquoi, nous ne participerons en aucun cas à des consultations électorales qui dans les faits, consacrent le système actuel et ses institutions.

A MANCA

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