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(Unità Naziunale – 4 juillet 2017) La Corse a disparu des radars des gouvernements français. Le 1er ministre l’a cependant évoquée par quelques mots lors de son discours de politique générale.

Au vu de tant d’années de sacrifices et événements qui ont propulsé la Corse et sa lutte d’émancipation à la une des médias, et constitué depuis les années 70-80 un des sujets de préoccupation des divers gouvernants qui se sont succédé à la tête de “Etat français”,  ce “survol” de la “Question politique corse” semble hélas relever plus de la simple anecdote que de la prise en compte réelle de nos aspirations confortées électoralement depuis décembre 2015 par le peuple corse et confirmées par les élections législatives avec trois députés nationalistes corses sur quatre envoyés à l’Assemblée nationale française

Pourtant pour la première fois le 1er ministre  a employé des termes qui nous interpellent  même si cela ne constitue guère une réponse réellement politique à la problématique nationale corse.

Il a dit « Il y a eu un vote identitaire en Corse. On peut être intransigeant sur les principes en étant attentifs a la diversité et à la reconnaissance »

Diversité, oui nous sommes différents (au sein de l’ensemble français actuel) mais pas parce que nous sommes simplement une île, non nous sommes différents parce que notre identité de corses sur un territoire bien défini, l’île de Corse,  est consubstantielle de notre combat politique pour la reconnaissance de nos droits collectifs sur notre terre… et que notre identité de peuple doit rester au cœur de notre combat pour le peuple corse, sauf à devenir une population d’insulaires sur l’île de Corse…

L’identité est au cœur de notre revendication nationale, sauf à ne donner de la Question corse qu’une dimension économique ou administrative. Reste à le reconnaître « politiquement  » avec toutes les conséquences politiques que cela implique, puisqu’il a parlé de « reconnaissance » !

L’identité au cœur de tout projet pour la Corse demain..

Une langue, une culture, une identité, une terre, des droits collectifs.. pour le peuple corse, comprenant les Corses d’origine et toutes celles et ceux qui veulent sincèrement s’intégrer en participant tous ensemble à la construction d’un avenir commun sur la terre de Corse…

Comment peut-on comprendre aujourd’hui le pourquoi de la contestation corse et du peuple corse, au-delà des habituels questions sur l’économie ou les Institutions ? La problématique de l’identité de la Corse et des Corses nous semble essentielle si l’on veut -alors que la mondialisation exerce ses ravages partout- tenter une approche vers une meilleure compréhension de la situation politique et des événements qui en découlent.

L’identité corse, clé essentielle du  « problème corse »

Les Corses : Un Peuple nié

Sur l’île de Corse, il y a, depuis la nuit des temps, un peuple, formé par les apports successifs de ceux qui, venus en envahisseurs au cours de l’histoire, s’y sont enracinés. (Phéniciens, Vandales, Sarrasins, Aragonais, Génois et Français…)

Ce peuple est très ancien, ce qui ne lui confère aucune supériorité. Petit par sa démographie et son territoire, cela ne l’afflige d’aucune infériorité… car l’existence d’un peuple ne se mesure ni à son ancienneté, ni à sa taille, tout au plus à ses efforts pour rester lui-même et, sur ce point, l’histoire de l’île est éloquente.

Le peuple corse, même numériquement faible, est une entité historique, produit d’une culture enrichie d’apports multiples au fil des siècles. Il est enraciné sur sa terre, son territoire, l’île de Corse, et chaque Corse y est viscéralement attaché.

Ce peuple a des droits comme tout être collectif ou individuel. Ces droits sont essentiellement, pour chacun de ses enfants, la liberté absolue de vivre sur sa terre, d’y parler sa langue, d’y pratiquer ses traditions, d’y exprimer ses convictions, d’y bénéficier des progrès de l’humanité et de combattre ceux qui, par quelque moyen, mesure ou prétexte que ce soit, voudraient restreindre ses libertés et nuire ainsi à son existence. Il est une réalité incontournable, en Corse et hors de Corse, soudée par un passé et une aspiration à un avenir collectif.

