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Petit retour sur l’élection législative des 11 et 18 juin dernier, plus particulièrement dans la seconde circonscription de Corse du Sud, pour présenter celui qui restera dans l’histoire comme le « tombeur » du clan de Rocca Serra… Paul André Colombani, nouveau député de la Corse-du-Sud.

Parfait inconnu dans le landernau politique jusqu’au 17 décembre 2015, c’est à cette date que Paul André Colombani, fait son entrée avec ses 32 autres colistiers au sein de l’hémicycle de l’Assemblée de Corse. Neuf d’entre eux sont propulsés au Conseil Exécutif, les 24 suivants siègeront à l’Assemblée. Paul André, lui, était 31e sur la liste Pè a Corsica. À 50 ans, le mandat de « conseiller territorial » est son premier mandat d’élu.

Docteur en médecine installé sur la commune de Zonza à Santa Lucia di Portivechju, il choisit de s’investir prioritairement bien sûr sur les questions de santé. Il siège à la commission santé de l’Assemblée de Corse et à la Commission organique du développement social, mais surtout, il a pris la suite de Fabienne Giovannini à la présidence de l’Observatoire régional de la santé. L’ORS est une association d’utilité publique qui fonctionne sur fonds de l’Etat et de la Région et oeuvre à l’amélioration de la connaissance de l’état de santé de la population. Ses missions sont «d’inventorier, d’analyser et de coordonner les différentes sources sanitaires et sociales mais aussi de réaliser des études et de les valoriser pour en diffuser l’information ». C’est un outil d’aide à la décision en matière de santé et de social. Sous la présidence de Fabienne Giovannini, c’est l’ORS qui a notamment mis en place le Registre des cancers de la Corse.

Paul André Colombani souhaite oeuvrer à « la mise en place d’une politique médicale qui réponde aux problématiques insulaires liés aux déserts médicaux et au vieillissement de la population, notamment par la qualité des actions éducatives et promotionnelles de la Santé en Corse ».

« Rien ne me prédestinait à entrer en politique» explique le médecin de Zonza.

Pourtant, c’est bien de politique au sens noble du terme dont il s’occupait jusqu’à ce que Femu a Corsica ne le sollicite par l’intermédiaire de Jean- Christophe Angelini pour rejoindre la liste Pè a Corsica. Dévoué aux problématiques sociales dans sa région, indigné par les injustices du système claniste qu’il constate au quotidien au contact de la population, il s’investit d’abord au niveau syndical aux côtés du Dr François Agostini, Vice-président de l’Union Régionale des Professionnels de Santé de Corse (URPS Médecins Libéraux). Il franchit le pas en politique en 2014, au moment des élections municipales. Il s’engage alors sur la liste «Avvena Insemi » conduite par Antoine Carli sur sa commune de Zonza «pour lutter contre le clanisme et redonner la parole à toute une partie de la société qui ne peut pas s’exprimer » explique-t-il. Il apporte son regard de médecin du rural, mais aussi une image d’intégrité et une sorte de « force tranquille» qui le caractérise pour « faire entrer notre village dans le 21e siècle sur le plan social et démocratique», précisant que « la démarche entreprise avec la signature de la charte municipale Anticor 2014, ne peut amener que plus de démocratie et de transparence dans la gouvernance de la commune». Le pari n’est pas encore gagné à Zonza, la liste entre néanmoins trois élus d’opposition au sein du Conseil municipal, mais Paul André rebondit un an plus tard, à l’occasion des élections territoriales, et participe à l’espoir créé par la percée nationaliste.

À l’Assemblée de Corse, il entame un mandat sérieux, apportant ses compétences sur les questions qui touchent à la lutte contre la précarité et les inégalités territoriales en matière de santé ou de difficultés sociales. En juin dernier, il crée la surprise, d’abord par sa candidature à l’élection législative, qualifiée de « courageuse » face à une citadelle jugée imprenable, puis par un premier tour très honorable où il parvient à se hisser à la seconde place avec seulement 2000 voix de retard sur Camille de Rocca Serra.

Au terme d’une campagne sereine et déterminée, où il démonte patiemment le système qui s’est installé sur la région depuis des décennies, il bénéficie de l’échec de Jean Charles Orsucci qui ne parvient pas à se maintenir pour le second tour. Cette configuration «duel » et, surtout, l’incroyable dynamique nationaliste, portée par Femu a Corsica et Corsica Lìbera, agissent comme un catalyseur.

Le second tour est euphorique !

Paul André Colombani l’emporte très largement avec 55,22% des voix. Il est élu député à l’Assemblée nationale à Paris et déboulonne de son piédestal Camille de Rocca Serra et avec lui le dernier bastion de ce « système ancien » dont les Corses ne veulent plus.

Il choisit de siéger au sein de la Commission du développement durable et de l’aménagement du territoire du Palais Bourbon où il pourra combattre la fracture sociale et prôner une meilleure répartition des infrastructures de santé, au profit notamment du monde rural, et donc de la Corse. Paul André Colombani est une personnalité attachante. Il fait partie de ces «nouveaux venus » en politique pour le grand public qui démontre avec quelle force le nationalisme est capable de se régénérer, appuyé par toute une histoire et une force militante.

Ventu in puppa ! 

ARRITTI