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Avec 51,48% des voix pour Emmanuel Macron, contre 48,52% pour Marine Le Pen, la Corse est restée dans la masse anonyme des départements (99 sur 101) dont le vote final a été favorable au Président élu. Mais nous sommes quand même dans le « peloton de tête » des régions françaises pour le score Le Pen !

Sur les 360 communes de Corse, 105, presque 30 %, ont placé Marine Le Pen en tête. On les trouve dans la ceinture ajaccienne, au sud de Bastia, autour de Porti Vechju et en Plaine Orientale pour ce qui est des « gros bataillons » électoraux. A Sàrrola, Alata, Appiettu, Le Pen fait plus de 55% en région ajaccienne ; à Borgu, Biguglia, Lucciana, plus de 60% au sud de Bastia ; à Sari-Sulinzara, Pianòttuli et Munacìa d’Auddè, autour de Portivechju, elle atteint aussi les 60%, ainsi qu’à Vintìsari, Prunelli di Fium’Orbu ou Sularu en Plaine Orientale.

Les populations péri-urbaines ont ainsi été les plus sensibles aux sirènes du lepenisme, avec une accentuation remarquée dans les zones de forte implantation militaire, en activité ou retraités, comme en Plaine Orientale autour de la base de Vintìsari/Sulenzara ou en Balagne. Calvi, siège de la légion, est la seule « ville corse » où elle sort en tête.

Dans les autres villes, ça a été très serré.

A Aiacciu, Emmanuel Macron l’emporte de 38 voix à peine sur environ 20.000 suffrages exprimés (50,10 %), mais à Bastia (51,57%) et Portivechju (51,78%), ça a aussi été très serré. Seul Corti a placé Emmanuel Macron nettement en tête (56,85%).

Dans le rural, une majorité de commune ont penché pour Macron qui l’emporte dans presque 250 d’entre elles. Mais, dans une soixantaine de celles-ci, Marine Le Pen fait presque jeu égal avec Emmanuel Macron. A noter que les communes dites « nationalistes », plus de 40% au second tour de l’élection territoriale, ont donné presque toutes une majorité à Emmanuel Macron, ce qui tord le cou à l’assertion d’une complaisance particulière de notre électorat pour le Front National. Les mots d’ordre de l’Exécutif et des élus de la majorité territoriale sont passés, et cela s’est retrouvé dans les urnes.

Ce haut niveau du score Le Pen nous rapproche d’un profil électoral répandu dans le sud de la France, notamment le long du pourtour méditerranéen. Cela s’explique d’abord par la « proximité » : nombreux sont les Corses qui y vivent et qui reviennent en Corse pour leur retraite en emportant avec eux l’habitude électorale qu’ils y ont pris.

L’autre évolution à remarquer est celle du « vote protestataire » qui, notamment dans le monde rural, vise le plus souvent le maire. Jusqu’à il y peu, le mécontent votait à droite quand le maire était de gauche, et inversement. Désormais, que le maire soit de gauche, de droite, du centre ou nationaliste, c’est le vote FN qui est devenu l’arme préférée du contestataire. Cela s’amplifie fortement à chaque élection présidentielle: e croce di u paese vòtanu tutti à Marine Le Pen!

Et enfin, il faut malheureusement l’admettre, certains électeurs peu politisés expriment ainsi des sentiments « nationalistes corses », dans la confusion la plus totale. En votant contre « l’establishment », qui plus est contre Emmanuel Macron qui en est une véritable caricature, ils ont le sentiment de voter contre la « France du haut », celle qui nie la réalité du peuple corse et de ses spécificités. Là encore c’est un « vote contre » qui pourra rester sans lendemain pour une élection locale, mais, quand on sait les conséquences potentielles de l’application du programme électoral du Front National pour le mouvement nationaliste corse, cela fait froid dans le dos !

F.A sur ARRITTI