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Il y a quelques mois, nous écrivions alors :  » Il appartient aux organisations patriotiques de ne pas tomber dans le piège des discours dominants du système en place « .*

A ce moment nous rappelions les fondements historiques de la Lutte de Libération Nationale et d’émancipation sociale, et le risque de leur dilution voir de leur détournement par d’autres – étrangers à notre patriotisme  – et agissant sur l’ensemble de nos naturels terrains de lutte. Nous dénoncions le risque que  » La Corse, possession française depuis plus de deux siècles, laboratoire d’expérimentation répressive militaire, judiciaire et policier, territoire de vérification institutionnelle contrôlée, risque aujourd’hui de se faire ‘enfermer dans une souricière communautariste... »

Les élections présidentielles françaises, les résultats électoraux du premier tour en Corse, ont mis en évidence ce que nous supposions alors : la réalité d’un vote qui s’inscrit dans cette fracture communautariste dans laquelle la Corse, et ses revendications originelles, risquent de basculer. Le sujet n’est pas ici de chercher les différentes raisons qui ont poussé un fort électorat dans les bras du Front National. Ni de se cacher piètrement derrière les seuls militaires et autres fonctionnaires français. Et encore moins de fustiger ces milliers de corses qui ont fait ce choix.

Notre analyse ici posée vise modestement à réflechir sur le rôle et la place du Mouvement de Libération Nationale au regard de cette conjoncture franco – française qui pèse pourtant sur les choix respectifs des uns et des autres en Corse.

Certains et récents appels à voter nous interpellent. Non que nous les récusions,  mais ils initient  un débat dans lequel nous comptons faire aussi entendre notre voix.

Nous sommes des patriotes corses. Notre philosophie tout comme notre engagement sont connus de toutes et tous. Nous nous inscrivons résolument dans ces courants de pensées et d’idées anti – colonialistes. Nous sommes naturellement attachés au principe international du droit des peuples à disposer d’eux – mêmes, et donc pour la Nation Corse jadis souveraine, le droit à décider – une fois libérée de la tutelle française – librement de son destin. Nous en avons respectivement payé le prix fort. Nous sommes tout autant infailliblement attachés à l’essence de la Lutte de Libération Nationale telle qu’elle a été initiée – au delà des moyens employés – à partir du 5 mai 1976.

Le 25 juin 2014, une importante initiative a été prise. Celle d’une « démilitarisation » censée s’accompagner d’un redéploiement patriotique afin « d’intensifier la lutte sous un cadre public ». L’ensemble supposant s’inscrire dans une stratégie visant à poser à l’Etat français la question de la résolution politique du problème – national – corse. Pour leur part, les élections territoriales de décembre 2015 consacrent la victoire – nous nous en félicitons – du Mouvement National uni. Tout cet ensemble ainsi schématisé ne saurait laisser place – le temps d’une conjoncture électorale française – à de vagues et petites promesses dont l’histoire récente rappelle combien elles sont suivies de reniements… Le Problème Corse ne saurait être rabaissé, sinon détourné à une de ces « mesures catalogue » dont la politique française a coutume. Sa place est, et doit demeurer traitée au plus haut niveau de l’Etat français, au delà  des contingences électorales concernant ce dernier. De même peut on logiquement appeler  à l’abstention d’une part puis d’un même élan appeler à faire barrage à la candidate « FN », tout en sachant qu’insidieusement on fait voter pour son adversaire alors qu’une semaine auparavant on dénonçait la parole reniée du gouvernement auquel il appartenait ?

Ce choix peut paraître pertinent pour les uns, mais engendre des interrogations et des incompréhensions pour d’autres. Plusieurs des nôtres nous ont exprimé aujourd’hui leur manque de lisibilité, voire leur  trouble. Des précisions sont nécessairement attendues.

Sauf autre choix clairement explicite et organisationnel, l’abstention est le geste naturel de tout indépendantiste et ne peut souffrir d’aucune contorsion. Tout comme un Mouvement de Libération Nationale ne saurait se laisser rabaisser à être le supplétif d’un contexte électoral franco – français.

Que l’on ne s’y méprenne pas. Notre engagement patriotique ne saurait se confondre avec ce douteux populisme qui se nourrit aussi de nos absences idéologiques et structurelles sur un certain nombre de terrains hier de lutte et où prospèrent la précarité et la misère sociale, la dépossession et la décorsisation, et où s’accentue la colonisation de peuplement et ses pièges de fracture communautariste… Aurions nous besoin ici de spécifier que nous sommes résolument anti – fascistes car le fascisme n’est qu’un avatar du colonialisme et donc un ennemi des peuples et de leur émancipation ?

Ce qui nous importe le plus c’est la cohésion philosophique du Mouvement de Libération Nationale et le maintien ainsi que le renforcement de ses capacités doctrinales et organisationnelles. C’est tout autant sa stratégie et particulièrement sa jonction avec les autres composantes du Mouvement National.

Seul le Mouvement National doit être l’outil et la réponse aux questions et attentes des corses.

Nous nous félicitons ainsi du communiqué de la Ghjuventù Indipendentista qui sans ambiguïté aucune a appelé à l’abstention.

Nous ne rappelerons jamais assez que « un peuple, ideologiquement armé, jamais ne peut sombrer dans les poubelles de l’histoire du colonialisme. » Ni même dans les dépotoirs de ces nauséabondes idéologies que nous autres corses et militant(e)s de la Lutte de Libération Nationale avons toujours et formellement combattu.

A lotta cuntinuighja !

Marc’Anto Colleoni – Ulivieru Sauli ( anziani prighjuneri pulitichi ).

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