Produit CORSU E RIBELLU

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On la pensait cliniquement presque morte. L’action qui avait touché Charles-Philippe Paoli, un de ses militants, posait crûment la question : la clandestinité existe-t-elle encore dans l’île ? Ou, plus précisément, face au défi lancé, le FLNC est-il toujours en mesure de frapper ?

Visiblement, entre accepter le coup porté à l’un des siens, se coucher et donc disparaître, les hommes qui ont revendiqué le meurtre de Christian Leoni auprès du magazine Corsica, si on s’en tient à ce qu’ils annoncent, ont choisi. Gageons qu’ils ont longuement – très longuement – pesé le pour et le contre. Dans un texte qui confirme une guerre ouverte avec le milieu. Et qui semble annoncer des jours sombres, ou encore plus, comme si la Corse n’en pouvait déjà plus de vomir du sang la gueule ouverte.

Il y a là un paradoxe étonnant. Ici, c’est le grand banditisme qui ravive une clandestinité jugée finissante. Comme si, au fond, au moment où d’autres combattants sous cagoule baissent les armes au Pays basque, c’était en quelque sorte par là où elle a pêché, en référence à des passerelles qui ont brouillé les frontières avec la voyoucratie, que cette clandestinité était revigorée pour… donner la mort. Un fantôme qui, pensions-nous, pouvait mourir de sa mort lente, tant la violence politique ne fait plus recette auprès de l’opinion publique – si elle l’a jamais faite – à l’heure du nationalisme sous modération. Un nationalisme qui se veut renouvelé, ayant fait officiellement le choix de la voix démocratique dans sa stratégie de conquête du pouvoir

Signe des temps qui changent – ou changeaient, si on est pessimiste -, on relèvera que le FLNC et la « question corse » n’ont eu droit, à travers cet « évènement » pourtant retentissant, qu’à une très faible couverture accordée par la presse parisienne. En d’autres temps, il y a dix ou vingt ans, un même texte aurait fait la une de ces mêmes journaux.

Cette analyse, celle d’un Front en sommeil, était très largement celle faite par l’Etat et la police dans l’île. Après la conférence clandestine de juillet, annonçant de possibles représailles, les policiers ne semblaient pas prendre cette menace au sérieux. Forcément, le démenti est d’autant plus cinglant. Les voilà désormais avec un nouvel acteur entre les pattes, clairement identifié celui-là, ce qui ne simplifiera pas forcément leur tâche.

Reste évidemment des questions. Nombreuses. L’occasion ici, dans une période confuse, de clarifier les choses, et de renvoyer cet acte et ses auteurs à ce qu’il est : un crime qui, même s’il répond peut-être à un autre crime, ne fait qu’enfoncer un peu plus la Corse dans une spirale infernale. Ce Front qui pose aujourd’hui en justicier préempte une place qui n’est pas la sienne, et ne peut l’être. D’ailleurs, au-delà des affirmations qu’il nous assène, quels sont les éléments ou les preuves apportées pour prouver ce qu’il avance ? La question reste posée.

Comme celle-ci, encore : si les clandestins ont choisi de montrer les muscles, à supposer qu’ils aient raison dans ce qu’ils avancent, ont-ils le cuir assez épais pour résister à de possibles représailles ? Une question qui en sous-entend une dernière : quelle est la puissance de feu réelle de ceux qui se trouvent ou pourraient se trouver en face ?

Il y a quelques mois, la semaine précédant l’assassinat de Paoli, nous avions barré notre une de ce titre : La Corse face à ses vieux démons. Ce mercredi, au moment de boucler cette édition, nous ne serions mieux écrire. Au fond, avec le réveil de ce vieux fantôme, il ne s’agit aujourd’hui pas d’autre chose.

01/12/2011 24 Ore n°329
Par Olivier-Jourdan Roulot

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