C’est aussi des milliers d’hommes et de femmes arrivés au fil des siècles sur nos rivages et jamais repartis, se fondant et s’intégrant à lui au cours de l’histoire, car ce peuple est une communauté ouverte qui unifie, dans une volonté commune un vouloir être et un vouloir vivre collectifs, Corses d’origine et Corses d’adoption. Le peuple corse actuel, fruit de neuf mille ans d’histoire, s’inscrit naturellement dans l’aire culturelle gréco-latine de la Méditerranée dont il est issu, point de jonction et passerelle entre l’Europe occidentale et l’Afrique, entre le Nord et le Sud…

En 1987, le FLNC, organisation clandestine armée, suivi en cela par toutes les organisations  politiques légales nationalistes, adoptait la définition d’un « peuple corse communauté de destin ». Cette définition a été reprise lors d’un vote historique de l’Assemblée de Corse en octobre 1988. En 1982, le projet Defferre, quant à lui avait adopté une définition alambiquée du point de vue juridique, en faisant du peuple corse une « composante du peuple français ». En 1991, le Projet Joxe, (deuxième mouture du statut particulier de l’île octroyé en 1981 par le gouvernement de gauche à l’île)  demandait la reconnaissance du Peuple Corse dans son article 1er, mais était censuré par le Conseil Constitutionnel.

Aujourd’hui, les mouvements corses de contestation peuvent se reconnaître dans une définition qu’ils portent au-delà de leurs différences partisanes: Le peuple corse, communauté de droit et de culture ouverte à celles et à ceux qui veulent sincèrement s’intégrer et participer à la construction de notre avenir commun sur cette terre de Corse.

Au sein de cette communauté de destin, chacun, Corse d’origine ou d’adoption ressent le besoin conscient ou inconscient de rester ou de devenir Corse. Cette intégration doit se faire dans une dynamique volontariste que les Corses ne refusent à personne, quelle que soit son origine, sa religion ou la couleur de sa peau. Seule importe la volonté de vivre avec et de vouloir produire à leurs côtés une histoire commune en partageant un projet et un avenir communs. Pour les Corses, tous ceux qui partagent leur culture, leur manière d’être, de vivre, de penser le monde et qui veulent sincèrement participer à leur projet collectif pour l’île demain, sont Corses et participent à l’émergence et au renforcement d’une conscience collective spécifique.

La Corse : un peuple, une terre, une histoire, une langue, une culture, une identité. La définition du jurisconsulte Mancini s’applique point par point à l’île : «une société naturelle d’hommes et de femmes amenés, par l’unité de territoire, d’origines, de coutumes et de langue à une communauté de vie et de conscience sociale».

Une Identité à reconstruire

Les Corses possèdent une langue, moyen de communication naturel et symbole d’identité collective. La langue ne constitue pas un simple véhicule de communication interne ou externe. Elle exprime des valeurs de civilisation, une manière de vivre, de penser, de souffrir, d’aimer, ou de haïr… Constitutive de l’identité, elle en est le fondement et l’expression. Le combat de ces trente années, depuis la promulgation de la loi Deixonne – qui l’avait oubliée comme langue « régionale »- pour qu’elle soit reconnue, n’est rien d’autre que le combat des Corses pour leur propre existence, car la culture des Corses n’est rien d’autre que leur identité et la raison qui fait qu’ils  sont un peuple.

L’identité est le fondement même de l’être, de l’individu et de sa communauté. La langue, la culture, l’identité forment un triptyque indissociable. Sans sa langue, ses traditions, ses croyances, sa façon d’appréhender et de traduire la vie et la mort, la nécessité constante de se référer et de se situer dans son propre espace qui est l’île, sa pieve (canton naturel), son village, sa maison, ses proches, la Corse, les Corses n’existent plus.

La culture d’un peuple est le fondement même de cette identité et en est le rempart contre la disparition et l’assimilation. En quelque sorte, c’est « la peau différente ». C’est ce qui unit,   les « autochtones », les « indigènes corses » et les différentie des autres, les « allogènes ».

Dès lors, toute approche, pour tenter une amorce de solution politique en Corse ne pourrait être que vouée à l’échec, si l’on n’admet pas le préalable incontournable qu’est la prise en compte de la revendication culturelle, donc des problèmes posés par la crainte de la dilution voire de la disparition de l’identité des Corses. La « Question Corse » ne peut être appréhendée de façon raisonnable si d’emblée, il n’est pas tenu compte de cette réalité culturelle qui demeure le fondement même de l’identité des Corses et explique leur attachement à l’île. Au-delà des problèmes économiques ou institutionnels, la question culturelle porteuse d’identité, mise à mal jusqu’alors par une politique d’uniformisation française, amplifiée désormais par la mondialisation culturelle est une des clés, sinon la clé essentielle pour tenter une approche de compréhension de la revendication corse.

Pierre Poggioli

(4 juillet 2017)