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Jeudi 6 juillet dernier, lors d’un sommet UE-Japon, qui s’est tenu à Bruxelles, un ”accord politique” a été trouvé pour signer un accord de libre-échange entre le vieux continent et le pays du soleil levant. Un CETA version nippone, en somme.

Commerce ou libre-échange ?

Le JEFTA (Japan-Europe Free Trade Agreement ou accord de libre-échange nippo-européen) lancé officiellement à Bruxelles le 6 juillet dernier, pourrait devenir le plus gros accord commercial du monde. L’Union Européenne et le Japon représentent 25% de l’économie mondiale et sont 2 poids lourds du commerce mondial. Avec la victoire de Donald Trump, les négociations de libre-échange (US-Asie ou US-Europe -TAFTA) sont dans les limbes. C’est pourquoi les faucons européens -néolibéraux- poussent les négociations au maximum et souhaitent négocier des accords bilatéraux avec les grandes puissances commerciales du monde.

Après le CETA (Accord de commerce UE-Canada) qui est en voie de ratification, les talibans du néolibéralisme se tournent vers les Japonais pour ”encercler” les États-Unis dans leur isolationnisme. On en viendrait presque à adhérer au camp de Trump qui refuse ces accords de libre-échange si on oubliait qu’il en est l’incarnation et que sa fortune s’est bâtie sur l’absence de règles et de justice sociale, environnementale et territoriale.

La question n’est pas d’être contre le commerce : depuis la nuit des temps, les hommes commercent et s’enrichissent par l’échange, mais il s’agit d’être contre cette forme brutale, pour ne pas dire bestiale, de commerce où le puissant écrase le faible, où l’argent prend le pas sur la démocratie, où l’homme est aliéné par son prochain pour en exploiter un autre, le tout en surconsommant les ressources naturelles de notre planète. À l’heure de l’accord de Paris, ce type d’accord de ”commerce” ne devrait plus exister.

Transparence

En démocratie, il ne peut y avoir de débat, de négociation, d’accord avec une puissance tierce sans un minimum de transparence car le citoyen, légitime et ultime responsable politique, doit pouvoir, à tout moment, savoir, comprendre, juger voire sanctionner, un acte pris par ses représentants légitimes.

Or, une fois encore, l’Union Européenne, ou plutôt la Commission européenne et sa majorité libérale (incluant les ”socio-démocrates”) refuse la transparence. Sous la pression de journalistes, et à la va-vite, la Commission a publié quelques feuilles de ”l’accord politique” mais tout le monde sait bien qu’on ne publie qu’une part, et de préférence inoffensive, afin de faire taire la possible levée de boucliers en espérant faire taire aussi les critiques.

Une fois encore, la Commission Juncker tourne le dos à la démocratie et refuse d’assumer sa ligne politique devant les citoyens, renforçant de façon bien compréhensive le niveau de rejet de l’actuel Exécutif européen, pour ne pas dire de l’Union Européenne.

Vers une cuisine nucléaire ?

Dans cet accord, pas encore finalisé, cela pourrait prendre un an comme ce fut le cas pour le CETA, il semblerait que la bataille se soit jouée entre l’agriculture européenne qui aurait un libre accès au marché nippon, renforçant de facto le modèle intensif et non-durable de l’agriculture européenne en échange de la suppression des droits de douane sur les véhicules en provenance d’Extrême Orient.

De plus, avec la libre-circulation des produits agricoles japonais dans l’espace communautaire, la question des produits pollués dans la zone de Fukushima va se poser. On sait que des millions de Japonais consomment des produits contaminés dans la zone de Fukushima et on étendrait potentiellement cette pollution aux consommateurs européens?

Enfin, la Commission européenne pousserait, malgré ses dires, à la mise en place d’une Cour de justice spéciale pour régler les différends commerciaux entre l’UE et le Japon. Ce dernier semble, à juste titre, réticent et résistant à cette idée.

L’addiction des néolibéraux au libre-échange est non seulement dangereuse pour la démocratie et irrespectueuse des droits de l’Homme mais intenable pour le climat. En effet, les études le prouvent : la pollution, les émissions de gaz à effets de serre par exemple, et l’intensification du libre-échange sont liées. Le libre-échange crée des richesses accaparées par quelques-uns au détriment de l’immense majorité de la population et de celui de notre Planète.

Le Commerce est et doit demeurer un outil au service des peuples et non un but dont la variable d’ajustement serait l’homme et la planète. Il doit être juste et non libre. Car il ne peut être les 2 !

Le JEFTA n’est pas encore finalisé et devra passer devant le Parlement européen (et le Conseil). Les peuples européens seront-ils enfin entendus ? Si vous avez aimé la bataille contre le CETA, vous allez adorer celle contre le JEFTA !

Roccu GAROBY

Vice-Président de l’Alliance Libre Européenne-Jeune

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