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PASCAL POCHARD-CASABIANCA AFP.COM

En revendiquant l’exécution de Christian Leoni, présenté comme un acte de représailles à l’assassinat de Philippe Paoli, le FLNC prend la Corse à témoin. Un évènement sans précédent depuis l’affaire Sozzi. Désormais, le milieu est prévenu. La réponse sera « implacable »

De la menace à l’action. Le FLNC a franchi le pas. C’est en tout cas ce qu’il affirme dans le communiqué tonitruant qu’il rend public cette semaine. « Nous avons répondu militairement avec toute la détermination qui s’imposait », écrivent les clandestins, dans un texte authentifié de trois pages, transmis à la rédaction de nos confrères du magazine Corsica.

Annonce. Une signature glaçante qui acte la « promesse » faite le 10 juillet, lors d’une conférence de presse intervenant quelques jours après l’assassinat à Folelli de Charles-Philippe Paoli (en encadré). « Ceux qui ont accompli cet acte n’ont pas mesuré sa portée ni ses conséquences », avaient alors prévenu les hommes encagoulés et armés, face à la presse insulaire conviée dans le maquis de Pruno, le village de la famille de l’ancien lieutenant de Charles Pieri. « L’organisation saura faire face à cette agression ».

Entre ces deux communications, une mort violente est intervenue le 28 octobre : celle de Christian Leoni.

Symboles. Comme souvent avec les clandestins – et même plus largement dans les actes de rétorsion sanglants -, la symbolique est convoquée. Comme s’il s’agissait de la sorte de marquer plus fortement encore les esprits. Ainsi, comme nous l’avions relevé dans notre édition suivant l’assassinat de Leoni, les circonstances de cette exécution semblaient avoir été soigneusement choisies par les exécutants. Une marque ayant valeur de signature, confirmée par le FLNC à travers son communiqué.

Il y a les dates, d’abord : Paoli comme Leoni sont tombés un 28 – juin pour le premier, octobre pour le second. 28, un chiffre qu’on retrouve à nouveau, ce lundi, jour de transmission du communiqué. Les chiffres, encore : sur les deux scènes de crime, les policiers ont relevé le même nombre de douilles (12, à chaque fois). Enfin, autre point commun dans cette symbolique toute singulière, l’établissement sur le parking duquel se trouvait Leoni, quand ses tueurs l’ont attaqué : le… même que celui où Philippe Paoli venait de déjeuner, avant de sauter sur son T-Max pour son dernier trajet.

Affaires. La piste de cette exécution en représailles avait d’ailleurs été évoquée dans les heures qui avaient suivi le meurtre de San-Nicolao. Sans que la presse insulaire, dans son ensemble, ne relève suffisamment ces éléments troublants. C’est le procureur de la République de Bastia qui s’en était chargé. Dans une conférence de presse, Dominique Alzeari avait en effet souligné que Leoni, proche de la Brise de mer, possédait des intérêts dans des projets immobiliers. Intérêts qui auraient pu croiser ceux de Charles-Philippe Paoli, avait avancé le patron du parquet.

Une information capitale, qui prend désormais un tout autre poids. Il semble bien, selon certaines sources policières, que les deux hommes auraient même travaillé ensemble, sur les mêmes projets. L’immobilier, souvent au centre de rivalités qui finissent mal, attisant tous les intérêts, toutes les convoitises.

Messagerie. On se souvient d’ailleurs que, deux jours avant le meurtre de Charles-Philippe Paoli, une résidence sur laquelle sa société de travaux publics était intervenue avait été l’objet d’un plasticage. Et d’un message dénonçant la spéculation, siglé FLNC. Les clandestins, les mêmes que ceux qui revendiquent aujourd’hui être passés à l’acte dans l’assassinat de Leoni, avaient démenti en être les auteurs à Pruno.

Logiquement, cet attentat ne figure toujours pas dans la liste de ceux revendiqués par les auteurs du communiqué de lundi, qui recense et signe 38 opérations qui ont visés principalement des villas, mais aussi des bâtiments d’entreprise, dans l’ensemble de l’île.

 

Les termes de la revendication

« Un de nos commandos, lancé à sa recherche, a procédé dans la région de Moriani à l’élimination physique de Christian Leoni, responsable du groupe mafieux auteur de l’assassinat de notre militant Philippe Paoli ».

« Si nous sommes intervenus par la force, c’est que nous y avons été contraints. Nous avons répondu militairement avec toute la détermination qui s’imposait ».

« Notre but aujourd’hui ne consiste pas à militariser l’espace politique en Corse ni à entretenir une situation conflictuelle avec quiconque ».

Le film de l’affaire

Dimanche 26 juin

A Santa-Maria-Poggio, la résidence de tourisme Le Melody, en construction, est plastiquée. En arrivant sur les lieux de l’attentat, les gendarmes découvrent le sigle FLNC taggé sur les murs du bâtiment en ruines. Une signature accompagnée d’inscriptions dénonçant la spéculation immobilière

– Mardi 28 juin

Alors qu’il circule en scooter sur la RN 198, Charles-Philippe Paoli, 42 ans, est abattu à la sortie de Folelli. En plein jour, autour de 14 heures

– Dimanche 10 juillet

Sur les hauteurs de Pruno, le village de Paoli en Castagniccia, les clandestins donnent une conférence de presse. Et menacent. « Ceux qui ont accompli cet acte n’ont pas mesuré sa portée, ni ses conséquences », prévient leur porte-parole, au sujet de l’assassinat commis le 28 juin. En ciblant « un groupe mafieux ». Les clandestins en profitent pour démentir « toute participation à l’attentat contre le complexe Melody ».

– Vendredi 28 octobre

Christian Leoni, 49 ans, tombe sous les balles des tueurs à San Nicolao, sur le parking du restaurant Le Catagnu. La voiture blindée qu’il utilisait ne lui a été d’aucun secours.

Le précédent Sozzi

Si le sang a coulé entretemps au nom de la lutte armée clandestine, notamment lors de la terrible guerre fratricide des années 90, il faut remonter à près de vingt ans pour trouver trace d’une telle revendication, assumant formellement et publiquement l’exécution d’un homme. L’été 93, le 15 juin, Robert Sozzi, militant nationaliste clandestin, avait été abattu par ses anciens frères d’armes. Cet assassinat, qualifié à l’époque de « préventif », avait été revendiqué quelques semaines plus tard à la tribune des Journées internationales de Corte par un commando cagoulé appartenant au FLNC canal historique. Des messagers accueillis sous le chapiteau par les applaudissements de la foule présente sur place.

Un acte qui avait déclenché une hécatombe entre militants de la clandestinité, divisés entre « historiques » et « habituels ».

01/12/2011 24 Ore n°329
Par Olivier-Jourdan Roulot (avec Emmanuelle Peretti)

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