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La diaspora corse a commencé à s’organiser dans les années 1970 avec la création de l’UTCE, « Unione di i Travagliadori Corsi » (journal U ritornu). La plupart de ses animateurs étant rentrés dans l’Île pour s’y installer et participer activement au développement du mouvement nationaliste de l’époque, cette structure a disparu.

Dans les années 1980 alors que se mettait en place la stratégie des contre-pouvoirs par la mouvance FLNC, était créée « U Ritornu » pour la mise en place d’un « Office du retour » et « Aiutu corsu », une agence corse pour l’emploi, afin de recenser et trouver du travail pour les Corses de la diaspora, mais aussi pour concrétiser la revendication de la « corsisation des emplois » dans l’Île. Ces deux structures appelées à travailler de façon complémentaire, allaient disparaître avec les divisions de la fin des années 1980.

La revendication d’un « Office de retour », comme Corsica nazione l’avait acté dans son programme électoral, donnait lieu au dépôt d’une motion, en mai 1993 l’Assemblée de Corse adoptait en commission (avec une motion sur une Loi-programme pour la Corse) une motion sur la création d’une « Agence du Retour » pour faciliter l’installation dans l’Île de la Diaspora. Mais en session, les deux projets ne seront pas portés à terme…

Depuis, Edmond Simeoni a relancé une stratégie de mobilisation de la Diaspora, autour surtout de projets économiques avec le soutien d’entrepreneurs de ladite diaspora pour les inciter à s’investir dans le tissu économique de l’Île, en impulsant (ou participant à) des projets de développement à partir de leurs expériences réussies ailleurs.

Aujourd’hui, les Nationalistes sont aux responsabilités, peut-être que les conditions sont réunies pour que ce projet soit porté à terme.

Deux faits majeurs s’imposent à nous et donnent plus de force à cette revendication d’une « Agence du retour des Corses en Corse » :

La colonisation de peuplement qui fait que 4 à 5000 non-corses s’installent chaque année, et que la « volonté d’intégration» du Peuple corse connait ses limites… alors que des centaines de milliers de corses ou de descendants de corses sont éparpillés dans le monde. Or, toutes les diasporas ont toujours été une richesse et un atout pour les peuples et les nations d’origine.

Le chômage, malgré les manipulations de chiffres, a augmenté ces deux dernières années et particulièrement ces trois derniers mois, dans une conjoncture soi-disant « d’amélioration économique » dans l’Île.

Il faut donc prendre à bras-le-corps ces deux tendances lourdes et tenter de trouver des solutions. Il ne s’agit pas de privilégier l’aide à la recherche et à l’installation des Corses de la Diaspora au détriment des centaines de corses résidant en Corse qui cherchent du travail, mais plutôt de chercher des solutions dans une approche complémentaire de la situation des corses de l’Île et de ceux qui veulent revenir y vivre.

Cette île, les Corses de la Diaspora, soit ils l’ont eux-mêmes quittés pour de multiples raisons, soit ce sont des descendants de corses partis ailleurs pour survivre, voulant pour nombre d’entre-eux retrouver leur terre et leurs racines aujourd’hui. Parmi eux il n’y a pas que des enseignants, docteurs, avocats, entrepreneurs… ayant réussi ou issus de familles riches. Il faut penser à tous ces travailleurs corses qui s’en sortent à peine (ou pas du tout) qui vivent hors de Corse, souvent dans de difficiles conditions, ces « corses d’origine » dont les médias ne parlent jamais, car eux n’ont pas une réussite sociale à mettre en avant… c’est aussi de ceux-là dont la Corse a besoin, plutôt que de celles et ceux qui débarquent maintenant chez nous, intoxiqués par l’idée d’une Corse qui se développe (où il y a du travail) et surtout une île où la qualité de vie est supérieure à la moyenne française (sans parler de la sécurité et des fantasmes qui s’y rattachent plus ou moins glorieux).

S’il nous faut réfléchir à ces problématiques, nous pouvons d’ores et déjà proposer certains axes de travail.

