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La très nette victoire d’Emmanuel Macron contre Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle a fait pousser bien des « ouf » de soulagement.

A vrai dire, la Présidente du FN n’a jamais semblé en mesure de remporter la partie, et la piètre performance de son débat télévisé a permis que son score soit revu nettement à la baisse. Mais elle garde un fort pouvoir de nuisance, et le nouveau Président élu doit encore faire ses preuves.
Le premier « ouf ! » a sans doute été poussé par les instances européennes. 2017 était l’année de tous les dangers pour l’avenir de l’Europe, après le Brexit, et en même temps que les élections aux Pays-Bas, en France et bientôt en Allemagne. Aux Pays Bas, les populistes de Geert Wilders ont nettement marqué le pas, et en France le Front National restera dans une opposition nettement minoritaire. L’Allemagne élira, de façon quasi-certaine, un leader pro-européen, Angela Merkel ou Martin Schulz. L’Europe sortira donc de cet épisode décisif confortée.

D’autres « ouf ! » étaient entendus sur les plateaux télé ce dimanche soir. Ceux des journalistes, ceux de la classe politique, et ceux aussi de simples électeurs expliquant leur choix de « faire barrage » à l’extrême droite. La victoire d’Emmanuel Macron, c’est la victoire du « vote contre ».

Reste maintenant le plus dur pour ceux qui ont remporté la victoire : reconstruire une démarche politique qui a volé en éclats. Face à une droite qui va jouer la « cohabitation » lors de l’élection législative, le nouveau pouvoir devra trouver une majorité alternative tout en contenant les assauts de l’extrême droite qui, d’un Le Pen à l’autre, de Jean Marie en 2002 à Marine en 2017, a doublé son score. Le Front National va-t-il poursuivre sa progression, ou a-t-il atteint son apogée ? Et qui donnera une « majorité présidentielle » à Emmanuel Macron ?

Le PS est le plus en difficulté car son influence a été divisée par dix. Mais, sans lui, que reste-t-il de solide pour servir de socle à une éventuelle majorité ? Ses satellites du Parti Radical, ou d’EELV, ne font plus guère le poids, et la montée en puissance de Jean Luc Mélenchon aspire une très grande partie de la gauche vers une attitude d’opposition. Sur les plateaux télés, les porte-parole de la nouvelle formation « En Marche » affirment leur volonté de refondation à partir d’eux-mêmes. Ce ne sera pas facile, c’est le moins que l’on puisse dire ! Surtout en quatre semaines à peine.

S’il n’a pas de majorité présidentielle, Emmanuel Macron devra en passer par la cohabitation avec un gouvernement de droite, ou éventuellement de coalition « à l’allemande » entre ses partisans directs et la droite. Sa présidence n’en sera que plus compliquée, et il devra revoir beaucoup de ses ambitions. Emmanuel Macron est le plus jeune Président de la 5ème République. Il pourrait être aussi le plus faible.

En Corse, les électeurs insulaires ont accompagné le reflux général de l’extrême droite. Mais avec 36% d’abstention, et presque 13% de bulletins blancs ou nuls, un Corse sur deux a montré sa profonde réticence à s’engager. Au final, Macron l’emporte d’une courte tête, 51,5% contre 48,5%. Seul le résultat compte, et, sans l’engagement de la majorité territoriale, le résultat aurait été sans doute inversé, et la Corse montrée du doigt. Il fallait en passer par là.

Reste pour le mouvement national à retrouver la dynamique du début de mandat pour montrer au nouveau pouvoir, quel qu’il soit, sa capacité à aller de l’avant. Les tensions internes survenues au sein de Femu a Corsica, particulièrement au sein du PNC, se feront sentir si elles ne sont pas rapidement résorbées en trouvant une dynamique nouvelle, celle que pourrait générer, enfin, la structuration de Femu a Corsica en parti de gouvernement. Arritti y reviendra la semaine prochaine.

François ALFONSI