D’abord plus que jamais insister sur la “Corsisation des emplois”, qui ne doit pas progressivement devenir “un slogan vidé de tout contenu”, comme pour se donner bonne conscience, sans pour autant ne pas se donner les moyens de toujours le mettre en avant et de l’imposer dans les entreprises et les administrations (à compétences égales). Pour cela la langue corse doit être un plus dans les politiques de recrutement à tous les niveaux. Cette langue devenant aussi de facto un important vecteur d’intégration pour les nouveaux venus désirant sincérement faire leur vie dans notre île, car participant d’un passeport pour l’emploi. Il faut inciter les entreprises (surtout le privé) à appliquer une réelle “corsisation des emplois locaux” (au-delà du secteur public), à partir de la définition du Peuple corse (Cf. motion adoptée en 1988 par l’Assemblée de Corse : Corses d’origine et Corses d’adoption).

En complément, la création d’une « Agence du retour des Corses en Corse » doit être mise en route.

1) U Certificatu di Lingua Corsa : une formation qualifiante

Le CLC est une certification de l’Éducation nationale qui se décline en trois niveaux et atteste d’une compétence de communication opérationnelle en langue corse. Il est ouvert à tout public, salarié, demandeur d’emploi, stagiaire, étudiant, etc. Le CLC concerne particulièrement les entreprises qui souhaitent s’assurer de la compétence en langue corse de leurs collaborateurs au-delà de la formule « lu, écrit, parlé ». Aucun niveau préalable de diplôme ou de formation n’est exigé pour se présenter à l’examen. Le candidat qui souhaite passer les épreuves des niveaux s’inscrit sur le site : www.certificatu.fr

La certification se déroule en deux temps :

Une série d’épreuves en ligne d’une durée approximative de 30 minutes ;
Un entretien avec un examinateur d’une durée approximative de 30 minutes.
Le candidat qui souhaite passer les épreuves de niveau s’inscrit auprès des services de l’Université de Corse.

Reste à donner à cet examen toute sa dimension sociale et économique, en faisant de son obtention un plus pour un passeport vers l’emploi dans l’Île. Cela implique notamment d’inciter les entreprises (dont nombreuses reçoivent des aides de la Collectivité territoriale de Corse) à recruter des salariés possédant ce certificat en leur donnant la priorité (à compétences égales) sur les embauches.

L’obtention de ce certificat devrait par ailleurs passer aussi par un module inclus dans tous les cursus scolaires (collège-lycée) et universitaire, et concerner tous les circuits de formation professionnelle.

2) Une Agence du retour pour les Corses de la Diaspora

Une structure efficace à mettre en place : une véritable Agence de Retour des Corses de l’extérieur (du monde entier) ou de leurs descendants qui souhaitent revenir chez eux ou retrouver la terre de leurs ancêtres.

Mais cette aventure ne se fera pas individuellement, il faut des moyens (institutionnels et financiers) d’accompagnement, (en plus de l’apprentissage prioritaire de la langue corse) pour leur trouver logement, emploi, formation, crèche, service psychologique pour les soutenir dans la vie quotidienne et les aider à s’acclimater à leur nouveau mode de vie et à la Société corse d’aujourd’hui…

Par ailleurs, il faudrait que les mouvements nationalistes mettent en place une ANPE parallèle[1] où seraient centralisées toutes les offres et demandes d’emplois que les corses transmettraient et charge ensuite aux mouvements tous ensemble d’appuyer les démarches et les candidatures… Sinon, tout se passe en cachette, le Pôle emploi ne fait aucune différence entre les locaux (c’est même souvent le contraire) et ceux qui débarquent ou viennent exprès pour prendre des places (très nombreux depuis les années 2000 – Sources INSEE) ; le tout par internet et souvent avec des conditions favorables mêmes aux installations des nouveaux promus…

Aujourd’hui les nationalistes sont aux responsabilités à la Collectivité territoriale de Corse, ils ont donc les moyens de concrétiser cette revendication incontournable pour la défense du Peuple corse en Corse, comme de par le monde. De telles expériences ont été mises en place avec succès pour d’autres diasporas (juive, arménienne).

C’est un dossier prioritaire à mettre en chantier, car les corses de la Diaspora c’est le Peuple corse, et ils doivent avoir les moyens de participer à l’émancipation de leur terre…

Pierre Poggioli

[1] Tiré de mon ouvrage paru en février 2015 : Derrière la vitrine : Réalités corses d’aujourd’hui, pp 280-281

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